Né le 5 avril 1821 à Camburat (Lot) ; métreur ; communard ; père biologique du président de la République Paul Doumer.

Fils de Jean Doumerg, cultivateur, et de Marie Delprat, aurait été agent voyer en 1845-1846 dans le canton d’Allanche (Cantal), avant d’exercer la même fonction à Castelnau (Lot) jusqu’au jour de sa démission le 15 septembre 1854. Il se serait alors « associé avec des entrepreneurs des travaux des chemins vicinaux dans le Lot » jusqu’en 1858. En 1871, il est métreur et vit à Paris, au 59 avenue des Ternes, dans le XVIIe arrondissement. Officier payeur à la 4e Compagnie du 155e Bataillon fédéré, il est déclaré coupable de s’être « mis à la tête de bandes armées pour faire attaque ou résistance à la force publique » durant les évènements de la Commune. Le 14 février 1873, il est condamné par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. Réapparu après l’amnistie, il meurt à Paris le 22 janvier 1893, à son domicile, au 25 rue Trézel, dans le XVIIe arrondissement.
Jean Doumerg serait le père biologique de Paul Doumer, président de la République en 1931, et assassiné en 1932.
En effet, sous l’impulsion d’un historien, Jean-Michel Miel, et d’une généalogiste, Béatrice Rousseau, de nombreux chercheurs amateurs ont uni leurs forces sur deux sites de généalogie, Roglo et Geneanet, menant à cette impensable découverte et brisant un mystère séculaire.
Les origines de Paul Doumer ont toujours été incertaines, et il semble que le président de la République lui-même ait délibérément brouillé les pistes. Son acte de naissance indique qu’il est né à Aurillac (Cantal) le 22 mars 1857, fils de Jean Doumer, employé aux chemins de fer, et de Victorine David. Il est probable que le couple n’était pas marié, car Victorine David avait épousé à Castelnau, en 1835, un premier mari qui l’avait abandonnée. La tradition veut que le père de Paul Doumer soit mort d’un accident du travail alors que le futur président n’était encore qu’un enfant. Il s’agit d’une version arrangée, car Jean Doumer est déclaré « absent » lors du mariage de son fils Paul en 1878, et « absent sans nouvelles » lors de celui de sa fille Thérèse en 1880. Il semble plutôt que Jean Doumer ait abandonné à son tour Victorine David qui est alors montée à Paris avec ses trois enfants en bas âge, Aimée née à Molières (Tarn-et-Garonne) en février 1852, Thérèse née à Aurillac en février 1855, et Paul né dans la même ville en mars 1857. Vingt années plus tard, en 1877, le futur président se met en quête de retrouver l’identité exacte de son père. Les indications qu’a pu lui donner sa mère, qui a vécu plus de trente ans à Castelnau, le conduisent à écrire aux Ponts et Chaussées du département du Lot. Ces derniers lui répondent qu’ils ne connaissent dans leurs archives qu’une seule personne qui pourrait correspondre aux éléments qu’il leur a fournis, un dénommé Jean Doumerg (avec un g), agent voyer à Castelnau jusqu’en septembre 1854, né à Camburat le 4 avril 1821. Les informations qu’il reçoit sont si concordantes à ses yeux que Paul Doumer est convaincu qu’il s’agit là de son père. A tel point qu’il gardera durant toute sa vie la lettre des Ponts et Chaussées, qu’on trouve encore dans ses archives privées conservés aux Archives nationales depuis 2013, classée dans un maigre dossier contenant ses papiers d’Etat civil, comme si le président avait délibérément placé là cette lettre, pour enfin dévoiler à la postérité la part de son identité qu’il avait toujours dissimulée. Dans un autre de ses dossiers personnels, Paul Doumer a jeté quelques mots sur un bout de papier daté de 1927, où il mentionne que son père était « agent voyer », métier au demeurant très rare, confirmant ainsi l’intime conviction qu’il avait d’être le fils de ce Jean Doumerg, né à Camburat en 1821.
Le président savait-il que son père avait été officier de la Commune de Paris ? C’est fort probable. En effet, il ne pouvait ignorer que son père se prénommait Jean. Alors, comment expliquer qu’en 1877, lorsqu’il écrit aux Ponts et Chaussées, il prétend rechercher un Joseph Doumer ? Il avait certainement appris qu’un Jean Doumerg, né à Camburat le 5 avril 1821, avait été condamné par contumace en 1873 pour faits insurrectionnels. Sans certitude, il pressentait que cet homme pouvait être son père et il ne voulait pas attirer les soupçons. Le subterfuge avait fonctionné à merveille. Les Ponts et Chaussées lui avaient répondu qu’ils ne connaissaient pas un Joseph, mais un Jean Doumerg, et le futur président avait pu alors faire le rapprochement entre l’agent voyer travaillant à Castelnau, qui ne pouvait qu’être son père, et le communard condamné en 1873, qui étaient la même et unique personne née à la même date et au même lieu.

SOURCES : Arch. PPo., listes de contumaces. — État civil et AN 724AP/1 et 724AP/7, archives privées de Paul Doumer. — SHD, GR 8 J 33, dossier 727.

Jean-Michel Miel

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