Né le 23 janvier 1906 à Dijon (Côte d’Or), ouvrier puis enseignant ; peintre, sculpteur et écrivain.

Le père de Pierre Bochot était cuisinier à l’Hôtel de la Cloche, à Dijon. Il avait fait la Première Guerre mondiale dans l’infanterie et avait été gazé en 1917. Fils d’un meunier bourguignon, il avait gardé la nostalgie du moulin natal et acquit en 1919, à Saint-Thibault (Côte d’Or) un moulin abandonné qu’il remit en marche. Ce moulin brûla deux ans plus tard. Le père de Pierre Bochot dut reprendre provisoirement son métier de cuisinier, puis dirigea successivement le moulin de Montluel (Ain), celui d’Effourg (Côte d’Or) et celui de Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) où il mourut en 1941 alors que Pierre Bochot, son fils aîné, était prisonnier en Allemagne.
Pierre Bochot eut une enfance et une adolescence malheureuses. Sa mère était décédée en 1915 et son père s’était remarié en 1919. Depuis l’âge de quatre ans, Pierre Bochot, très doué, n’avait jamais cessé de dessiner, il voulait devenir peintre et sculpteur. Mais à treize ans, il fut obligé de quitter l’école pour travailler comme charretier au moulin de Saint-Thibault. Après l’incendie de ce dernier, il exerça divers métiers qui lui déplaisaient : garçon boucher, valet de ferme, lapidaire, employé chez un marchand de tissu à Lyon (Rhône). À quinze ans, il s’enfuit de la maison paternelle, puis retrouva du travail comme plongeur de nuit et garçon de salle au buffet de la gare de Lyon. Il suivait en même temps les cours de composition décorative à l’École nationale des Beaux-Art de cette ville. En 1922, grâce à l’intervention d’une bienfaitrice fortunée, il put quitter le buffet et entrer dans l’atelier de sculpture d’Ovide Yencesse, médailliste bourguignon d’origine flamande. Il devait concourir pour le Grand Prix de Rome, mais, de caractère indépendant, il rompit avec sa bienfaitrice et partit pour Paris en 1925 où il retrouva les deux fils d’Ovide Yencesse, Albert Soulillou et Abel Guillot, et se lia d’amitié avec le peintre et cordonnier Gabriel Robin. Il participa à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs, exposant une médaille dans la section « Art et Industrie du métal ». Pour vivre, il sculpta des dossiers de fauteuils et des cadres, se nourrissant le plus souvent d’un café crème et d’un croissant à la terrasse du Dôme de Montparnasse. Après sa rencontre avec Raymond Duncan, il devint un adepte de ce dernier et grava en sa compagnie des bois destinés à l’impression de tissus et que Duncan vendait aux riches Américains. En 1927, après sa libération du service militaire qu’il venait d’accomplir à Lyon, Pierre Bochot se réconcilia avec son père et tenta de se faire une existence « normale ». Il apprit le dessin industriel, le modelage mécanique, et fut embauché à l’usine d’automobiles Donnet, à Pontarlier. Insatisfait, il retourna à Paris, travailla à Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine) comme modeleur mécanicien à la Société des moteurs Salmson, puis à Lyon aux Ateliers de construction électrique. Se défendant de l’aliénation, il ne restait guère plus d’un an dans une même usine. En 1930, il regagna de nouveau Paris et devint alors tour à tour ouvrier métallurgiste et manœuvre, aide-comptable à la Raffinerie du Midi, dessinateur, agent technique aux Ateliers Otis-Pifre, chômeur, militant au sein du Comité des Chômeurs, porteur aux Halles, peintre en lettres, peintre en bâtiment, agent d’assurances, vendeur de journaux, artiste de complément (Jean Vigo le fit tourner dans plusieurs de ses films), menuisier, journaliste, encadreur, menant une existence mouvementée souvent proche de la misère. La nuit, Pierre Bochot, dans une chambre d’hôtel, lisait, étudiait, écrivait ou dessinait.
En 1931, Pierre Bochot adhéra au Parti communiste, puis à l’AEAR où il rencontra Paul Signac, Paul Vaillant-Couturier, André Gide, Paul Nizan, André Malraux, Henri Lefebvre, etc. et collabora à La Feuille Rouge. L’Humanité publia sa première nouvelle, Soldats 1932 qu’il écrivit après avoir effectué une période de réserve et qui fut recueillie dans Des Ouvriers écrivent (ESI, 1934). Encouragé par ses amis, Eugène Dabit, Morvan Lebesque, Henry Poulaille, Pierre Bochot écrivit alors son premier roman, l’Étau, qui parut par fragments dans Monde, puis en entier dans l’Almanach Ouvrier et Paysan de 1936. Ce roman, refusé par tous les éditeurs de Paris, fut traduit en russe en 1937.
