Né le 10 novembre 1826 à Barford, Warwickshire ; mort le 12 février 1919 à Barford ; pionnier du syndicalisme agricole.

Dans la famille de Joseph Arch, on était ouvrier agricole ou domestique de père en fils. Lui-même, âgé à peine de neuf ans, commence à son tour à travailler dans une ferme, après avoir passé trois années à l’école du village, tandis que sa mère l’aide à poursuivre son instruction le soir à la maison. De tempérament industrieux, Arch se spécialise et à partir de l’âge de dix-huit ans, au lieu de travailler pour un maître fixe, il préfère louer ses bras par contrat et à la tâche : recherché en particulier pour sa spécialité — la taille des haies — il se trouve rarement sans ouvrage. Il s’assure ainsi une demi-autonomie, situation alors extrêmement rare chez les journaliers agricoles — ce qui lui sert en même temps à renforcer l’indépendance et la détermination de son jugement.
Joseph Arch se marie à vingt et un ans. Peu de temps après, il devient prédicateur méthodiste laïque (lay preacher), et c’est dans ce milieu non-conformiste que, comme tant d’autres leaders ouvriers de l’Angleterre victorienne, il fait l’apprentissage des prises de parole en public et du travail de comité.
Déjà il avait beaucoup réfléchi sur les conditions de vie et de travail de ses compagnons, les journaliers agricoles. Ceux-ci lui étaient apparus comme l’élément le plus exploité du prolétariat, d’autant qu’ils étaient les plus difficiles à organiser sur le plan syndical. Jusque-là en effet il n’y avait eu que des tentatives sporadiques, et toujours infructueuses de trade unions, en particulier en 1871 dans le comté du Herefordshire. En fait, le syndicalisme agricole britannique naît pour de bon lors du célèbre meeting du 14 février 1872. Ce jour-là, Arch prend la parole à Wellesbourne, dans le Warwickshire, pour prêcher l’union et l’organisation à près de deux mille journaliers. Dès lors, le mouvement se développe rapidement, encouragé par la vague générale de prospérité que connaît le pays. Le syndicat des ouvriers agricoles du Warwickshire (Warwickshire Agricultural Labourers’ Union) est ainsi créé le 29 mars et, comme au même moment d’autres unions se constituent dans plusieurs comtés, on aboutit bientôt à la fondation d’un syndicat national des journaliers (National Agricultural Labourers’ Union). C’est Joseph Arch qui est chargé de l’organisation et qui en est élu secrétaire.
Ce brusque éveil des travailleurs de l’agriculture suscite une vague d’intérêt dans le monde politique et de façon plus large dans toute l’opinion. Déjà soutenu par les trade unions des villes, le jeune syndicat est aidé de surcroît par nombre de sympathisants dans les classes aisées. À la faveur du mouvement de hausse des prix agricoles et de la pénurie relative de main-d’œuvre les ouvriers agricoles se trouvent en mesure d’utiliser pour la première fois l’arme de la grève. À quoi les employeurs ripostent par des lock-out. Mais à partir du début de 1874, le climat économique change et la chute des prix commence, ce qui contraint le syndicat à capituler. Tandis que les adhésions au National Agricultural Labourers’ Union avaient atteint dès les premier mois de 1874 le chiffre record de 86 000, on n’en compte plus que 20 000 en 1880, et vers 1890 le chiffre est tombé à 5 000. Il convient cependant de noter que parallèlement d’autres syndicats d’ouvriers agricoles avaient réussi à se maintenir sans que leurs effectifs aient enregistré une chute aussi brutale que celle du National Union.
Cependant, Arch, tout comme ses compagnons du National Union et comme les ouvriers des trade unions urbains, était convaincu que l’émigration pouvait jouer un rôle important et bénéfique pour alléger le sort des journaliers agricoles, en particulier en réduisant l’excédent de main-d’œuvre dans les campagnes. C’est pourquoi, invité par le gouvernement canadien, il se rend au Canada en 1873, afin d’y étudier la question et de mettre au point un plan d’encouragement aux départs organisés. Jusqu’à sa mort il continuera de prêcher l’évangile de l’émigration.
Sur le plan de l’action en Grande-Bretagne, si le but visé était clair — améliorer le sort des ouvriers agricoles — Arch hésitait sur la meilleure méthode à employer : fallait-il se lancer dans l’organisation professionnelle ou bien devait-on lui préférer l’action politique ? Lui-même était un chaud supporter du parti libéral et un admirateur de Gladstone (qu’il suit fidèlement dans l’affaire du Home Rule en 1886). Après avoir été candidat malheureux aux élections dans le Wiltshire en 1880, Arch est élu député en 1885 (un an après qu’ait été octroyé le droit de vote aux journaliers agricoles) dans la circonscription du Norfolk-Nord-Ouest. Dès l’année suivante il perd son siège, mais il le regagne en 1892 pour le garder jusqu’en 1900. À cette date, le National Union a tout à fait disparu et, avec lui, l’influence politique de Joseph Arch.
Au total cependant, et en dépit de son horizon limité, Arch a joué un rôle considérable dans l’histoire du trade-unionisme. En outre, entre 1872 et 1886, considéré comme un expert pour tout ce qui touchait à la vie rurale, il a exercé une influence importante sur la vie politique britannique.
Dans l’autobiographie qu’il a écrite à la fin de sa vie, Arch a évoqué en termes vigoureux la tyrannie pesant sur le monde rural de son temps : pages véritablement classiques qui constituent un document de premier ordre sur la vie sociale de l’Angleterre victorienne.
Arch a fini ses jours dans la petite maison de famille où il s’était retiré dans son village natal.

ŒUVRE : Free Trade versus Protection or Fair Trade (Libre-échange contre protectionnisme), Leamington, 1884. — Joseph Arch, The story of his Life told by himself (Joseph Arch, Histoire de sa vie, Autobiographie), préface de la comtesse de Warwick, Londres, 1898.

BIBLIOGRAPHIE : F.G. Heath, Joseph Arch… A Brief Biography (Londres, 1874). — A. Clayden, The Revolt of the Field… with a reprint of the correspondence to the Daily News during a tour through Canada with Mr. Arch, Londres, 1874. — J. Evans, Mr. Joseph Arch and the Agricultural Labourers (Londres, 1886). — S. et B. Webb, History of Trade Unionism (Histoire du trade-unionisme), traduction française Paris, 1897. — Frances comtesse de Warwick, Life’s Ebb and Flow, Londres, 1929. — H. Groves, Sharpen the Sickle !, Londres, 1949. — P. Horn, Joseph Arch, Kineton, 1971. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. 1, 1972.

Version imprimable de cet article Version imprimable