Née le 3 février 1902 à Liévin (Pas-de-Calais), morte le 6 février 1977 à Cachan (Val-de-Marne) ; écrivaine ; militante anarchiste ; installatrice du Centre Henry Poulaille à Cachan.

La mère d’Hélène Patou était enfant de l’Assistance publique et mourut lorsque sa fille avait trois ans. Son père, un ouvrier mineur (chauffeur selon l’acte de naissance), socialiste, qui s’était remarié, fut mobilisé en 1914. L’enfant, qui souffrait de l’attitude de sa belle-mère à son égard, fit de la contrebande vers la Belgique pour vivre pendant la guerre. Elle fréquentait déjà à cette époque les milieux anarchistes, ce que son père, revenu de la guerre, voulut réprimer. Pour échapper à cette contrainte paternelle, Hélène Patou se maria à un ouvrier tisseur belge, Théodor Goedgebuer, le 26 mars 1921 à Croix. Travaillant elle-même dans les tissages du Nord, militante syndicale active, elle fit également de la propagande néo-malthusienne. Séparée de son mari, elle rejoignit avec sa fille, née en 1924, la colonie de Bascon (Aisne), mais déçue au bout de quelques mois de vie en collectivité, elle quitta colonie et, en compagnie de quelques camarades, partit à pied dans le Midi jusqu’à Menton (Alpes-Maritimes). Elle s’installa à Falicon, au nord de Nice, avec Henri Charrodeau, militant anarchiste avec lequel elle s’était remariée e ; 1956 à Nice. Hélène Patou gagna sa vie comme modèle pour les peintres dont Matisse et Picabia et comme figurante de cinéma. En 1936, elle fit la connaissance de Robert Louzon qui habitait Cannes et, dès les débuts de la guerre d’Espagne, rejoignit Barcelone avec H. Charrodeau, rencontra Durruti et prit part à la lutte antifranquiste. Au bout de quelques mois, elle revint en France.
Après la défaite de juin 1940 et l’avènement du régime de Vichy, Hélène Patou et son mari, qui se savaient surveillés par la police, quittèrent Nice et se réfugièrent en montagne, à Pélasque, petit village isolé de l’arrière-pays. Tandis qu’Henri Charrodeau travaillait en forêt comme charbonnier, Hélène Patou faisait de la couture pour les paysans et cultivait le jardin.
Lorsque, des années plus tard, son fils, né en 1943, eût quitté le foyer pour poursuivre ses études, Hélène Patou ne supporta pas l’isolement intellectuel et vint habiter à Paris chez son amie Rirette Maîtrejean. Après le décès de celle-ci, elle retourna à Nice avant de s’installer à Palaiseau, puis à Cachan, chez Henry Poulaille avec lequel elle était depuis longtemps en correspondance. C’est à Cachan qu’elle s’occupa méthodiquement de l’installation du centre de documentation où Poulaille venait de rassembler ses importantes archives dans le local mis à sa disposition par la municipalité.
« L’Amitié par le livre » publia en 1972 le roman d’Hélène Patou, Le Domaine du hameau perdu, chronique d’une famille paysanne flamande. Décédée subitement en 1977, Hélène Patou a laissé deux manuscrits inédits.

ŒUVRE : Le Domaine du hameau perdu, Blanville-sur-Mer, l’Amitié par le livre, 1972 [préf. d’H. Poulaille]. — Manuscrits inédits : Construire son bonheur ; Des enfants et des bêtes.

SOURCES : Entretiens avec Hélène Patou et Henry Poulaille ; correspondance d’Hélène Vernier, fille d’Hélène Patou. — Tony Legendre, « Des anarchistes à Essonnes-sur-Marne. Le milieu libre de Vaux (1903-1907) et la colonie végétalienne de Bascon (1911-1948) », Graines d’histoire, n° 21, avril 2004. — État civil.

Jean Prugnot

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