Né le 3 janvier 1883 à Londres (Putney) ; mort le 8 octobre 1967 à Londres (Westminster) ; homme d’État travailliste.

Attlee est né dans une famille fort aisée de notaires. Autour de lui les opinions familiales étaient fortement conservatrices, à l’exception de son père qui était un fervent admirateur de Gladstone. Le jeune Clement fait ses études à Haileybury College — une public school réputée — puis à l’Université d’Oxford. À cette époque, il oscille plutôt vers le parti conservateur, mais à vrai dire il ne se mêle point de politique. Diplômé d’Oxford, il se spécialise dans le droit et devient avocat en 1905. Dans sa famille il était de tradition de s’intéresser au sort des pauvres et cette tradition de service des déshérités le met en contact avec un club de jeunes gens de l’East End de Londres. C’est la découverte de la vie ouvrière qui, conjuguée avec la lecture de Ruskin* et de William Morris*, le convertit au socialisme. Devenu membre de la Société fabienne et du Parti indépendant du travail (Independent Labour Party, ILP), Attlee se plonge dans l’activité militante de la capitale, tant sur le plan social que sur le plan politique. C’est ainsi qu’on le voit souvent prendre la parole dans les réunions de l’ILP ; en 1910 il est nommé secrétaire de Toynbee Hall, la plus célèbre des fondations universitaires (Uniuersity Settlements) de l’East End ; en même temps il est chargé de cours à la London School of Economics.
Combattant pendant la guerre de 1914-1918, il termine la guerre avec le grade de major. Maire de Stepney — un arrondissement de l’East End — en 1919-1920, puis, échevin de ce même arrondissement jusqu’en 1927, il prend part au début des années 1920 à la campagne menée par Lans-bury* contre la Poor Law. Aux élections de 1922 il est élu au Parlement comme député de Limehouse, (l’une des circonscriptions électorales de Stepney) et dès le premier gouvernement travailliste il reçoit le poste de sous-secrétaire d’État à la Défense nationale. Retourné à l’opposition, il est nommé en 1927 membre de la Simon Commission, chargée d’établir de nouveaux statuts pour l’Inde. Dans le deuxième gouvernement travailliste (de 1929 à 1931) il occupe successivement les fonctions de chancelier du duché de Lancastre, puis de ministre des Postes. Après l’effondrement du gouvernement MacDonald* pendant la crise d’août 1931 et la débâcle électorale des travaillistes aux élections qui suivent, Attlee est promu leader-adjoint du parti, aux côtés de George Lansbury qui dirige alors le groupe parlementaire travailliste.
Mais la prise du pouvoir par Hitler en 1933 et la dégradation de la situation internationale entraînent au sein du parti de vives controverses de politique extérieure. Lors du dramatique débat qui se déroule au congrès travailliste de Brighton en octobre 1935, deux positions s’affrontent avec violence à propos des sanctions à appliquer à l’Italie et de la politique de réarmement face aux menaces croissantes du fascisme allemand et italien : d’un côté les pacifistes — dont Lansbury — (pour sa part, Stafford Cripps* est carrément opposé à une guerre impérialiste) ; de l’autre ceux qui soutiennent la SDN et la sécurité collective (c’était la position officielle du parti formulée par Hugh Dalton* et appuyée par Bevin* et Morrison*). Mis en minorité, Lansbury préfère démissionner du poste de leader du parti et il est remplacé par Attlee. Pour celui-ci le fait d’avoir été parmi les rares rescapés de la défaite électorale de 1931 a certainement été un atout considérable. Car en temps normal il aurait eu peu de chances de connaître une telle promotion en raison de son apparence plutôt terne et de ses dons oratoires médiocres. En revanche Attlee possédait de solides qualités : travailleur acharné, il excellait dans les comités et il a incontestablement contribué de manière importante à rétablir le moral du mouvement travailliste après le choc de 1931. Au total, bien que le parti compte des personnalités plus brillantes (notamment, Herbert Morrison), une fois qu’Attlee a été élu leader, toutes les tentatives faites ultérieurement pour l’écarter se sont soldées par des échecs.
Lors des élections de 1935, en dépit du chômage massif qui sévit en Grande-Bretagne, les travaillistes ne réalisent qu’un score moyen : sans doute leur représentation parlementaire passe-t-elle de cinquante à cent cinquante-quatre sièges, mais les conservateurs détiennent une majorité confortable. Entre 1935 et 1937, par suite de la guerre d’Espagne et de la montée des fascismes, on assiste à une poussée à gauche au sein du mouvement travailliste, en particulier à la base du Labour. Attlee se rend en personne en Espagne, et l’un des bataillons anglais des brigades internationales reçoit même son nom. Toutefois lui-même, à l’intérieur du parti, préconise une ligne prudente de centre-droit et il combat résolument toutes les tentatives de front uni avec les communistes.
En mai 1940, lorsque Winston Churchill forme un gouvernement de coalition avec les travaillistes, Attlee est parmi les cinq membres du Cabinet de guerre, d’abord en tant que Lord du Sceau Privé (1940-1942), puis comme secrétaire d’État aux Dominions (1942-1943), enfin comme Lord Président du Conseil Privé (1943-1945). En même temps il est l’adjoint direct de Churchill, faisant office de Premier ministre chaque fois que celui-ci est absent de Londres. Pendant toute cette période critique, Attlee se montre un ministre très efficace et sa réputation en sort grandement renforcée, tant auprès des travaillistes que dans le pays. Lorsqu’en juillet 1945 les élections donnent une majorité écrasante au parti travailliste, Attlee accède au poste de Premier ministre. Ses deux lieutenants principaux, sur lesquels il s’appuie beaucoup, sont alors Ernest Bevin, nommé ministre des Affaires étrangères, et Sir Stafford Cripps, chancelier de l’Echiquier à partir de novembre 1947, après la démission de Hugh Dalton. Cependant la santé de Bevin et de Cripps s’altérant, l’administration Attlee en est sensiblement affaiblie, en particulier après la crise de l’énergie de 1947. Aux élections de 1950, les travaillistes perdent nombre de sièges et leur majorité se trouve très réduite. En octobre 1951, une nouvelle consultation électorale (dont Attlee était partisan) ramène les conservateurs au pouvoir, malgré un nombre de voix légèrement supérieur des travaillistes et un pourcentage de voix qui représente le plus haut niveau jamais atteint par le parti travailliste.
Le bilan du gouvernement travailliste entre 1945 et 1951 a prêté à de nombreuses controverses parmi les historiens. Dans le camp travailliste, au lendemain de la défaite électorale de 1951, on n’avait pas manqué de soutenir que le parti avait réussi à traduire en actes l’essentiel de son programme de 1945 et qu’ainsi, grâce à cette œuvre législative, la société britannique se trouvait radicalement changée.
À l’appui on pouvait citer un ensemble de réformes impressionnant — les plus considérables, disait-on, qu’un gouvernement ait jamais réalisées en l’espace de six ans : nationalisation des charbonnages, des chemins de fer, des transports routiers, de l’électricité, du gaz, de la Banque d’Angleterre, redistribution des revenus (faisant suite à la taxation de guerre) ; gamme très large de services sociaux (dont le service de santé gratuit était le plus spectaculaire) ; mise en application de la réforme de l’enseignement (Education Ad) de 1944 ; planification et aménagement du territoire… À l’heure actuelle, ces réalisations paraissent moins impressionnantes, mais durant les années 1950 — longue période de domination conservatrice — leur souvenir a contribué à soutenir le moral du mouvement travailliste.
Attlee pour sa part a continué à diriger le parti travailliste dans l’opposition de 1951 à 1955. Cependant les élections de mai 1955 représentent une nouvelle défaite sévère, puisque les conservateurs réussissent à augmenter leur majorité, qui passe de dix-sept à cinquante-huit sièges.
En décembre 1955, Attlee abandonne le poste de leader du parti, où il est remplacé par Hugh Gaitskell* — un choix qui correspondait sans nul doute à ses préférences (le seul autre candidat possible étant Bevan*). Ainsi est confirmé le glissement à droite de la direction du mouvement travailliste, glissement amorcé dès 1945.
Peu après avoir quitté la direction du parti travailliste Attlee est élevé au rang de pair avec le titre de comte Attlee. Il se retire alors plus ou moins de la vie publique. À sa mort ses cendres ont été déposées à l’abbaye de Westminster.
Attlee avait publié en 1954 une autobiographie — assez discrète — intitulée (As It happened) « Comme c’est arrivé » D’autres souvenirs ont paru dans « Souvenir d’un Premier ministre » (A Prime Minister remembers), de Francis Williams en 1961. Attlee s’était marié en 1922 (Lady Attlee est morte en 1964). De cette union sont nés un fils et trois filles.

