Né le 24 août 1916 à Monaco, mort le 14 juillet 1993 en Toscane ; poète et chanteur anarchiste.

Léo Ferré
Maurice Frot, Léo Ferré, Alain Meilland au Printemps de Bourges
Cliché fourni par Alain Meilland
Alain Meilland, Paul Castanier, Pagenel et Léo Ferré à Bourges
Maurice Frot, Paul Castanier et Léo Ferré
Né dans une famille catholique traditionnelle de la bourgeoisie monégasque. Son père était directeur du personnel du Casino de Monte-Carlo, ce qui mit le petit Léo en contact fréquent avec les orchestres qui s’y produisaient et sa mère était d’origine italienne. Léo Ferré suivit d’abord une scolarité classique et reçut une éducation religieuse. C’est par le catéchisme et la chorale qu’il apprit la musique. Entre 1924 et 1933, il fut envoyé au collège franciscain Saint-Charles à Bordighera (Italie), collège dont il garda un souvenir éprouvant, bien qu’il y découvrît la musique. Il garda par contre un forte attirance pour l’Italie. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1935, il s’installa à Paris pour étudier le droit et les sciences politiques. L.-J. Calvet, historien de la chanson, indique qu’il aurait alors fréquenté les Camelots du roi, information que l’on ne retrouve pas par ailleurs. Il sortit en 1939 diplômé de l’École libre des sciences politiques et titulaire d’une maîtrise de droit.
Léo Ferré retourna à Monaco au début de la guerre, où il composa ses premières chansons. Mobilisé à Nice en septembre 1939, aspirant, il fut démobilisé au mois de juin suivant. Entre 1940 et 1944, il composa son premier répertoire et fut présentateur-pianiste sur Radio Monte-Carlo. En 1941, il épousa Odette Schunck dont il se sépara en 1948. À la fin de l’année 1944, désireux de faire de la musique, il retourna à Paris. Sa rencontre avec Francis Lemarque semble avoir été décisive. Il commença à chanter dans les cabarets et très rapidement accéda au Lapin à Gil à Montmartre. Il y rencontra Jean-Roger Caussimon et Maurice Frot. L’année suivante, il signa avec la maison Le Chant du Monde un premier album puis partit en tournée. Dès 1948, ce fut le début du succès. Édith Piaf reprit ses chansons sur Paris. Léo Ferré donna alors d’innombrables concerts dans les cabarets parisiens.
Le 11 novembre 1949, il participa à son premier gala de soutien au Libertaire, en avant-première de Pierre Dac. Il rencontra puis épousa en 1952 Madeleine Rabereau, qui devint sa directrice artistique. Ils se séparèrent en 1968. L’année suivante, il participa à deux galas de soutien au groupe Louise Michel. Ses chansons prirent dans le même temps une tonalité nettement plus libertaire et en même temps gouailleuse comme Paris canaille. En 1953, après son premier album au Chant du monde, il fut immédiatement repris par Odéon redistribution jusqu’en 1960 ; il édita ensuite ses disques chez son ami Eddie Barclay de 1960 à 1975 et enfin chez RCA jusqu’en 1993. Pendant cette période deux hommes comptèrent dans sa carrière et sa vie personnelle : Paul Castanier, son pianiste aveugle (qui fut son accompagnateur sur scène entre 1952 et 1973) et Richard Marsan (la chanson « Monsieur Richard » lui est consacrée par Léo) directeur artistique chez Barclay.
D’abord latent, le compagnonnage avec les libertaires s’afficha dans les années 1950. Il fut aussi présent dans de nombreuses chansons. Il chanta ainsi en 1954 Graine d’ananar. En 1956, le livre puis le disque Poètes vos papiers soulignèrent l’influence des surréalistes et le refus des institutions répressives. Comme le clin d’œil et l’hommage aux bagnards écrit deux ans après, Merde à Vauban, qui dénonce l’enfermement. En 1961, son album et son récital furent interdits. Les chansons Miss guéguerre, Thank you Satan, Les Rupins furent « censurés » et l’album fut pilonné. Léo Ferré reprit la chanson Thank you satan comme un étendard où il proposa du « Rouge pour naître à Barcelone et du noir pour mourir à Paris ».
L’album Ferré 1964 affichait sa solidarité avec les libertaires espagnols dans Franco la Muerte. L’Espagne qu’il retrouvera dans La Mémoire et la mer : « Les coquillages figurant / Sous les sunlights cassés liquides / Jouent de la castagnette tant / Qu’on dirait l’Espagne livide / Dieux de granits, ayez pitié / De leur vocation de parure, / Quand le couteau vient s’immiscer / Dans leur castagnette figure ! ». Peu après, il passa à Discorama chez Denise Glaser. À cette même période, plusieurs des autres chansons furent tenues à l’écart par les médias comme Salut beatnik, Ils ont voté, La marseillaise. Ce dernier album, écrit en 1967, semblait prémonitoire. Le disque fut même pilonné par son propre éditeur – Barclay qui était aussi l’éditeur de Mireille Mathieu – car il comportait, outre ces titres, la chanson Hommage à une chanteuse morte qui rendait hommage à Édith Piaf en soulignant, qu’elle n’avait pas été remplacée par le pognon et Johnny Stark , l’impresario de la chanteuse demanda à Barclay le retrait de ce titre et quelques jours plus tard le 33 tours ressortit amputé de cette chanson.
