Né le 5 janvier 1896 à Paris (IVe arr.), mort le 14 octobre 1978 à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ; peintre prolétarien domicilié Chennevières-sur-Marne (Seine-et-Oise, Val-de-Marne).

André Flament rapporte que Georges Cresson — fils d’Alphonse, Théophane Cresson et de Zoée Lenain — commença de dessiner et de faire des modelages vers l’âge de douze ans. Ses parents l’avaient mis en pension dans un collège, mais l’enfant, qui avait la nostalgie de la nature et de la liberté, voulait peindre et sculpter, y mourait d’ennui. À seize ans, il s’évada et il fut hébergé par des amis à Montmartre. Il se fit inscrire à l’École des Beaux-Arts, suivit les cours de sculpture et, s’étant aménagé un petit atelier à Montparnasse, il vécut de quelques travaux et de l’aide de son père.
Mobilisé pendant la guerre, il revint à Paris en 1920 et continua à peindre. Pendant la nuit, il faisait le débardeur à la gare d’Austerlitz. En 1922, il épousa Louise Eymard, et il fut engagé comme barman au Cabaret « La Vache Enragée » de Roger Toziny et Maurice Hallé, où il fit la connaissance de Frédéric Lefèvre, Tristan Rémy, Henry Poulaille, Germain Delatousche, puis travailla à l’Assistance publique au service de nuit du bureau des admissions de l’Hôtel-Dieu. Pendant la journée, il peignait. « Il peint sans arrêt, sans fatigue, écrit André Flament. Dès qu’il a une minute, il peint. Dès qu’il a une seconde, il crayonne, il grave le cuivre. Ignorant de tous les plaisirs de ce monde, il passe sa vie à travailler. » Il peint des portraits – qu’il vend mal, mais aussi des toiles « où s’inscrivent avec une âpre brutalité les rudes efforts ouvriers », et qu’il expose de loin en loin. Il essaya de se consacrer uniquement à la peinture, mais, pour assurer la subsistance du ménage, dut reprendre son travail à l’Hôtel-Dieu. Sa mère lui ayant laissé un petit héritage, Cresson construisit une maison-auberge à Chennevières-sur-Marne (Seine-et-Oise), lieu de rendez-vous d’amis artistes et bohèmes. Il aurait voulu faire de ce refuge une sorte de phalanstère, mais échoua au bout de deux ans, liquida l’affaire, tomba malade, et il fut hospitalisé pendant dix mois. Il devint alors successivement contrôleur à la distribution des journaux aux Messageries Hachette, laveur de voitures dans un garage, enfin veilleur de nuit chez Panhard. Il dormait peu, consacrant toujours ses heures libres de la journée à la peinture. « C’est à Chennevières que Cresson a commencé véritablement à jeter les bases de son œuvre, écrivait encore André Flament, œuvre faite entièrement d’ouvriers et de scènes de la vie ouvrière […]. »
Cresson exposa dans les restaurants, les cafés, les théâtres d’avant-garde, les marchés en plein air. Il inventa la « peinture sur enduit » et, avec André Flament, Jean Lébédeff, Raymond Hubert, Marc Escholier, Jean Lugnier, Henri Philippon, Jean-Marc Campagne, etc., fonda, en 1930, le groupe « Modulations » et le périodique du même nom, « journal d’informations artistiques et littéraires, organe de propagande, de défense et de diffusion », dont sept numéros parurent. La Critique – particulièrement celle de la presse de « gauche » finit par s’intéresser à l’originalité de son œuvre : il exposa dans la plupart des galeries d’art, et ses toiles commençaient à trouver des acquéreurs jusqu’en Amérique. Cependant, cette notoriété naissante ne devait malheureusement pas durer.
Léon Gerbe, dans son étude, Cresson et la Peinture prolétarienne, la meilleure publiée sur l’œuvre de l’artiste, a mis en lumière les différents aspects des préoccupations de Georges Cresson et des sujets qu’il s’est appliqué à traiter et à approfondir : le travailleur ; la nature morte sociale, le paysage d’exploitation, l’affiche de revendications ouvrières.
Les réalisations de Georges Cresson ont fait rebondir sur le plan pictural les polémiques qui, dans les années 1930-1935, se firent jour sur le plan littéraire au sujet de la « littérature prolétarienne » telle que la concevaient Henry Poulaille et ses camarades, et de la « littérature révolutionnaire » définie en particulier par les écrivains de l’AEAR — L’étude de Tristan Rémy parue dans Nouvel âge et dans laquelle celui-ci émet des réserves quant à la portée révolutionnaire de l’œuvre de Cresson, est, à ce propos, significative. Il est vrai qu’elle date de 1931 et que celle de Léon Gerbe, en 1935, infirme les appréhensions de Rémy.
Il est difficile de savoir exactement ce qu’il advint de Georges Cresson à partir des deux ou trois années qui ont précédé la dernière guerre. Il semble qu’il ait été atteint d’un déséquilibre mental – dû peut-être au surmenage auquel il s’était si longtemps astreint – et soit retombé dans la misère. Léon Gerbe signale en effet que, peu avant 1939, Cresson était venu frapper à sa porte, « dénué de tout, affamé comme un clochard et battant la campagne, en proie à des hallucinations et une sorte de folie de la persécution. C’était, dit-il, une vraie loque, et sa visite nous avait bouleversés, ma femme et moi »… Selon ce qu’il a confié à Léon Gerbe, Cresson se serait rendu en Espagne pendant la guerre civile, aurait gagné ensuite le Maroc où il aurait continué de peindre et pu subsister en vendant ses toiles. D’après d’autres renseignements, il aurait revu Lucien Bourgeois après la guerre, à Paris. Celui-ci est mort en 1947, et aucune information n’a pu être recueillie sur la vie de Cresson à partir de cette date.

SOURCES : André Flament, Cresson, le peintre des synthèses populaires. Préface de Frédéric Lefèvre, (Pressses de Plancher, imprimeur à Bonneville, Haute-Savoie, 1931). — Léon Gerbe, Cresson et la Peinture, prolétarienne. Avant-propos d’Henry Poulaille (Presses de Roger Lescaret, imprimeur à Paris, 1935). — Tristan Rémy, « Un peintre prolétaire : G. Cresson » (Nouvel âge, n° 10, octobre 1931). — Correspondance de Léon Gerbe. — État civil, mairie du IVe arr., 4 mai 1984.

Jean Prugnot

Version imprimable de cet article Version imprimable