FOLLIN Sven

Par Danielle Papiaud

Né le 20 avril 1911 à Tunis (Tunisie), mort le 10 octobre 1997 Paris ; psychiatre ; membre du Front national universitaire ; militant communiste (1935-1959), membre de la commission nationale des médecins du PCF (1948-1952) ; membre du syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques.

Sven Follin naquit à Tunis de parents suédois. Son père arrivé en 1905 en Tunisie avait fait en Suède une formation concernant ce qu’on appelait alors la gymnastique suédoise (sorte de gymnastique corrective, devenue ensuite une des bases de la kinésithérapie en France). La famille s’installa en France en 1927. Sven Follin fit ses études secondaires à Cannes (Alpes Maritimes) jusqu’en 1931. Il fut naturalisé français en 1932. Il gagna ensuite Paris et entama des études de philosophie à la Sorbonne et suivit des cours à la faculté théologique protestante de Paris.

En contact avec le psychiatre Clérambault comme traducteur d’un psychiatre suédois, il décida en 1933 de s’engager dans des études de médecine pour devenir psychiatre. Il suivit les leçons de Dumas à l’hôpital Saint Anne, de Janet au Collège de France et les séminaires d’Henri Ey.

Pour financer ses études il devint surveillant d’internat et de 1935 à 1938 secrétaire du syndicat CGT des maitres d’internat. C’est au lycée Saint Louis qu’il rencontra Victor Leduc dans une atmosphère intellectuelle marquée par le surréalisme et la lecture des morceaux de Marx choisis par N. Guterman et H. Lefebvre. II adhéra au parti communiste en 1935 « dans le cadre du Front Populaire, avec la certitude de lutter pour le pain, la paix et la liberté, mais aussi pour la rigueur en l’étude des faits qu’exigeait la théorie marxiste. »

Durant son internat de psychiatrie à Ville Evrard, il rencontra Lucien Bonnafé et participa avec lui à l’aide aux républicains espagnols dans le cadre de la Centrale Sanitaire d’aide à la République espagnole. Mobilisé en 1939, il perdit le contact avec le PCF et ne réussit à le rétablir qu’en septembre 1940 en retrouvant L. Bonnafé à Ville Evrard. Ils constituèrent en 1941 un groupe du Front National. Il diffusa alors les premiers tracts du Front National Universitaire et participa à la rédaction et à la diffusion du Médecin Français organe du Front National des Médecins.

Du fait des lois restrictives édictées par le gouvernement de Vichy sous l’impulsion du nouveau Conseil de l’ordre, il ne put passer le concours de médecin chefs des hôpitaux psychiatriques en 1941 parce que son père n’était pas français. Il exerça la médecine générale dans le cabinet de son ami pédiatre Sacha Kaplan, médecin juif contraint de passer en zone sud. Il fut cependant nommé chef de clinique par le docteur Levi Valensi à Saint Anne (qui mourut en déportation).

Le départ de L. Bonnafé et l’arrestation du docteur Coste le coupèrent à nouveau de ses liaisons avec la Résistance communiste. Sollicité pour aider une jeune juive, Sven Follin entra dans le Mouvement National Contre le Racisme (MNCR) avec les docteurs Catala et Chertok. De mars 1943 à la Libération, il fut médecin d’un poste de secours FFI dans le XVIIe arrondissement de Paris.
Il passa le concours de médecin des hôpitaux psychiatriques en 1945. Conscient dès son internat du décalage des connaissances et des conditions faites aux malades, u poids de l’hospitalisation dans la chronicisation de la maladie, renforcé par l’expérience des conditions d’internement et de dénutrition auxquelles avaient été confrontés les malades durant la guerre, il milita à la Libération pour la transformation de l’Amicale des Aliénistes en Syndicat. Il forma avec L. Bonnafé et L. Le Guillant le groupe des « trois mousquetaires », selon l’expression de Jean Ayme, secrétaire du Syndicat des Médecins des Hôpitaux Psychiatriques dans les années 60. Tous trois psychiatres, résistants et communistes, participèrent activement au mouvement d’humanisation et de réforme de la psychiatrie. C’est en partie chez lui que se réunit le groupe Batea, groupe des psychiatres réformateurs : J.de Ajurriaguerra, F. Tosquelles, H. Ey, L. Bonnafé, L. Le Guillant, G. Daumezon, J. Lacan H. Duchène , P. Bernard, P. Fouquet où furent tracées les grandes lignes du renouveau escompté : transformation de l’hôpital en une véritable structure de soins et développement de structures extra-hospitalières, alternatives à l’hospitalisation.

Nommé médecin chef à Saint Venant puis à Armentières entre 1946 et 1948 il entreprit avec l’aide du personnel de faire disparaître les pratiques carcérales d’un hôpital de 700 malades à moitié détruit. Ce fut ensuite Paul Sivadon, un des pionniers de la réforme qui l’appela comme assistant à Ville Evrard, où ils créèrent le premier Centre de Traitement et de Réadaptation sociale avec l’aide des financements de la Sécurité Sociale.

En 1952 il fut nommé à Montauban dans un service situé au sein de l’Hôpital général. Seul psychiatre pour l’ensemble du département, il y développa les structures extra hospitalières.