En janvier 1968, Léo Ferré publia dans La Rue, revue anarchiste dirigée par Maurice Joyeux* et publiée par le groupe Louise Michel, « Je donnerais dix jours de ma vie ». Dans Le Monde libertaire du même mois, il publia « Introduction à l’anarchie ». Le 10 mai 1968, il interpréta pour la première fois Les Anarchistes lors du gala annuel du Monde libertaire. Cette chanson rend un hommage appuyé à ses compagnons de toujours et contient un clin d’œil à Maurice Joyeux : « Joyeux et c’est pourquoi, ils sont toujours debout ». La complicité avec les libertaires se retrouvait dans nombre de ses chansons. En 1970, l’hommage aux libertaires dans « Paris je ne t’aime plus » fut particulièrement appuyé : « Paris des beaux enfants en allés dans la nuit / Paris du vingt-deux mars et de la délivrance / Ô Paris de Nanterre, Paris de Cohn Bendit / Paris qui s’est levée avec l’intelligence ». Hommage à ses amis libertaires qui se retrouvaient à plusieurs reprises dans des chansons.
En 1971, il chanta pour l’anniversaire de la Commune de Paris et le groupe Louise Michel. D’une marnière générale, les années 1970 furent celles qui portèrent l’image d’un Léo Ferré anarchiste. Il ne refusa jamais une scène aux libertaires et édita son double album Amour Anarchie. De même Et Basta, enregistré avec Paco Ibanez, souligne son attachement à l’Espagne. À l’été 1979, il entama une nouvelle tournée en Bretagne qui succédait à celle du printemps 1968, toujours en compagnie de son vieux complice, René Lochu pour lequel il écrivit et chanta lors de la deuxième tournée « Les étrangers ». Il préfaça dix ans plus tard les mémoires Libertaires, mes compagnons de Brest et d’ailleurs (Quimperlé, La digitale, 1983). Parallèlement, il épousa en 1974 Marie-Christine Diaz. En 1976, il publia avec Françoise Travelet, l’une des responsables de la revue libertaire La Rue, un livre d’entretien.
Depuis [Ni Dieu ni maître] en 1964, Léo Ferré n’avait eu de cesse de condamner la peine capitale : « Ces bois que l’on dit de justice / Et qui poussent dans les supplices / Et pour meubler le sacrifice / Avec le sapin de service / Cette procédure qui guette / Ceux que la société rejette ». Il récidiva en 1974 pour protester contre l’exécution de Claude Buffet et Roger Bontems. Par ailleurs, avec Georges Brassens, Serge Reggiani et une trentaine d’autres artistes, il avait chanté en 1975 pour exiger l’abolition de la peine capitale. Enfin, il publia plusieurs tribunes contre ce châtiment, signant par exemple le 3 avril 1981, dans le quotidien Le Monde, une lettre ouverte au « ministre dit de la Justice » contre la peine de mort. Il protesta aussi contre les conditions d’internement des détenus et les quartiers de haute sécurité. De même, il protestait contre les conditions de vie de certains détenus. Il défendit publiquement Roger Knobelpiess. À cette même date, il chanta également pour les mineurs de Charleroi en grève.
Le 13 décembre 1983, Léo Ferré donna son premier gala de soutien à Radio Libertaire, alors menacée d’interdiction. En avril 1985, après avoir composé L’Opéra du pauvre, il rendit hommage dans l’album Les Loubards à son vieil ami Jean-Roger Caussimon. Le 1er février 1986, il inaugura le Théâtre libertaire de Paris (TLP Dejazet) où il fit un récital en novembre. Il afficha son soutien à ce théâtre en donnant la majeure partie de ses représentations parisiennes dans cette salle et y interprétant systématiquement les chansons issues de son répertoire libertaire. À la fin de cette même année, il publia Les Années galaxie, deuxième ouvrage réalisé avec la militante libertaire Françoise Travelet. L’année suivante, les Francofolies de La Rochelle, animées par Jean-Louis Foulquier, firent « la fête à Ferré », rassemblant plusieurs des meilleurs chanteurs de langue française. Le 1er juin 1991, il donna son dernier concert pour le dixième anniversaire de Radio libertaire au Palais des Sports de la porte de Versailles. Enfin, l’un de ses derniers concerts eut lieu avec Bernard Lavilliers à la Fête de l’Humanité en septembre 1992 ; il chanta notamment Les Anarchistes et Les Temps sont difficiles.

SOURCES : L’intégralité des Œuvres de Léo Ferré est donnée dans Robert Belleret, Léo Ferré, une vie d’Artiste, Arles, Actes Sud, 1998 ainsi que sur le site leo.ferre.com. — L.-J. Calvet, Cent ans de Chanson française, Le Seuil, 1981. — Notes d’Alain Meilland, qui chante le répertoire de Léon Ferré.

Sylvain Boulouque

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