MARION Paul, Jules, André (DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 27 juin 1899 à Asnières (Seine), mort le 1er mars 1954 à Paris ; journaliste ; membre du comité central du PCF (19261929), responsable de la propagande (1926-1927) ; élève de l’École léniniste internationale (1927-1929) ; exclu du PC le 22 septembre 1929 ; dirigeant du Parti populaire français 1936-1939 ; secrétaire d’État à la propagande auprès du Chef de Gouvernement.

Issu d’un milieu de « petits-bourgeois nationalistes », fils d’un avocat conseil, Paul Marion suivit les cours de l’école des frères à Asnières puis alla à Paris à l’école des Francs-bourgeois jusqu’à l’âge de seize ans.
Engagé volontaire au 10e régiment d’artillerie en janvier 1918, il fut définitivement démobilisé en janvier 1921 à Chaumont (Haute-Marne). Il avait obtenu son baccalauréat de lettres puis sa licence de philosophie. Il fut répétiteur.

Paul Marion adhéra au Parti communiste en 1921. Membre de la 9e section de Paris, il fut très vite l’un des dirigeants de Clarté universitaire avec F. Chasseigne, G. Cogniot et G. Galperine. Très rapidement aussi il collabora à la presse communiste l’Humanité, le Bulletin communiste, et donna à cette dernière revue plusieurs articles de décembre 1923 à octobre 1924. De novembre 1924 à janvier 1925, il enseigna à l’école communiste de Bobigny, dirigée par A. Kurella, où il donna des cours d’économie politique et d’histoire du mouvement ouvrier.

Il était alors un partisan convaincu de la bolchevisation qu’il défendit dans les Cahiers du bolchevisme contre Fernand Loriot à qui il reprocha d’avoir jugé « désastreux » les résultats provoqués par la formation trop rapide de cellules d’entreprises. En février 1926, il fut désigné par le bureau politique comme directeur intérimaire de cette publication en remplacement d’A. Treint* parti à Moscou et y publia plusieurs articles de fond. À l’issue du 5e congrès national du PC (Lille, juin 1926), il fut élu au comité central et devint le responsable du service de propagande du PC en tant que secrétaire de la section agit-prop. Il était également rédacteur à l’Humanité et se lia d’amitié durant ces années avec Gabriel Péri.

Ce militant en pleine ascension quitta Paris pour Moscou le 23 octobre 1927 afin de suivre les cours de l’École léniniste internationale (ELI). Logé à l’hôtel Bristol à Moscou, il fut détaché pendant une année dans les services de propagande du Komintern et rédigea pendant son séjour dans cette école un cours d’histoire du marxisme. Il aurait alors été proche des positions de Boukharine et Rykov. Il fit partie de la délégation française qui assista au VIe congrès de l’IC en août 1928. Revenu à Paris après un séjour de quinze mois, en février 1929, il reprit immédiatement ses fonctions de rédacteur en chef à l’Humanité. Mais il devait bientôt en démissionner et en donna les raisons dans une lettre au PC envoyée le 12 août 1929, publiée dans Le Populaire le 21 août et le lendemain dans L’Action française. Il expliquait cette démission par ses désaccords avec la politique suivie par le PC depuis deux ans, mais aussi par sa désillusion face à l’URSS où « la domination d’une caste sur un pays qu’elle maintient dans la misère économique et morale par sa politique insensée… va s’aggravant ». Définitivement découragé par l’orientation qui s’était dégagée du 6e congrès du PC (Saint-Denis, 31 mars-7 avril 1929) où il ne fut d’ailleurs pas réélu au comité central, puis par le fiasco représenté par la journée de manifestation contre la guerre (1er août 1929), il avait décidé de rompre avec le Parti, convaincu que « l’activité démagogique et néfaste » de la direction du PC trouvait « sa source dans la conception irrémédiablement fausse que les dirigeants de l’URSS et de l’Internationale se font de l’évolution économique et politique du monde, du mouvement ouvrier… ». Il terminait sa lettre en réaffirmant son attachement à l’idée de lutte pour l’émancipation des travailleurs en précisant : « ... Je me suis convaincu que ce n’est pas avec la doctrine et les moyens communistes qu’on y parviendra mais bien plutôt selon les méthodes dont le mouvement travailliste anglais dans son ensemble nous fournit un si puissant modèle. »

À la suite de cette lettre, Marion fut définitivement exclu du Parti communiste le 22 septembre 1929 et fut pris à partie par les Cahiers du bolchevisme (« Le pou Marion », novembre 1929). Il suivit alors une carrière de journaliste. En 1930, il fit un récit de son séjour en URSS qu’il conclut par une analyse de la société soviétique.

En 1931, il se lia au groupe de La Vie socialiste puis en 1934 et 1935 au groupe « Travail et Nation » animé notamment par Pierre Pucheu qu’il devait retrouver ultérieurement à Vichy. Le 28 juin 1936, Marion adhéra au Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot où il se vit confier la fonction de secrétaire général à la propagande. Mais au moment de la crise de Munich, Doriot ayant refusé de protester contre les revendications italiennes sur la Tunisie, la Corse et la Savoie, Marion quitta le PPF le 31 janvier 1939 et se rapprocha de L.-O. Frossard*, alors socialiste indépendant. Sous le titre Leur combat, il publia la même année un livre sur la technique révolutionnaire de Lénine, Mussolini, Hitler et Franco.

Le 23 février 1941 il fut désigné comme secrétaire général adjoint à la vice-présidence du Conseil, chargé de la propagande sous l’amiral Darlan, puis en août 1941 secrétaire général de l’Information et de la propagande. Lorsque P. Laval revint au pouvoir le 18 avril 1942, Marion devint secrétaired’État à l’Information et s’appliqua à réorganiser complètement ce secteur tout en défendant par la parole et par l’écrit la politique de collaboration. Il conserva ce poste jusqu’au 6 janvier 1944, date à laquelle il fut remplacé par Philippe Henriot. Ilresta cependant secrétaire d’État auprès du gouvernement. Ayant quitté Paris dans la nuit du 16 au 17 août 1944, il suivit Pétain et Laval à Sigmaringen jusqu’au 3 mars 1945 et après s’être réfugié dans le Tyrol se constitua prisonnier le 12 juillet 1945 à Innsbruck.

La Haute cour condamna Marion à dix ans de prison et à la dégradation nationale à vie. En raison de son état de santé, il bénéficia d’une mesure de grâce quelques mois avant sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75690, notice MARION Paul, Jules, André (DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 10 janvier 2013.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : Deux Russies, Paris, Nouvelle société d’édition, 1930, 288 p. — Leur combat. Lénine, Mussolini, Hitler, Franco, Paris, Fayard, 1939, 320 p.

SOURCES : RGASPI, 495 270 1915. — Procès Paul Marion, Haute-cour de Justice, 8-14 décembre 1948. — Notice DBMOF par Michel Dreyfus.

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