Il poursuivit son activité militante : secrétaire de cellule à Armentières,(1946-1948), membre du comité de section à Neuilly sur Marne (1948-1952), représentant des psychiatres à la commission nationale des médecins auprès du Comité Central (1948-1952), responsable du cercle Pavlov, puis secrétaire de cellule de l’hôpital de Montauban. Il devint membre du comité fédéral du Tarn et Garonne en 1953 puis conseiller municipal de la ville de Montauban. Membre du bureau départemental du Mouvement de la Paix il dénonça l’utilisation des armes bactériologiques lors de la guerre de Corée.

Formé à la tradition de la psychopathologie, lié avec Eugène Minkovski, clinicien de talent, à la recherche d’une psychopathologie scientifique, membre de la commission nationale des médecins du PCF, il combattit la psychanalyse que le congrès de la psychiatrie de Londres en 1948 proposait comme thérapeutique de la paranoïa des chefs d’état autoritaires et comme technique de gestion des conflits sociaux. Il fut signataire de l’article de La Nouvelle Critique de 1949, qui à l’initiative de Victor Leduc et de Jean Kanapa condamnait « la psychanalyse comme idéologie réactionnaire », article que signèrent huit psychiatres et psychologues communistes. Ce qui l’amena à interrompre brutalement l’analyse personnelle qu’il venait de commencer.

Durant les années 50, il fut l’auteur dans La Raison la revue créé par les psychiatres communistes, de différents articles condamnant la psychanalyse au nom de l’élaboration d’une psychologie scientifique, dans la lignée de Politzer. Dans cette logique il tendait à démontrer les apports des découvertes de Pavlov à la psychiatrie.

Il revint ensuite dans la région parisienne comme médecin chef à Ville Evrard en 1953 et membre du comité de la section communiste de Neuilly sur Marne dont dépendait l’hôpital, puis à Maison Blanche en 1958. Homme de grande culture, il forma des générations de psychiatres à « l’écoute des malades » enrichissant l’étude des états oniroïdes et de la psychose hystérique.

En 1953 il participa aux journées des intellectuels communistes d’Ivry, mais il rompit avec le Parti communiste après les révélations du XXe congrès du PCUS et les manipulations du procès « des blouses blanches ». En 1958 il dut s’expliquer sur sa participation aux réunions du « club de gauche ». En retour il dénonça la disparition de la commission des médecins communistes (dissoute en 1957), se plaignit de la « brutalité » de Laurent Casanova, et critiqua les positions de Roger Garaudy dans sa polémique avec Henri Lefebvre dont il était un ami proche.

La rupture avec le PCF qui se doubla d’une crise personnelle qui l’amenèrent à se replier « dans sa forteresse de Saint Anne », où il fut nommé en 1961 et où il termina sa carrière professionnelle. Ayant rompu avec l’ensemble de sa sociabilité militante, il reprit une position de psychiatre conformiste, tant au plan de l’activité à l’hôpital que dans ses vues politiques. Il poursuivant ses travaux cliniques notamment sur les états délirants.

Vers la fin de sa vie, en 1997, il retrouva le contact avec son ami Bonnafé et il participa à la campagne pour que soit supprimée la plaque célébrant Alexis Carrel.

Il mourut à quatre-vingt-six ans en octobre 1997.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50339, notice FOLLIN Sven par Danielle Papiaud, version mise en ligne le 27 mai 2009, dernière modification le 10 avril 2011.

Par Danielle Papiaud

ŒUVRE : Articles : avec H. Duchêne « Notes sur la structure des relations du psychiatre avec son malade », Annales Médico Psychologiques, t. 1, 1946. – « Marxisme et psychiatrie », Evolution psychiatrique, 1948. – « Les réunions du personnel », L’Information psychiatrique, n° 6, 1949. – « Autocritique, la psychanalyse idéologie réactionnaire », La Nouvelle critique, juin 1949. – « Apports de Pavlov à la psychiatrie », La Raison, juin 1951 – « Bilan de la psychanalyse » (conférence à la Mutualité), La Nouvelle Critique, juin 1951. Ouvrages : Les États oniroïdes, Masson,1963. – Vivre en délirant. La notion de psychose hystérique et la théorie générale des psychoses, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1988. — Réflexions sur l’idéologie et les thèses psychiatriques ayant conduit à l’extermination des malades mentaux (1939-1945),, Nervure TIV, 1999.

SOURCES : Archives de la Préfecture de police de Paris. — Renseignements Généraux, notice Sven Follin 26 janvier 1953 . – Arch. comité national du PCF. – J. Ayme, Chroniques de la psychiatrie publique, Eres, 1995. – M. Caire, notice « Sven Follin » (site histoire de la psychiatrie : (http :psychiatrie.histoire.free.fr/map.htm). – O. Husson, « Hommage à Sven Follin », Psychologie clinique, nouvelle série, n° 5, 1998. – A. Ohayon. Psychologie et Psychanalyse en France, La Découverte, 2006. – N. Henckes. Le nouveau monde de la psychiatrie française, thèse, EHESS, Paris, 2007. — Vivre en délirant Nervure, Journal de la psychiatrie.1993. Entretien Dominique Diatkine-Follin.

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