Né le 6 octobre 1783 à Halesowen, Worcestershire (aujourd’hui West Midlands) ; mort le 6 mars 1856 à Great Malvern, Worcestershire ; radical et chartiste.

Thomas Attwood était le troisième fils de Matthias Attwood, fondateur, avec Isaac Spooner, de la banque Attwood, Spooner et Gie, à Birmingham en 1791. Anglican fervent (il le restera toute sa vie), il fréquente les grammar schools de Halesowen et Wolverhampton, puis entre vers 1800 dans la banque paternelle. De 1803 à 1805, il sert comme officier dans les Loyal Birmingham Volunteers et est nommé en 1811 pour un an bailli du roi (High Bailiff) à Birmingham. Pendant son année de charge se manifeste une vive opposition aux décrets gouvernementaux restreignant les activités commerciales avec l’Europe et l’Amérique — opposition d’autant plus forte à Birmingham (où petits patrons et ouvriers se soulèvent de concert contre le gouvernement) que les décrets affectent directement l’économie locale. Sur place Attwood prend la tête du mouvement pour l’abolition des décrets. Il accède ainsi à la notoriété en se faisant l’avocat de ses concitoyens devant le Committee of the Whole House en 1812.
Peu après, il se passionne pour la réforme de la monnaie : une réforme qui, selon lui, stimulerait le commerce et créerait des emplois pour la classe laborieuse dont il va soutenir la cause pendant toute sa vie. C’est un farouche partisan du papier monnaie et, dans une publication anonyme écrite au cours des années noires qui suivent la fin des guerres napoléoniennes, il souligne le besoin d’un plus grand nombre de billets de banque : « La solution ; réflexions sur la misère actuelle » (The Remedy ; or Thoughts on the Présent Distresses). D’autres publications suivent, mais ses efforts en vue de l’abolition de la loi sur la monnaie (Currency Act) de 1819, limitant la quantité de papier — monnaie en circulation, restent vains. En effet, ses thèses monétaires vont aussi bien à rencontre des théories de Peel et des économistes orthodoxes que de celles de Cobbett*, qui toutes préconisaient le retour aux paiements en numéraire. En 1821, il dépose devant le comité sur la misère de l’agriculture (Select Committee on Depressed State of Agriculture).
Cependant sa principale contribution au mouvement ouvrier date de la fin des années 1820 alors qu’il devient l’un des chefs du radicalisme et fonde l’Union politique de Birmingham (Birmingham Political Union ou BPU) en janvier 1830. À cette époque l’économie britannique traverse à nouveau une dépression sévère, et les habitants de Birmingham ont beau adresser au Parlement une pétition réclamant une réforme de la monnaie afin de remédier à la misère générale, cette pétition est rejetée par Westminster. Attwood décide alors de prendre la tête du mouvement pour la réforme électorale. L’Union politique de Birmingham sert de modèle à d’autres organisations qui surgissent ici ou là à travers le pays, notamment l’Union politique du Nord (Northern Political Union) formée par le frère d’Attwood, et l’Union politique nationale (National Political Union) à Londres. Dans cette campagne réformatrice Attwood et ses alliés d’origine bourgeoise — qui ont en commun de s’opposer à l’ordre public — obtiennent le soutien des ouvriers. Sur le plan international Attwood organise aussi des meetings de soutien aux Polonais insurgés et rencontre à plusieurs reprises des libéraux français et polonais. C’est cependant son action dans le cadre de l’Union politique de Birmingham et en faveur de la réforme du Parlement qui le place au premier plan de la scène politique (la part décisive qu’il a jouée dans le vote du Reform Bill de 1832 lui a d’ailleurs valu d’être nommé citoyen d’honneur de Londres). La même année il est consulté par le comité d’enquête sur la Charte de la Banque d’Angleterre (Select Committee on Bank of England, Renewal of Charter).
Lors des élections de 1832, Attwood est le candidat tout désigné pour l’un des deux sièges nouvellement créés à Birmingham et il est élu sans opposition. Cependant sa carrière parlementaire ne lui procure guère de satisfactions. En effet ses plaidoyers pour une réforme monétaire ne rencontrent à peu près aucun écho. Finalement sa thèse sur la nécessité d’un accroissement de la quantité de papier-monnaie en circulation — papier-monnaie qui, d’après lui, ne doit pas être lié à l’or — l’amène à considérer que le Parlement, au lieu de représenter la nation tout entière dans sa diversité, n’est le reflet que d’une minorité. Dès lors il s’allie à toutes les organisations qui luttent pour l’extension du droit de suffrage.
Alors que l’Union politique de Birmingham était plus ou moins tombée en sommeil après 1832, Attwood la fait revivre en 1837 grâce au soutien de certains petits patrons et représentants des professions libérales, tous favorables à ses théories monétaires et à son idée du crédit à bon marché. Réélu aux Communes en 1837 il mène campagne de front, mais sans succès, pour la réforme de la monnaie et pour la réforme du Parlement. L’agitation gagne alors la région de Birmingham et le B.P.U. renaissant propose de lancer une pétition revendiquant, entre autres, le suffrage universel masculin. C’est le début d’un mouvement de masse qui se répand dans tout le pays. Attwood lance alors l’idée d’une Convention nationale rassemblant toute l’opposition radicale et suggère d’organiser une grève générale des patrons et des ouvriers contre la politique du gouvernement, en recommandant toutefois que la grève se déroule dans l’ordre et dans le calme. En 1838 il est l’un des principaux orateurs du grand meeting de Birmingham qui marque officiellement le début du mouvement chartiste. On y décide qu’une Convention populaire (People’s Convention) se réunira en 1839 afin de préparer une pétition nationale à remettre au Parlement. Mais déjà certains désaccords apparaissent au sein du mouvement : Attwood et ses amis sont combattus par un courant représenté par O’Connor* et O’Brien* pour qui la « force physique » est nécessaire et pour qui les théories d’Attwood sur le papier-monnaie sont des billevesées.
En juillet 1839, Attwood présente la pétition nationale des chartistes au Parlement. Laissant de côté ses idées monétaires, il se fait l’avocat des cinq points principaux de la pétition : suffrage universel masculin, parlements annuels, abolition de la loi des pauvres (Poor Law), des lois sur les céréales (Corn Laws) et de la législation sur la monnaie (Currency Reform). Malheureusement pour lui, la Convention nationale venait au cours d’une de ses séances de se prononcer, sous l’influence d’O’Brien, contre l’utilisation du papier-monnaie. De surcroît des violences sont survenues lors de certains meetings chartistes. C’est donc l’échec de la pétition nationale qui est rejetée aux Communes par 235 voix contre 46. Ayant le sentiment d’avoir perdu le soutien de la base radicale, Attwood abandonne son siège parlementaire et se retire momentanément de la vie publique. Il réapparaît brièvement en 1843 pour attaquer une fois de plus l’étalon-or (il écrit aussi plusieurs lettres au Times). Sa dernière prise de position publique se situe en 1847, à nouveau sur les problèmes économiques et monétaires. Jusqu’à sa mort Attwood a continué de participer aux affaires de sa banque, bien que son rôle y ait été extrêmement limité depuis le jour où il s’était lancé dans la carrière politique.
Homme d’une vive sensibilité, Attwood avait été très humilié par l’échec essuyé auprès des ouvriers, puisque ceux-ci n’avaient pas soutenu sa politique, alors que dans son esprit celle-ci leur aurait été très profitable. Il vécut ses dernières années dans la pauvreté et la maladie avant de mourir presque complètement oublié à l’âge de soixante-douze ans.

