VASSART Cilly [née GEISENBERG, puis VASSART]

Par Claude Pennetier

Né le 18 janvier 1895 à Sprottau (Allemagne) devenu Szprotawa (Pologne) , morte le 24 avril 1963 dans un hôpital de Neuilly-sur-Seine (Seine) ; militante communiste allemande puis française ; permanente du Secours rouge international en Allemagne et à Moscou, permanente de l’Internationale syndicale rouge à Moscou ; femme d’Albert Vassart.

Sortie champêtre en 1935 : Cilly Vassart, Georges Politzer, ??. les deux enfants sont : Essle, la fille de Cilly et Jean-Bernard Cattanéo
Sortie champêtre en 1935 : Cilly Vassart, Georges Politzer, ??. les deux enfants sont : Essle, la fille de Cilly et Jean-Bernard Cattanéo
Collection de la famille Cattanéo

Le père de Cilly Vassart, Heymann (ou Heyrmann) Geisenberg, était fils d’un vitrier. Il fut garçon de magasin et plus tard voyageur de commerce. Pendant la guerre, il possédait un petit magasin de cuir qui fit faillite pendant l’inflation de 1923. Il n’avait jamais employé personne car le magasin était tenu par ses frères et sœurs. Son père mourut le 7 juillet 1934 à Berlin.

Sa mère, Augusta Geisenberg née Loewenthal, était originaire d’une petite communauté juive de Prusse de l’ouest. Ses parents étaient très pauvres et elle fut donc élevée dans une famille d’accueil qui avait une cordonnerie.

Les parents de Cilly s’installèrent à Berlin en 1896 et y vécurent. Durant leurs derniers jours de vie commune, ses parents, réduits à la misère, vivaient de l’aide des associations caritatives juives. Son père mourut en juillet 1934 et sa mère vécut à Berlin d’un allocation pour pauvreté. Ell qualifie cependant sa famille de "petite bourgeoise".

Cilly Geisenberg fréquenta une école juive de 6 à 15 ans, comme boursière.

Elle fut membre de l’USPD de 1917 à 1921, du KPD de 1922 à 1929 et travailla pour les Éditions du KPD de 1920 à 1922. Mariée avec un responsable du syndicat des enseignants, Ludwig Geisenberg (même nom que celui de sa famille), dit familièrement Willy, ancien responsable de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement jusqu’en 1928 [il mourut à Auschwitz-Birkenau en 1943], elle le quitta pour un Suédois, avant de se lier à Moscou, où elle était permanente du Secours rouge international, en 1927, avec Albert Vassart qui fut l’amour de sa vie.

Ils décidèrent de vivre ensemble. Cilly, qui parlait et écrivait assez bien le français , demanda à être affectée au SRI français. Ses responsables hésitèrent puis l’envoyèrent à Berlin. Ses relations amoureuses passèrent pour l’essentiel par une relation épistolaire et quelques rencontres à Berlin ou à Liège. Leur correspondance très riche de 1928 à 1931 a été recueillie par Jean Maitron après le décès de Cilly, correspondance amoureuse qui témoigne également de son esprit critique et de son goût pour l’échange politique. Elle divorça, vint en France et se maria le 15 septembre 1931 avec l’ouvrier métallurgiste et dirigeant communiste Albert Vassart.

Cilly Vassart avait été exclue du Parti communiste allemand en 1929 pour sympathie pour le groupe Brandler qui s’éloignait de la ligne de l’Internationale communiste. Pour reprendre contact avec le communisme français, elle reconnut « avoir commis une grave faute » en suivant le groupe Brandler, déclara l’avoir quitté en novembre 1931, et demanda sa réintégration (note biographique de 1931, questionnaire autobiographique de 1933 et lettre du 25 mars 1932 au comité central du Parti communiste allemand).

Elle donna son accord avec les orientations du PCA sur cinq points : la question syndicale (« détacher les masses du réformisme » ; la question du Front unique (« front unique par le bas ») ; la question de l’appréciation de la social-démocratie (pas de politique du « moindre mal ») ; la question du contrôle de la production (« caractère opportuniste ») ; la question de l’appréciation du danger de la guerre. On sentait cependant dans ses réponses un exercice obligé. Elle concluait : « Personnellement, je veux vous informer que je resterai à Paris et je vous prie de bien vouloir faire ma réintégration dans la forme, de donner la permission que j’adhère au Parti communiste français ». Elle obtint sa réintégration en 1933.

