OBRECHT Fernand, Paul

Par Pierre Schill

Né le 5 septembre 1919 à Metz (Moselle), mort le 4 mai 1985 à Metz ; cheminot, facteur mixte puis employé principal ; membre de la CGT et du PC clandestins ; secrétaire général de Fédération de Moselle et membre du bureau national de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP).

Le père de Fernand Obrecht, comme la plupart des Alsaciens-Lorrains, dut s’engager dans l’armée impériale allemande au cours de la Première Guerre mondiale. Engagé sur les fronts de l’Est, il déserta et réussit à rejoindre l’armée française dans laquelle il s’engagea. Il mourut des suites d’un gazage subi pendant la guerre et Fernand Obrecht et ses deux sœurs cadettes furent donc élevés par sa mère, veuve de guerre.

Il suivit les cours d’une école technique et passa deux brevets professionnels qui lui permirent d’entrer à la SNCF en 1937. Il occupa le poste de facteur mixte en gare de Rombas-Clouange (Moselle) avant guerre.

Fernand Obrecht fut mobilisé dans l’armée française en 1939. Fait prisonnier par les Allemands, il fut libéré après l’armistice en tant qu’Alsacien-Lorrain et put rentrer en Moselle, une nouvelle fois annexée, où il fut réquisitionné à la fin de l’année 1940 par les chemins de fer allemands pour reprendre son poste d’avant-guerre. Il devait terminer sa carrière cheminote en octobre 1974 avec le grade d’employé principal.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Fernand Obrecht fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important du département de Moselle annexée. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national avait été mis sur pied, au cours de l’été 1941, par l’instituteur messin Jean Burger, aidé par les cheminots Charles Hoeffel* et Georges Wodli*. Il participa notamment à la destruction d’une ferme travaillant pour l’Allemagne et, avec quelques autres membres du groupe, au vol de machines à écrire et de ronéos dans un magasin géré par un nazi à Metz. C’est avec ce matériel que le groupe Mario de la région messine put imprimer tracts et billets clandestins. Le 6 décembre 1942, il faisait partie du petit groupe de résistants qui organisa l’évasion de Jean Burger arrêté peu de temps auparavant. En février 1943 les autorités allemandes annoncèrent la mobilisation dans la Wehrmacht de la classe d’âge de Fernand Obrecht, qui fut donc obligé d’entrer dans la clandestinité et de s’installer pendant quelques mois en région parisienne. Jean Burger lui demanda de rentrer en Moselle en avril 1943 et il fut logé clandestinement à Montigny-lès-Metz et prit la direction du groupe Mario pour le secteur de Metz.

Il fut arrêté le 21 septembre 1943 alors qu’il était en train de déboulonner avec un camarade les rails de la voie de chemin de fer entre Metz et Ars-sur-Moselle. Il fut d’abord emprisonné et interrogé dans les caves de la Gestapo messine puis transféré à la prison militaire de la rue du Cambout avant d’être emprisonné au SS Sonderlager du Fort de Queuleu dans la banlieue messine. Il fut ensuite transféré à la prison de Mannheim puis aux camps de Dachau et Auschwitz-Monowitz (Pologne) et enfin à Buchenwald (Allemagne), où il arriva très affaibli à la fin du mois de janvier 1945. Il fut libéré le 11 avril 1945. Atteint par le typhus, il dut notamment son salut à l’aide de Léopold Ziegler qui le réconforta dans la neige d’Auschwitz et l’emmena à l’infirmerie du camp de Buchenwald. Il fut obligé, après sa libération, de suivre une convalescence dans la résidence du maréchal Goering en Thuringe. Son engagement dans la Résistance fut homologué dans la Résistance ferroviaire avec le grade de sous-lieutenant. Il obtint le titre de déporté-résistant et fut promu chevalier de la Légion d’honneur. Fernand Obrecht obtint un dédommagement financier de l’entreprise IG Farben pour travail forcé pendant sa période de déportation.

Rentré très affaibli de déportation, Fernand Obrecht dut changer de travail en raison de problèmes oculaires qui le privèrent d’une partie de sa vue. Il travailla dès lors à l’ancienne gare de Metz où, affecté au service Exploitation, il s’occupait du traitement des dossiers administratifs de la SNCF.

