Né le 24 septembre 1883 à Château-Châlon (Jura), mort le 26 décembre 1979 à Vouzeron (Cher), dans la maison de repos Ambroise-Croizat ; ingénieur des Arts et Métiers, puis mécanicien à la Compagnie du PLM, révoqué en 1920 ; syndicaliste et dirigeant communiste, secrétaire de l’Union PLM puis secrétaire général de la Fédération nationale des chemins de fer, membre du comité central (1926-1938) et du bureau politique (1924-1959) du Parti communiste, maire d’Athis-Mons (Seine-et-Oise, Essonne) de 1944 à 1948, député de Seine-et-Oise (1932-1940, 1945-1958).

Lucien Midol
Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, t. II, op. cit.
Lucien Midol dans les années 1930
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936
Lucien Midol
Lucien Midol était issu d’une modeste famille installée dans un petit village jurassien. Son père, petit cultivateur vigneron et artisan-charron, professait des opinions radicales ; il mourra en 1925, membre du Parti communiste. Cadet de deux fils, Lucien Midol se révéla vite un écolier doué, reçu premier du canton au Certificat d’études en 1893. En raison de la maladie de son père qui contraignit sa mère à devenir journalière, ce n’est qu’en 1897 qu’il obtint une bourse et entra à l’école primaire supérieure de Monchard. Régulièrement classé premier, attiré par la mécanique, il prépara le concours d’entrée aux Arts et Métiers et celui de l’École normale. Bien que reçu premier à l’École normale d’instituteurs il opta pour l’école de Châlons-sur-Marne (Marne). En juillet 1903, il obtint son brevet d’ancien élève diplômé réservé aux meilleurs classés. Il avait tenté, peu de temps auparavant, d’organiser une section socialiste à l’école.
Plus par nécessité que par choix, Lucien Midol entra le 1er novembre 1903 à la Compagnie du PLM au dépôt de Besançon, en qualité d’ajusteur, avec un salaire journalier de 5 F. Selon une coutume bien établie, cette compagnie recrutait les meilleurs « gadz’arts » pour en faire de futurs chefs de dépôt. Après six mois d’atelier, Lucien Midol monta sur les machines en qualité d’élève-mécanicien. Son statut privilégié qui en faisait un « futur chef » lui attira l’ostracisme de ses camarades de travail. C’est pourquoi il fit acte de candidature au syndicat des horlogers. Son titre d’ingénieur le fit bénéficier d’un service militaire réduit à un an. Affecté au 152e d’infanterie à Épinal où il put fréquenter la Bourse du Travail, il choisit volontairement de rester soldat de 2e classe à cause de ses opinions antimilitaristes bien qu’il fût élève-officier de réserve. Libéré en septembre 1905, il fut réaffecté, toujours élève-mécanicien, au dépôt de Dijon (Côte-d’Or), où il chercha à nouveau à se syndiquer. Il opta pour la Fédération des mécaniciens et chauffeurs (FMC) et non pour le syndicat national d’Eugène Guérard — ce qui lui valut quelques protestations. Son activité syndicale jusqu’en 1914 resta limitée. Il participa en 1906 à la grève de 24 heures décidée par la CGT en faveur des huit heures et, s’il ne fut pas gréviste déclaré en octobre 1910, il favorisa les consignes des meneurs.
C’est à la lecture des journaux socialistes que Lucien Midol rompit avec son antimilitarisme anarchisant. A la suite d’une réunion électorale socialiste qui comptait Jaurès parmi ses orateurs, il se décida en septembre 1913 à adhérer au Parti socialiste : l’ancien cheminot et nouveau député de Dijon, Henri Barabant, fut son parrain, avec le professeur Alphonse Mairey*. « Adhésion sentimentale » mais « qui est à l’origine de ma vie de militant », écrira-t-il dans ses mémoires (p. 43). Apprécié de ses camarades syndiqués, Lucien Midol entra début 1914 au bureau de la section dijonnaise de la FMC, en qualité de vice-président. Il défendit la fusion de la FMC au sein du syndicat national au congrès de la fédération qui se tint en juin 1914 à Saint-Étienne et qui décida le transfert de son siège à Dijon. Secrétaire général de la section PLM de la FMC à partir du 1er juillet 1914, Lucien Midol comprit qu’il sacrifiait sa carrière professionnelle à sa carrière militante. Son chef de dépôt, au nom de la direction générale du PLM, lui signifia qu’en prenant de telles responsabilités syndicales, il ne pourrait plus accéder à la maîtrise en dépit des droits légitimes que lui conférait son diplôme, à moins de changer complètement d’attitude. Mais le refus de rompre avec ses racines ouvrières était arrêté depuis longtemps chez Lucien Midol.