ŒUVRES PRINCIPALES : The Social Worker (Le Travailleur social), Londres, 1920, (en collaboration avec W.A. Robson). — The Town Councillor (Le conseiller municipal), Londres, 1925. — The Will and the Way to Socialism (Le socialisme : pourquoi et comment ?), Londres, 1935. — The Labour Party in Perspective (L’Avenir du parti travailliste), Londres, 1937. — Purpose and Policy : selected speeches (Dessein et politique : discours choisis), Londres, 1947. — The Labour Party in Perspective - and twelve years later (L’avenir du parti travailliste, douze ans plus tard), Londres 1949.

BIBLIOGRAPHIE : G. Allen Hutt, The Post-War History of the British Working Class, Londres, 1937. G. Clemens, The man from Limehouse : Clément Richard Attlee, Webster Groves, 1946. — R.H. Jenkins, Mr. Attlee : an intérim biography, Londres, 1948. — J.T. Murphy, Labour’s Big Three : A biographical study of Clement Attlee, Herbert Morrison and Ernest Bevin, Londres, 1948. — G.D.H. Cole, A History of the Labour Party from 1914, Londres, 1948. — C.L. Mowat, Britain between the Wars, Londres, 1955. — A Bullock, The Life and Times of Ernest Bevin, vol. 1, Londres, 1960, vol. 2, Londres, 1967. — R. Miliband, Parliamentary Socialism, Londres, 2e éd. 1973. — W. Golant, « The Early Political Thought of C.R. Attlee », Political Quarterly, XLI, 1970. — B. Donoughue, G.W. Jones, Herbert Morrison, Portrait of a Politician, Londres, 1973. — R. Rose, « Clement Attlee (1945-1951) » dans The Prime Ministers, H. van Thaï éd., vol. 2, 1975. — K. Harris, Attlee, Londres, 1982.

Version imprimable de cet article Version imprimable