RANVIER Gabriel

Né le 8 juillet 1828 à Baugy (Cher), mort à Paris le 27 novembre 1879 ; peintre-décorateur sur laque, ou encore ouvrier en tabletterie vernie ; marié, père de six enfants, franc-maçon — Voir Thirifocq E. — blanquiste ; membre de la Commune de Paris et de l’Internationale.

Le père de Ranvier fut aubergiste, puis savetier. En dernier lieu, il était facteur, mais cet emploi lui fut retiré en raison de son intempérance. Il mourut dans une grande misère le 31 juillet 1868. Sa femme était morte quelques années auparavant.

Deux fils étaient nés de cette union, Gabriel et Auguste dit Paillasse. Gabriel fut d’abord employé, à sa sortie de l’école primaire, chez l’huissier de Baugy. Il en « aurait été renvoyé » parce qu’il trompait son patron sur le papier timbré. Il est à noter que le maire de Baugy écrivait le 24 juillet 1875 : « Je puis dire qu’il [Gabriel] appartenait à une excellente famille, laquelle famille n’existe plus aujourd’hui, et que lui-même jouissait d’une bonne réputation avant son départ. »

Employé ensuite à Bourges chez un avoué, il le quitta vers 1847 ou 1848 et vint à Paris. Depuis longtemps, il avait montré des dispositions pour le dessin. Ouvrier laborieux, peintre sur porcelaine, il habitait rue Neuve-de-Ménilmontant, s’établit à son compte, mais fit faillite en juin 1864 parce qu’un de ses ouvriers avait reproduit, à son insu, un dessin propriété d’éditeur, et que Ranvier ne put payer. Son frère cadet, menuisier, l’avait suivi à Paris et se mit plus tard marchand de vins après avoir épousé une femme ayant quelque fortune. Il fit de mauvaises affaires, sa femme l’éborgna. Il se suicida après la Commune (est-ce lui qui dirigea Sainte-Pélagie ?).

À la fin de l’Empire, Gabriel Ranvier fut condamné à quatre ans de prison pour infraction à la loi sur les réunions, mais libéré le 4 septembre 1870.

Jules Vallès, dans L’Insurgé, Paris, Fasquelle, 1926, pp. 301-303 l’a présenté ainsi :

« Ranvier. Un long corps maigre au haut duquel est plantée, comme au bout d’une pique, une tête livide, qu’on croirait coupée s’il baissait les paupières [...]
« Telle est, au repos, la physionomie de Ranvier [...] Mais qu’il ouvre la bouche et qu’il parle, un sourire d’enfant éclaire son visage et la voix, éraillée par la phtisie, est sympathique avec son reste d’accent berrichon et son arrière-goût de lutrin [...].

« Il a été petit patron ; la faillite lui a mangé ses quelques sous. Il n’en parle jamais, capable de croire qu’il a entaché le blason du parti, mais la blêmeur qui lui enfarine la face est peut-être venue le matin où le syndic a prononcé la déchéance [...].

« Sobre, buvant des sirops — le grand cadavre ! — pour trinquer avec les buveurs de vin ; mangeant mal pour laisser sa part aux autres ; pouvant à peine, en passant les nuits, arriver à nourrir six enfants qui poussent autour de lui, sans mère.

« Elle est morte, après avoir été l’éducatrice de son mari [...] »

Avec ses amis du Comité central des vingt arrondissements auquel il appartenait, Ranvier présenta, le 15 septembre, les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale aurait dû, selon les signataires, se hâter « de transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République ». Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements — Voir Chassin Charles L. Pendant le Siège, il fut élu commandant du 141e bataillon de la Garde nationale. Il organisa avec Gustave Flourens la journée révolutionnaire du 31 octobre et fut révoqué. Il fut élu le 5 novembre maire du XXe arr., mais la faillite antérieure fit invalider son élection. Il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris ; il ne fut pas élu.

En mars 1871, il appartenait au Comité central de la Garde nationale. Le 18 mars, à la tête des bataillons de Belleville, avec Eudes, il se joignit aux fédérés de Montmartre amenés par Jean-Louis Pindy. Ils s’emparèrent de l’Hôtel de Ville vers 10 h 30 du soir et firent hisser le drapeau rouge.