Alors que le syndicalisme cheminot allait être défait par la guerre, que les effectifs de la section PLM de la FMC chutèrent en octobre 1914 de 2 500 adhérents en juillet à 80 à peine, Lucien Midol s’employa à réaliser la fusion des multiples syndicats cheminots. Le régime matériel et disciplinaire, qui touchait la plupart des cheminots affectés spéciaux, renforça sa détermination. Marcel Bidegaray souligna le rôle de Lucien Midol au sein de la FMC pour faire admettre cette fusion : « A Dijon, les mécaniciens et chauffeurs l’ont compris, et les déclarations nettes et précises du camarade Lucien Midol ne me laissent aucun doute sur leur sentiment syndicaliste et sur leur désir d’une fusion définitive. » (Bulletin mensuel du syndicat national, mars 1916). À l’issue du congrès de l’Union PLM du syndicat national (Montpellier, 22 et 23 septembre 1916), cette fusion fut réalisée sur le PLM. Elle fut consacrée par le congrès national de fusion des 27 et 28 janvier 1917 qui vit naître la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer, affiliée à la CGT avec son nouvel organe, La Tribune des cheminots. Le secrétariat général de l’Union PLM siégeant à Dijon revint à Lucien Midol.
Disposant d’une large autonomie d’action, Lucien Midol contribua à la restauration d’une puissante union, dont les effectifs allaient croître de 19 000 adhérents en mai 1917 à 69 000 en mars 1920. Il lui imposa une ligne qui ne se rallia au camp des minoritaires que progressivement. Au congrès de l’Union PLM de mai 1917, Lucien Midol fit saluer « la Révolution prolétarienne russe » tout en revendiquant le paiement de toutes les heures supplémentaires effectuées. Il fit voter « la nationalisation de tous les moyens de transport » et son rapport moral fut adopté à l’unanimité, avec félicitations pour son travail de propagande syndicale. Au congrès suivant, en mai 1918, Lucien Midol critiqua la fédération pour son combat insuffisant contre les entraves faites aux manifestations corporatives et Marcel Bidegaray, secrétaire général, rappela les difficultés que Midol avait été le premier à admettre. Si bien qu’ils se retrouvèrent tous deux faire l’objet d’un même vote de confiance qui recueillit 48 voix contre 27.
Après l’armistice, la condition matérielle des cheminots demeurait toujours très critique. Lucien Midol retint l’idée, avancée par un mécanicien, d’organiser une grève perlée. Le 25 janvier 1919, des arrêts de travail, d’une minute pour les mécaniciens durant leur trajet jusqu’à une heure pour les ouvriers des ateliers, furent organisés sur le réseau du PLM Suivie par 90 % des agents, cette fameuse « grève d’une minute » valut à Lucien Midol, qui avait refusé de retirer cet ordre de grève, d’être arrêté le soir même. Incarcéré à Bourges, il passa devant un conseil de guerre et fut remis en liberté provisoire vingt jours après, avec une peine de prison avec sursis et une amende. En mars, au congrès de l’Union PLM, quelques syndicalistes l’accusèrent d’avoir eu des visées politiciennes en tant que socialiste. Mais, malgré « quelques erreurs regrettables », Lucien Midol, soutenu par Bidegaray, vit sa gestion approuvée par 111 voix contre 4. Les congressistes décidèrent à une « grosse majorité » le maintien du siège de l’union à Dijon reconnaissant ainsi le charisme exceptionnel de Lucien Midol.