ŒUVRE : The Remedy ; or Thoughts on the Present Distresses (La solution : réflexions sur la misère actuelle), Londres, lre édition 1816 ; 2e édition revue, 1816. — Prosperity Restored ; or Reflections on the Cause of Public Distresses and on the Only Means of Relieving Them (Le retour à la prospérité : réflexions sur les causes de la misère et sur la seule solution pour y remédier), Londres, 1817. — Observations on Currency, Population and Pauperism in Two Letters to Arthur Young (Études sur la monnaie, la population et la pauvreté : deux lettres à Arthur Young), Birmingham, 1818.

BIBLIOGRAPHIE : C.H. Wakefield, Life of Thomas Attwood, Londres, 1885. — G.D.H. Cole, Chartist Portraits, Londres, 1941. — A. Briggs, « Thomas Attwood and the Economic Background of the Birmingham Political Union », Cambridge Historical Journal, vol. 9, 1948. — H. Ferguson, « The Birmingham Political Union and the Government », Victorian Studies, vol. 3, 1960. — A. Briggs, J. Saville (éd.), Essays in Labour History, Londres, 1960. — Selected Writings of Thomas Attwood, Edité et introduit par F.W. Fetter, Londres, 1964. — P. Hollis (éd.), Pressure from Without in Early Victorian England, Londres, 1974.

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