Fernand Obrecht fut syndiqué à la CGT de son entrée au chemin de fer jusqu’à sa mort. Il fut délégué syndical jusqu’à sa retraite en 1974. Dans les années soixante il fut membre du bureau du 7e secteur CGT.

Il milita également au Parti communiste, d’abord dans la clandestinité au moment de l’annexion, puis à nouveau de la Libération aux années 1950 et ce sans jamais occuper de responsabilité particulière. Il participa à toutes les grèves qui touchèrent la compagnie de chemin de fer.

En juin 1946, il représentait le Parti communiste au comité départemental des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) mosellans. Il fut aussi un membre actif de la FNDIRP en Moselle : secrétaire général départemental puis président départemental. En 1965 il était secrétaire général de la FNDIRP Moselle et membre du bureau national de la FNDIRP où il milita jusqu’à sa mort.
Fernand Obrecht s’était présenté aux élections municipales du 23 septembre 1945 à Metz sur la Liste de l’union de la Résistance qui regroupait les syndicats et partis de gauche et des représentants de l’Union nationale de la Résistance (UNR). Il représentait le PC. Sur 17 036 suffrages exprimés la liste obtint une moyenne de 6 405 voix contre 9 558 pour la liste d’Entente communale (droite) menée par le maire sortant Gabriel Hocquard. Au second tour il restait un siège à pourvoir. Fernand Obrecht obtint 1 605 voix sur 9 927 suffrages exprimés. La liste de la Résistance n’obtint aucun élu. Il se représenta sur la Liste d’union républicaine pour la défense des intérêts des classes laborieuses des libertés communales aux élections municipales du 8 mars 1959 à Metz. Sur 29 973 suffrages exprimés la liste soutenue par le PC obtint une moyenne de 3 837 voix contre 20 808 pour la liste du maire sortant Raymond Mondon qui remporta l’ensemble des sièges à pourvoir.

Il s’était aussi présenté en septembre 1945 aux élections cantonales à Metz II. Au premier tour il obtint 1 220 voix 4 600 suffrages exprimés et arriva en deuxième position derrière De Maud’huy qui fut élu en totalisant 2 400 voix.

À la fin des années 1940 et au début des années 1950, il fut également candidat malheureux aux élections législatives.

Il avait rencontré dans la Résistance Marguerite Durrmeyer, fille de Pierre Durrmeyer et sœur de Pierre Durrmeyer, née le 10 janvier 1920 à Hagondange (Moselle), qu’il épousa en 1946. Également résistante, elle avait été arrêtée le 12 octobre 1943 à Mondelange. Internée d’abord au Fort de Queuleu, elle avait été dirigée vers Schirmeck, où elle avait été libérée le 21 novembre 1944. Le couple eut trois enfants. Vivante en 2004, Margot Obrecht-Durrmeyer était alors toujours syndiquée à la CGT et membre du PCF.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7135, notice OBRECHT Fernand, Paul par Pierre Schill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 11 novembre 2012.

Par Pierre Schill

SOURCES : Arch. Dép. Moselle, 151 W 726 et 823 ; 1330 W 95 et 263. — Arch. personnelles et renseignements fournis par Marguerite Obrecht-Durrmeyer, son épouse. — Arch. personnelles de Roger Wilmet. — Le Républicain lorrain, 25 septembre et 2 octobre 1945. — François Goldschmitt, Alsaciens et Lorrains à Dachau, tome 5, Les derniers jours de Dachau, Sarreguemines, Pierron, 1947, 79 p. — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194 p. — Numéro spécial de L’Humanité d’Alsace et de Lorraine : Résistance im annektierten Elsass und Lothringen, Strasbourg, janvier 1965, 64 p. — Émile Reiland, « Les élections municipales à Metz depuis 1945 », Cahier du Cercle Jean Macé, n° 9, 1er trimestre 1983, p. 1 à 31. — Maurice Choury, Les Cheminots dans la Bataille du Rail, Paris, Librairie académique Perrin, 1970, p. 97-98. — Notes de Pierre Vincent. — État-civil de Metz.

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