Bien qu’il ait plutôt suivi jusqu’alors la ligne fédérale voire approuvé la ligne confédérée, votant avec la majorité au congrès confédéral de Paris de juillet 1918, Lucien Midol devint plus critique avec la ligne « réformiste » au second congrès fédéral de mai 1919. Il rallia en particulier la motion critique minoritaire déposée par Monmousseau du Réseau de l’État, dénonçant dans leurs modalités la pratique des diverses commissions paritaires mises en place pour discuter des échelles de rémunération et du futur statut des agents soutenu deux mois plus tôt au congrès d’Union : « Je trouve extraordinaire qu’au moment où Jouhaux* quitte la Conférence de la paix, nous allions, nous, dans des commissions paritaires » (Congrès fédéral, compte rendu, p. 120). Au congrès confédéral de septembre, tenu à Lyon, Midol rejoignit les leaders minoritaires, Pierre Besnard, Gaston Monmousseau et Henri Sirolle.
Lorsque l’affaire Jean-Baptiste Campanaud entraîna les incidents qui aboutirent à une grève généralisée, Lucien Midol fut révoqué le 1er mars 1920 pour avoir encouragé le mouvement bien qu’il n’ait pas été formellement gréviste à cause de sa position de permanent syndical. Il fut poursuivi pour « provocation de militaires à la désobéissance », les cheminots ayant été « mobilisés » par le gouvernement et placés en régime militaire spécial. Pour échapper à la police, Lucien Midol se réfugia en Suisse, à La-Chaux-de-Fonds.
Au congrès suivant de l’union, en mars, une large majorité suivit Lucien Midol pour désapprouver totalement la manière dont la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer avait négocié l’issue de la grève : trop hâtivement et sans garanties aux yeux des minoritaires, alors que l’ampleur du mouvement permettait d’escompter de meilleurs résultats. Il fit adopter par 92 % des voix une motion « syndicaliste » : « l’atelier sera le gouvernement de demain ». Il se vit offrir une statuette en bronze, Le Travail, pour avoir su transformer l’incident Campanaud en un assaut corporatif exceptionnel.
Au congrès fédéral, salle Japy, du 22 au 25 avril, l’Union PLM contribua, avec les Unions PO et État, à renverser l’ancienne équipe fédérale et à installer une nouvelle direction « minoritaire » dont l’orientation, proposée par Gaston Monmousseau, fut votée à l’Union PLM par 91 % des voix (taux record). Au nouveau secrétariat, les leaders du Réseau État, Gaston Monmousseau et Lévêque firent appel, sur le conseil de Pierre Monatte*, à Lucien Midol, désigné secrétaire du journal La Tribune des cheminots, à la place de Henri Sirolle, nommé délégué à la CGT. C’était une concession faite à la ligne de Lucien Midol que l’on ne peut identifier pleinement à celle de Gaston Monmousseau. S’il y eut accord sur la critique des ex-majoritaires, Lucien Midol n’était certainement pas si pressé d’organiser, dès le 1er Mai, la grande grève générale qui, néanmoins, fut décidée lors de la dernière journée du congrès à Aubervilliers.
Particulièrement muet au cours de débats fort agités, Lucien Midol s’expliqua dans une interview donnée à Claude Willard en 1966, sur son attitude d’alors : « J’avais essayé de combattre le courant [...] Je disais qu’il ne fallait pas émousser nos armes, qu’il fallait attendre [...] Mais était-ce un manque de courage politique, le sentiment de faiblesse de mes arguments, la certitude de ne pouvoir remonter le courant ou la crainte de l’affaiblir inutilement, mes observations ne dépassèrent pas le stade des discussions entre militants, entre délégués. Et moi aussi, je votais la grève. » Mais, au conseil fédéral tenu le lendemain et chargé de préciser les modalités du mouvement, « la décision du congrès fut ratifiée à l’unanimité, moins une voix, la mienne ».
Lucien Midol, bien que s’opposant à la grève, repoussa sa démission jusqu’à la fin de la grève par discipline fédérale et sens de la responsabilité collective. L’échec de la grève de mai, ses conséquences douloureuses pour la corporation des cheminots, le tiraillèrent longtemps. Il s’interrogeait encore en 1966 (interview Cl. Willard) : « N’aurais-je pas dû combattre à la tribune du congrès le courant gréviste, quitte à perdre ma popularité ? » Dans ses Mémoires publiées en 1973, il répondait affirmativement à cette question (p. 97). Déjà en 1934, Lucien Midol avait reconnu ses erreurs. Dans sa préface à L’Histoire de la Fédération des cheminots de Pierre Semard, il admettait avec l’auteur avoir dirigé cette « poussée révolutionnaire » de cheminots « avec toutes les faiblesses issues de notre méconnaissance de la stratégie révolutionnaire, avec nos méthodes imprégnées d’anarcho-syndicalisme, sans que nous ayons comme nos camarades russes un guide comme le Parti bolchevique avec Lénine à sa tête ».