Le Comité central de la Garde nationale le délégua le 24 mars auprès de la réunion des maires, puis c’est lui qui, le 28 mars, prononça devant la Commune le discours par lequel le Comité résigna ses pouvoirs. Le XXe arr. l’élut à la Commune le 26 mars par 15 049 voix sur 16 792 votants et il siégea à la Commission de la Guerre (29 mars). Il démissionna le 15 avril, mais fut réélu le 21. Il prit part à la sortie du 3 avril au cours de laquelle Flourens trouva la mort.

Le 24 avril 1871, il intervint au Châtelet, au cours d’une des réunions des francs-maçons parisiens qui précédèrent la manifestation du 29 avril en faveur de la Commune de Paris.

Il vota pour le Comité de Salut public, et en fut membre lors des deux élections (1er et 10 mai). C’est lui qui, le 26 mai, fit publier la dernière proclamation de la Commune, relative à la défense de Belleville.

Le 3e conseil de guerre le condamna, par contumace, le 23 novembre 1871, à vingt ans de travaux forcés, à la dégradation civique et à 5 000 F d’amende pour complicité dans la démolition de l’hôtel de Thiers. Il était à Londres tandis que le 4e conseil de guerre le condamnait par contumace, le 14 juillet 1874, à la peine de mort.

Le 21 novembre 1871, Ranvier était entré au conseil général de l’Internationale (cf. Archives Bakounine, op. cit.). Il fut présent au 5e congrès de l’Internationale tenu à La Haye du 2 au 7 septembre 1872 où il représenta la section Ferré de Paris. Avec Simon Dereure, Léo Frankel et quatre autres délégués, il appartint à la commission de vérification des mandats, puis présida le congrès, « honneur échu non à lui, personnellement, dit-il, mais à la section Ferré, à la ville de Paris et à la Commune ». Avec la majorité, il accorda les pleins pouvoirs au conseil général. Karl Marx ayant fait voter le transfert à New York du Conseil général, Ranvier quitta le congrès ainsi qu’Arnaud, Frédéric Cournet. Il fut remplacé par Sorge à la présidence, le 7 septembre.

Son nom figure — malgré lui, aurait-il dit à Lafargue (cf. Engels à Sorge, 16 novembre 1872 et 4 janvier 1873, Correspondance F. Engels, K. Marx et divers dans œuvres complètes F. Engels, Paris, Costes, t. I, 1950) — avec ceux d’A. Arnaud, Margueritte, Constant Martin et E. Vaillant comme signataires de la brochure Internationale et Révolution. À propos du congrès de La Haye, que Vaillant avait personnellement rédigée.

À Londres, une fille de Ranvier épousa Pierre Vésinier. À peine de retour à Paris, Gabriel Ranvier mourut, le 27 novembre 1879. Il fut enterré civilement. Une couronne avait été offerte par « la loge maçonnique dont faisait partie le défunt ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article69275, notice RANVIER Gabriel , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 20 novembre 2018.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/860 B, n° 3898 et C 2882. — Arch. PPo E a/103-20. — Arch. Dép. Cher, série M, Police politique, 57. — P.V. Commune, op. cit. — Archives du Grand-Orient (Bibl. Nat.), cote 1632, vol. II, Manifestation du 29 avril 1871. — Archives Bakounine..., op. cit., vol. II, n° 128, p. 410. — La Première Internationale, (J. Freymond). op. cit., t. II. — J. Bossu, « Une loge de proscrits à Londres... », L’Idée libre, juin-juillet 1958. — Alain Dalotel, Gabriel Ranvier (1828-1879), le christ de Belleville, blanquiste, franc-maçon, communard et maire du XXe arrondissement, Éditions Dittmar, 2005, 183 p.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 361. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 140. — Alain Dalotel, Gabriel Ranvier (1828-1879), le christ de Belleville, blanquiste, franc-maçon, communard et maire du XXe arrondisssement, Éditions Dittmar, 2005, 183 p.

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