Né le 26 décembre 1872 à Holbeach, Lincolnshire ; mort le 7 octobre 1967 à Croydon, Surrey ; publiciste, Prix Nobel de la Paix.

Son père, Thomas Angell Lane, était propriétaire d’un groupe de magasins dans le Lincolnshire ; ayant pris sa retraite de bonne heure, il s’était établi à Holbeach (Lincolnshire). Le jeune Norman reçoit d’abord une éducation privée, puis est envoyé comme élève au lycée de Saint-Omer. À l’âge de quinze ans, alors qu’il était encore collégien, il commence à envoyer des articles aux journaux, tout en apprenant tout seul la sténographie. Avant même d’avoir seize ans, il travaille pour un journal local. Six mois plus tard, il part pour Genève où il rédige un bi-hebdomadaire en anglais. Là, il suit des cours à l’université, rencontre des révolutionnaires réfugiés venus de Russie ou d’autres pays ; et lui-même écrit une brochure révolutionnaire. De retour en Angleterre, il travaille dans un autre journal. Cependant, comme il ne peut y exprimer ses idées avancées, il part pour les États-Unis où il exerce divers métiers manuels. De nouveau journaliste à San Francisco, puis à Saint-Louis, il rentre en Europe, en 1898. Il obtient alors à Paris un poste d’adjoint au rédacteur en chef du Daily Messenger. De 1903 à 1905, il travaille à l’Eclair. Puis pendant sept ans il est directeur-gérant du Paris Daily Mail (1905-1912).
C’est pendant ces années parisiennes que la carrière littéraire d’Angell débute vraiment. C’est alors aussi qu’il change son nom de Lane pour celui d’Angell. En 1903, il publie sa première œuvre importante, « Le patriotisme soustrois drapeaux : plaidoyer pour une politique rationalisée » (Patriotism under three Flags : a Plea for Rationalism in Politics) où il aborde un thème sur lequel il reviendra souvent. Pour lui c’est une interprétation défectueuse des faits qui est à l’origine des jugements déformés des hommes en matière sociale ou politique. Il développe cette même idée plus en détail dans « L’Illusion d’optique de l’Europe » (Europe’s Optical Illusion). L’ouvrage est d’abord publié en 1908, mais revu l’année suivante il paraît sous un titre destiné à devenir fameux : « La Grande Illusion : le rapport du pouvoir militaire au bénéfice national » (The Great Illusion : The relation of military power to national advantage). Traduit en quelque vingt-cinq langues, ce livre démontre l’absurdité de la guerre qui ne profite économiquement ni aux vainqueurs ni aux vaincus. Ces idées, largement discutées à travers l’Europe entière, donnent naissance au mouvement connu sous le nom de « Norman Angellisme » De ce mouvement naît vers 1912 la fondation Garton, association à but non lucratif, financée par un industriel, Sir Richard Garton, afin d’étudier scientifiquement le développement des institutions internationales comme Angell l’avait suggéré. La fondation comptait sensibiliser l’opinion publique pour écarter la menace de la guerre. Après avoir quitté la direction du Paris Daily Mail, Angell retourne à Londres pour diriger le nouveau mouvement. Un journal, « Guerre et Paix » (War and Peace) est lancé (il paraîtra pendant toute la guerre de 1914-1918). Quant à Angell, il se sépare de la fondation peu après le début des hostilités. Parallèlement, avant de partir aux États-Unis où il sera journaliste pendant la plus grande partie du conflit, il participe en collaboration avec un certain nombre de dirigeants travaillistes à la création de l’Union of Democratic Control (UDC) qui vise à mettre un terme aux guerres entre les peuples.
À son retour en Angleterre il renoue contact avec le mouvement ouvrier et s’inscrit au parti travailliste en 1920. Candidat malchanceux au Parlement à Rushcliffe (Nottinghamshire) en 1922, puis à Rossendale (Lan-cashire) en 1923, il est finalement élu député de Bradford Nord en 1929. Toutefois, il ne se représente pas en 1931. Durant F entre-deux-guerres, il a été longtemps membre du Comité consultatif du parti travailliste pour les Affaires Etrangères (Labour Party Advisory Committee on In-ternational Questions) et une fois au Parlement de 1929 à 1931 il fait partie de la Commission de contrôle (Controlling Consultative Committee) du groupe parlementaire travailliste. Aux élections de 1935 il se présente comme candidat au siège de l’Université de Londres, mais il est battu. De 1928 à 1931, il dirige Foreign Affairs, organe de l’UDC et dans les années 1930 il fait partie du « groupe des cinq ans » (Next Five Years Group). Supporter ardent de la Société des Nations, membre du Royal Institute of International Affairs de 1928 à 1942, il est fait chevalier en 1931 et en 1933 il reçoit le prix Nobel de la Paix. Il continue tout au long de ces années de déployer une activité intense : articles dans le Daily Herald, conférences aux États-Unis, publication de nombreux livres. Si ces livres concernent avant tout la politique internationale, certains ont trait à des sujets divers. Ainsi Angell imagine une nouvelle méthode d’enseignement de l’économie au moyen de cartes à jouer : « Le jeu de l’argent » (The Money Game), 1928.
De retour aux États-Unis en 1940, Angell s’y établit pour de longues années. Il continue d’écrire et de donner des conférences, tout en rédigeant son autobiographie, After All, publiée en 1951. Au total, de 1903 à 1958, il a publié quarante-quatre livres.

ŒUVRES PRINCIPALES : Voir la liste des livres dans son autobiographie : After all : the autobiography of Norman Angell, Londres, 1951. Et aussi : Defence and the English-Speaking Rôle, Londres, 1958 ; traductions françaises de certains de ses ouvrages, notamment : La grande illusion, Paris, 1910 ; La guerre européenne détruira-t-elle le militarisme allemand ?, Paris, 1915 ; Les illusions de la victoire, Paris, 1923 ; Les assassins invisibles, Paris, 1933.

BIBLIOGRAPHIE : J. Bell (éd.) : We did not fight, 1914-1918 : experiences of war resisters, Londres, 1935. — A. Marwick, Clifford Allen : the open conspirator, Edimbourg, 1964. — Times, 9 octobre 1967.

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