Durant la grève, à nouveau poursuivi pour participation au complot contre la sûreté de l’État, Lucien Midol, caché à Paris, décida de s’exiler. Aidé de cheminots, il gagna Genève, où il s’installa chez un révoqué réfractaire de 1910, Varey, et fut rejoint en 1921 par sa famille. Éloigné ainsi des règlements de comptes qui suivirent l’échec de la grève, remplacé par Mérot, un minoritaire, à la tête de l’Union PLM, Lucien Midol ne participa pas aux déchirements au sein de la Fédération qui conduisirent à sa scission au congrès suivant de mai-juin 1921, Semard prenant la tête d’une nouvelle Fédération.
Durant ses trois ans d’exil en Suisse, condamné plusieurs fois, subsistant de métiers précaires (manœuvre du bâtiment ou des métaux, libraire, voyageur de commerce, petit artisan, etc.), Lucien Midol participa aux débats sur la question de l’adhésion à la IIIe Internationale de la section genevoise du Parti socialiste français (dépendant de la Fédération de la Haute-Savoie) où se trouvaient les dirigeants du Bureau international du travail. Il appuya le vote favorable à l’adhésion, acquis par 16 voix contre 14.
Une fois la scission nationale consommée, Lucien Midol participa à la constitution de la section de Genève du Parti communiste suisse, animant la cellule des Français. Par l’Humanité, il suivit les débats qui agitèrent les milieux politiques et syndicaux. Sollicité par la CGTU pour la représenter à l’ISR à Moscou, il refusa ce mandat craignant de ne savoir concilier les vues de l’ISR avec les traditions du syndicalisme français.
En 1923, il apprit en lisant le journal qu’il avait été élu le 4 novembre conseiller municipal à Paris, dans le quartier de la Santé (XIIIe arr.). Le Parti communiste l’avait en effet proposé sur ses listes, comme « candidat de l’amnistie ». Ayant regagné Paris, il fut arrêté peu après, le 14 novembre, dans les couloirs de l’hôtel de ville, alors qu’il se rendait à une réunion du conseil. Transféré à Avignon, il fut condamné le 3 décembre 1923 à six mois de prison, avant de passer devant deux autres juridictions, à Orange puis à Nîmes. L’amnistie de 1924 supprima les peines prononcées et annula d’autres poursuites. Entre-temps, son élection du 4 novembre avait été cassée par le conseil de préfecture, Lucien Midol ne pouvant justifier d’un domicile dans l’arrondissement. Ce scénario se reproduisit après son élection en 1924 au conseil d’arrondissement de Villeneuve-Saint-Georges, en plein fief cheminot PLM
La réinsertion de Lucien Midol fut rapide. Au VIIe congrès de la Fédération unitaire des cheminots, en juin 1924, il fut élu secrétaire général, remplaçant Semard appelé au secrétariat général du PC, et entra à la commission exécutive au IIIe congrès confédéral d’août 1925. Il occupa ces fonctions jusqu’à la réunification de 1936. Élu membre du Comité directeur au congrès du Parti communiste (Lyon, janvier 1924), il collabora à la rubrique sociale de l’Humanité. L’année suivante, au congrès de Clichy, il fut réélu au Comité central qu’il n’allait plus quitter jusqu’en 1959. Au congrès suivant de juin 1926, il fut élu membre du Bureau politique, fonction qu’il conserva jusqu’en 1939, avant de présider jusqu’en 1946 la commission de contrôle du parti.