À partir de 1936, Pierre Bochot partagea ses activités entre le journalisme (nombreux reportages pour Regards sur la vie des ouvriers dans la région parisienne), la peinture et l’action révolutionnaire. En 1936, il s’engagea dans les rangs des républicains espagnols et combattit sur les fronts de Guernica et de Bilbao. Il appartint au 3e régiment d’artillerie légère du bataillon Larranaga Bilbao comme sergent chef et fut blessé. De retour à Paris en 1938, il fut laveur de voitures à la gare Montparnasse. Il dactylographia son carnet de combattant, Les Volontaires du Peuple que l’hebdomadaire La Lumière publia intégralement et qui parut en 1947 aux Éditions du Soleil levant, à Périgueux (Dordogne). Il démissionna du PCF, rencontra et épousa une jeune Martiniquaise, pianiste et cantatrice, élève de l’École normale de Musique de Paris, puis professeur d’éducation musicale dans les lycées. Peu de temps avant la guerre, il travailla quelque temps avec son ami le sculpteur animalier Constant et donna à La Lumière deux grandes enquêtes : Enfance 1939 et Leur faim quotidienne.
Mobilisé en septembre 1939 dans l’Est, dans un régiment d’artillerie légère, il fut fait prisonnier en 1940 et emmené au Stalag II D en Poméranie. Malade, sous-alimenté, il partit travailler dans une petite ferme au bord de la mer Baltique et tint régulièrement son journal dans lequel il relatait son expérience de prisonnier français dans une famille de paysans allemands. Ayant refusé de travailler à partir de 1943, Pierre Bochot réussit à retourner au Stalag qu’il avait quitté et participa à la résistance dans ce camp : camouflage et défense des prisonniers israélites, diffusion dans le camp des prisonniers soviétiques des nouvelles obtenues clandestinement, organisation d’évasions. Il participa à la constitution de la bibliothèque universitaire du camp et permit la lecture de nombreux livres interdits en dessinant sur leurs couvertures le tampon de la censure allemande, fit des conférences, exécuta des décors de théâtre en collaboration avec André Bakst, lui aussi prisonnier.
Transféré au Stalag II C, Pierre Bochot a été témoin de la débâcle allemande. Libéré par les troupes soviétiques, il fut rapatrié en mai 1945. De retour à Paris, il effectua des travaux d’ébénisterie pour des antiquaires et écrivit un livre de captivité, Chez eux, publié par les Éditions R. Julliard en 1946.
En 1948, un poste de professeur de dessin à l’École professionnelle d’Alembert à Montévrain (Seine-et-Marne) lui permit d’avoir une existence plus stable, mais on lui reprocha ses méthodes pédagogiques trop avancées et il fut licencié à la fin de l’année scolaire. En 1949, Pierre Bochot partit avec sa femme et sa fille à la Guadeloupe où il devait enseigner pendant neuf ans au lycée national mixte de Pointe-à-Pitre. « Ébloui par la lumière des Antilles et l’exubérance de la végétation, frappé par la diversité et la beauté des types humains, dit-il, j’ai découvert — en opposition au monde occidental de l’Argent — un monde nouveau, un monde communautaire, affectif qui convenait à ma nature profonde, et j’ai connu une période de productivité intense, de bonheur réel grâce à mes nombreux contacts avec les Antillais, prenant une part active à leurs luttes tant sur le plan syndical que culturel et politique ». Pierre Bochot fit deux expositions particulières de peinture à Pointe-à-Pitre. En 1954, les Éditions Julliard publièrent son roman, Les Forces du cœur.
De retour en France, Pierre Bochot sera, de 1958 à 1965, professeur à Roubaix, Chartres, Asnières, Bois-Colombes, Saint-Denis, Aubervilliers, Paris, et enfin, de 1965 à 1971, au lycée technique Jean Macé de Vitry-sur-Seine. En 1971, après vingt-trois ans de service à l’Éducation nationale, il prit sa retraite sans avoir été titularisé dans l’emploi qu’il exerçait. Poursuivant ses recherches artistiques, il continua à peindre dans son atelier de la rue Ordener et, chaque été, en Provence.

OEUVRE : Recueils cités. — Collaboration aux journaux et revues l’Humanité,Regards,Commune, Marianne, La Lumière, L’Avant-garde, Monde, Les Volontaires, La littérature internationale.

SOURCES : Correspondance de Pierre Bochot (1974). — Arch. AVER.

Jean Prugnot

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