Né le 29 novembre 1849 à Londres (Stoke Newington), mort le 2 août 1898 à Londres ; théoricien marxiste et propagandiste socialiste.

Cinquième enfant d’une famille de huit, Edward Aveling fut d’abord éduqué à domicile ; puis son père, pasteur congrégationaliste, l’envoya dans une école pour protestants non-conformistes à Taunton. En 1867, Edward entama des études médicales à l’University College de Londres. Il rejeta alors les principes de la morale victorienne. Au cours des années 1870, il affirma de plus en plus ses convictions athées, inspirées, semble-t-il, par la pensée de Darwin qu’il considérait comme un athée.
En 1872, il épousa Isabel Campbell Frank, une riche héritière à qui son père avait laissé 25,000 livres. Le couple se sépara deux ans plus tard, sans divorcer. Diverses versions sont proposées. Isabel n’aurait pas supporté l’athéisme de son mari. Friedrich Engels quant à lui affirmait qu’elle avait fui avec un pasteur. Selon d’autres, en lien avec la réputation qui fut plus tard celle d’Aveling, il l’aurait quittée une fois qu’il aurait, financièrement, tiré d’elle tout ce qui était possible.
Il avait obtenu en 1875 un poste de professeur d’anatomie et de biologie comparées au London Hospital. Il enseignait aussi les sciences au King’s College. En 1878, il obtint une Fellowship à la London University.
À partir de 1879, Aveling collabora au National Reformer, organe de la Société nationale de la libre pensée (National Secular Society) que dirigeaient Charles Bradlaugh et Annie Besant. Il dut alors abandonner ses divers postes en raison de son engagement athée. En 1880, il était devenu vice-président de la NSS. Il gagna alors sa vie en donnant des leçons particulières, des conférences et en écrivant des articles. Il fut aussi un des piliers, avec Annie Besant, du programme d’éducation populaire au Hall of Science dans South Kensington.
En 1882, il fut élu au London School Board, l’organisme qui gérait les écoles de la capitale. Son objectif était d’y obtenir une éducation gratuite pour les enfants de la classe ouvrière. Il se rapprocha alors de la Democratic Federation d’Henry Hyndman, et donc de la pensée marxiste. En 1883, Aveling prit la direction de la revue Progress, dont le fondateur, G.W. Foote, venait d’être emprisonné pour blasphème. Parmi les collaborateurs de la revue se trouvait la plus jeune fille de Marx, Eleanor Marx, et bientôt tous deux vécurent ensemble, sans doute à partir des derniers mois de 1883. Il quitta la NSS à cette époque. Diverses versions sont proposées. Il y aurait eu des problèmes financiers entre la société (ou ses principaux membres) et Aveling. Bradlaugh et Besant auraient aussi tenté de prévenir Eleanor Marx des défauts d’Aveling (dans ses relations à l’argent et aux femmes), ce qui aurait entraîné la rupture.
Aveling étant marié, une union légale était impossible. Toutefois, Eleanor Marx choisit d’ajouter le nom d’Aveling au sien. À l’époque, Aveling avait déjà la réputation d’être peu scrupuleux, mais ses infidélités s’accentuèrent pendant leurs années de vie commune. Cependant, et malgré leurs difficultés domestiques, ils travaillèrent ensemble pendant près de quinze ans dans divers groupes et organisations socialistes et ils rédigèrent en commun une série de brochures de propagande. Ensemble, à la demande d’Engels, ils traduisirent Le Capital en anglais.
Tous deux, après avoir été élus en 1884 au comité directeur de la Social Democratic Federation d’Hyndman en démissionnèrent en décembre de la même année, avec William Morris et d’autres. La Socialist League de William Morris était issue de cette scission. Aveling et Marx-Aveling en furent membres. Cependant, Aveling démissionna du comité directeur dès 1885 et de la direction du journal Commonweal l’année suivante.
Aveling et Marx-Aveling partirent aux USA faire une tournée de conférences pour le Socialist Labour Party of North America. Leurs énormes notes de frais suscitèrent une nouvelle polémique.
De retour à Londres, Aveling soutint, au sein de la Bloomsbury Socialist Society, à partir de 1889 le « new unionism », en particulier en appuyant les gaziers conduits par Will Thorne. Aveling s’engagea pour la journée de huit heures et la liberté d’expression. En janvier 1893, il participa à la création de l’Independent Labour Party, puis à la rédaction de son programme. Sa réputation, ou son attitude, entraînèrent son expulsion en avril 1894. Il continua à militer au sein de la Seconde Internationale et se rapprocha à nouveau de la SDF.
Aveling est l’auteur de six pièces de théâtre, sous le pseudonyme Alec Nelson. Elles n’eurent aucun succès. En juin 1897, Alec Nelson/Edward Aveling épousa (son épouse était décédée en 1893) une des actrices de sa troupe, Eva Frye, qui avait une vingtaine d’années. Mais, en mauvaise santé et ruiné, il revint vers Eleanor Marx dès septembre.
Atteint d’une affection des reins, Aveling fut opéré d’un abcès début 1898. Il ne se remit pas. Il mourut le 2 août, quatre mois après le suicide d’Eleanor, dont beaucoup l’avaient rendu responsable, suspectant un pacte suicidaire qu’il n’aurait pas respecté. Il fut incinéré à Woking le 6 août. Son comportement avait suscité une telle réprobation dans les milieux socialistes qu’aucun délégué n’assista aux obsèques.

ŒUVRES : Aveling a écrit près de quarante livres et brochures, dont six en collaboration avec Eleanor Marx. Parmi ceux-ci :
Why I Dare Not Be a Christian. (1881) ; Irreligion of Science. (1881) ; The Wickedness of God. (1881) ; The Creed of an Atheist. (1881) ; God Dies, Nature Remains. (1881) ; The Religious Views of Charles Darwin. (1883) ; The Woman Question. (1886 avec Eleanor Marx) ; The Working Class Movement in America. (1891 avec Eleanor Marx) ; The Students’ Marx : An Introduction to the Study of Karl Marx’ Capital. (1892) ; Wilhelm Liebknecht and the Social-Democratic Movement in Germany... (1893) ; Charles Darwin and Karl Marx : A Comparison. (1897).

BIBLIOGRAPHIE : C. A. Creffield, ‘Aveling, Edward Bibbens (1849–1898)’, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 ; Edward Royle, Radicals, Secularists and Republicans : Popular Freethought in Britain, 1866-1915., Manchester U P, 1980 ; G. Tsuzuki, The Life of Eleanor Marx, 1855-1898 : a socialist tragedy., Clarendon Press, Oxford, 1967 ; Ann Taylor, Annie Besant, Oxford U.P., 1992. ; E. P. Thompson, William Morris. Romantic to Revolutionary., Merlin Press, Londres, 1996.

Cédric Boissière (nouvelle notice, novembre 2011)

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