La fidélité de son engagement et sa réputation de militant chevronné ne ménageant pas son énergie combative amenèrent Lucien Midol à jouer un rôle important dans de multiples combats syndicaux et politiques qu’il paya par des poursuites et condamnations multiples. Il participa aux travaux du plenum de l’IC à Moscou en mars 1925. En août, il fut poursuivi en qualité de membre du Comité d’action contre la guerre au Maroc et condamné par défaut, le 12 octobre, à treize mois de prison et 3 000 F d’amende pour provocation de militaires à la désobéissance, jugement confirmé en décembre et mai 1927. Arrêté puis incarcéré à la Santé le 11 juillet, il fut libéré le 26 novembre, et participa en juillet 1928 au VIe congrès de l’IC à Moscou. À nouveau arrêté le 23 juillet 1929 pour complot contre la sûreté de l’État, il fut mis en liberté provisoire le 9 mai 1930.
Après avoir été élu conseiller municipal de Juvisy mais invalidé en 1929, élu député de la circonscription de Corbeil le 8 mai 1932, réélu en 1936 dans celle de Longjumeau (Seine-et-Oise) coiffant les deux importantes concentrations cheminotes de Juvisy et de Villeneuve-Saint-Georges, Lucien Midol bénéficia désormais de la protection de son mandat pour mener une vie militante plus facile. En 1939, il devint conseiller municipal d’Athis-Mons.
À l’issue du congrès de fusion des cheminots, les 9 et 10 décembre 1935, il fit partie du nouveau secrétariat paritaire, s’effaçant derrière Semard, nouveau secrétaire général avec Jean Jarrigion de la Fédération unifiée. Réélu au congrès fédéral suivant de juin 1938 (il avait obtenu sa réintégration en 1937), il fit valoir au Bureau politique du PC, ses préoccupations syndicales de cheminot, proposant un projet de nationalisation des chemins de fer. Au congrès international de la Fédération mondiale des cheminots, tenu à Luxembourg à l’automne 1936, il y développa les résultats positifs obtenus grâce au gouvernement du Front populaire. Délégué à la commission paritaire pour l’application des 40 heures dans les chemins de fer, Lucien Midol conduisit la bataille pour imposer des modalités favorables aux agents. Dans son intervention au congrès fédéral de juin 1938, il interpella ses « camarades grands cheminots », leur demandant de faire preuve de plus de solidarité avec les « petits cheminots » des réseaux secondaires que la création de la SNCF ne concernait pas et qui étaient bien plus menacés par les fermetures de lignes accélérées depuis 1937. Quant à la concurrence rail-route, il souhaitait que les règlements de travail et de sécurité des routiers soient mieux respectés.
Arrêté le 8 octobre 1939 pour constitution du Groupe ouvrier paysan, Lucien Midol, comme tous ses camarades qui n’avaient pas répudié le Pacte germano-soviétique, fut condamné le 3 avril 1940 à cinq ans de prison et à 4 000 F d’amende pour « reconstitution de ligue dissoute ». Interné à la prison du Puy, il fut ensuite transféré à Maison-Carrée en Algérie. Libéré en février 1943 par les troupes alliées, il se consacra en particulier à la reconstitution des syndicats d’Alger puis fut proposé au général de Gaulle, comme commissaire à la production industrielle dans le Comité français de libération nationale. Il exécuta diverses missions, telle que celle de délégué au congrès du BIT à Philadelphie (États-Unis) début 1944. Chargé par le parti du rapatriement des Français encore en Algérie, il put ensuite regagner Paris en septembre 1944. Il retrouva alors sa femme qui, durant trois ans et demi, avait été internée à la prison de Rennes, et ses deux fils (Maurice Midol, né en 1911, et René Midol, né en 1913) qui s’étaient engagés dans la Résistance.
Maire d’Athis-Mons de 1944 à 1948, réélu conseiller municipal en 1953, membre des Assemblées constituantes de 1945 et de 1946, élu député de Seine-et-Oise en novembre 1946, réélu en 1951 et 1956, Lucien Midol siégea à nouveau au secrétariat de la Fédération des cheminots de 1944 à 1948, au Comité central et au Bureau politique de 1945 à 1959. Agé de soixante-seize ans, il demanda à ne plus exercer de responsabilités électives. Il présida cependant à partir de 1960, jusqu’à sa mort, l’Amicale des vétérans du PCF. Retiré à Vouzeron (Cher) dans la maison de repos Ambroise-Croizat, les dirigeants du PCF et de la CGT lui rendirent de nombreux hommages à l’occasion de ses 80, 90 puis 95 ans. Lucien Midol mourut le 26 décembre 1979, âgé de quatre-vingt-seize ans, et fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Son choix précoce et bien arrêté d’ingénieur prenant le parti de la classe ouvrière en firent un militant peu porté aux spéculations abstraites. Son rôle syndical fut certainement plus important que son rôle politique. Mais sa fidélité inébranlable n’excluait pas un sens vif de la responsabilité personnelle. Lucien Midol se révéla aussi un homme du scrupule et du doute, qui s’interrogea constamment sur son rôle dans la grève de mai 1920, alors qu’il contrôlait une Union clef, celle du PLM Sollicité par les Éditions sociales pour rédiger ses mémoires, La Voie que j’ai suivie, un ingénieur au cœur des batailles sociales, 1900-1970, publiées en 1973, son manuscrit lui attira des remarques critiques sur trois séquences de sa vie. Dans un texte dactylographié inédit de huit pages et intitulé : « Une erreur fondamentale », il expliqua « ses erreurs d’écrivain ». Il dut remanier son texte sur trois points : à l’heure où la CGT recrutait beaucoup dans le milieu des ingénieurs, il dut expliquer que le choix résolu et exclusif entre devenir « ingénieur » ou « militant syndicaliste » auquel il avait été confronté, était propre à une époque aujourd’hui révolue. De même son jugement sur les États-Unis visités en 1944, jugé « retardataire », fut mis au goût du jour. Enfin, il lui était reproché d’évoquer l’URSS telle qu’il l’avait connue à plusieurs reprises, et dont le tableau concret dressé ne correspondait plus à la situation. Reconnaissant pour traiter de l’URSS avoir « malheureusement choisi une voie beaucoup trop étroite, celle de mes voyages dans les pays socialistes », Lucien Midol convint qu’il devait compléter ses souvenirs par des recherches « autrement profitables, bien plus systématiques », comme la lecture de l’Histoire de l’URSS « dont je n’ai malheureusement que de vagues notions », s’interrogeant même sur la publication de ses mémoires, même « expurgées des séquelles malheureuses » du but trop personnel qu’il s’était donné. Homme de grande probité intellectuelle, Lucien Midol ne cessa de témoigner sa fidélité inconditionnelle à un parti, fût-il bien différent de celui qu’il avait contribué à construire.

ŒUVRE : Nombreux articles dans les organes syndicaux. — La Voie que j’ai suivie, Éditions sociales, 1973. — « Souvenirs de militants », l’Humanité, 23 mars 1956. — « De la Russie des troïkas au satellite artificiel » (Souvenirs de sa première visite en URSS en 1925), La Renaissance de Seine-et-Oise, 26 octobre 1957. — Cahiers Maurice ThoreZ, n° 1, avril 1966, interview par Claude Willard.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13735, 13671, 13683 et 13684. — Arch. PPo. 300, 308, BA/1715. — Arch. Dép. Côte-d’Or (P. Lévêque). — Arch. Dép. ancienne Seine-et-Oise, 2 M 11/18, 11/24, 30/29, 30/56, 1 W 221, 957, 959, 960, 962, 1024 (R. Balland). — Arch. Dép. Vaucluse (F. Roux). — Arch. Jean Maitron (Batal). — Le Rappel socialiste, 1916-1920. — Le Populaire de Bourgogne, 1920-1923 (notamment les 1er et 2 mai 1922). — La Tribune des cheminots, 1920-1939. — L’Humanité, 27, 28 et 31 décembre 1979. — Le Monde, 28 décembre 1979. — A. Kriegel, Aux origines du communisme français, op. cit. — Ph. Robrieux, Histoire intérieure, op. cit. — G. Ribeill, Les cheminots en guerre 1914-1920, CERTES-EN PC, 1988. — Jean-Marc Berlière, Grèves et mouvements sociaux en Côte-d’Or, 1919-1920, mémoire de maîtrise, Dijon, 1971. — Pascal Rigaud, Socialistes et communistes en Côte-d’Or, 1919-1924, mémoire de maîtrise, Dijon, 1984.

Georges Ribeill

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