Sa signature apparaît dans L’Ouvrière en 1932 et à trois reprises dans les Cahiers du bolchevisme en 1936, au bas d’articles sur les femmes. Présente à Moscou du 15 octobre 1934 au 11 mai 1935, elle travailla pour le secrétariat latin de l’Internationale communiste et pour le secrétariat international des femmes comme instructrice.

Elle fut une des principales responsables du travail femme du Parti communiste en France avec Maria Rabaté et Bernadette Cattanéo (qui restera jusqu’à la mort son amie), notamment au Comité mondial des femmes contre la guerre. L’importance de son rôle se constate dans les nombreuses photographies du fonds Cattanéo où elle apparaît aux côtés de la Passionaria, de Georges Politzer... Domiciliée à Maisons-Alfort (Seine, Val-de-Marne), ville de la banlieue sud de Paris dont Albert Vassart était maire, elle occupa la fonction de présidente d’honneur de la section locale du Comité mondial des femmes contre la guerre.

Elle participa à la vie politique d’Albert Vassart, y compris à la rupture avec le PCF en 1939.

D’origine juive, Cilly Vassart fut dans une situation difficile pendant l’Occupation. Sa famille disparut dans les camps de concentration, dont son frère qui mourut en 1942. Sa mère décéda au Ghetto de Varsovie.

Albert Vassart affirma avoir rencontré le réseau de Résistance Libé-Nord en 1943, par l’intermédiaire d’un militant socialiste. Dans ses archives figure une carte Libération-Nord aux noms de Cilly et Albert Vassart indiquant que du 1er mai 1944 au 30 septembre 1944, Cilly fut « agent occasionnel » et Albert « agent P 1 » du réseau « NNB » des Forces françaises combattantes.

Après le décès de Vassart en 1958, elle travailla un peu pour la publication Les petites affiches. Elle resta dans l’appartement de la rue Pigalle. Sa fille écrit "Maman a vécu 5 ans avec un défunt. Elle n’avait pas touché aux affaires d’Albert. Son bureau restait tel quel avec les piles de journaux de 1957" (lettre à Jean-Bernard Cattanéo). En 1962, sa fille voulut qu’elle vienne vivre avec elle en Suède ; Cilly accepta mais tarda et la maladie fut plus rapide. Elle mourut dans un hôpital de Neuilly-sur-Seine en 1963. Elle fut enterrée auprès de Vassart au Père-Lachaise. Une lettre de sa fille permet de connaître son réseau d’amis : Bernadette Cattanéo, Pierre-Laurent Darnar, Guy Jerram, Adrien Langumier, tous militants en rupture avec le Parti communiste avant ou en 1939.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76081, notice VASSART Cilly [née GEISENBERG, puis VASSART] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 5 février 2010, dernière modification le 28 juillet 2014.

Par Claude Pennetier

Sortie champêtre en 1935 : Cilly Vassart, Georges Politzer, ??. les deux enfants sont : Essle, la fille de Cilly et Jean-Bernard Cattanéo
Sortie champêtre en 1935 : Cilly Vassart, Georges Politzer, ??. les deux enfants sont : Essle, la fille de Cilly et Jean-Bernard Cattanéo
Collection de la famille Cattanéo
Tribune d’un congrès avec Cilly Vassart, Maria Rabaté et Bernadette Cattanéo vers 1936
Tribune d’un congrès avec Cilly Vassart, Maria Rabaté et Bernadette Cattanéo vers 1936
Collection Cattanéo
Cilly Vassart dans une manifestation
Cilly Vassart dans une manifestation
Bernadette Cattanéo, La Passionaria, Cilly Vassart, à Bruxelles pour le rassemblement universel pour la paix (sept 1936).
Bernadette Cattanéo, La Passionaria, Cilly Vassart, à Bruxelles pour le rassemblement universel pour la paix (sept 1936).
Fonds Cattanéo
Cilly et Albert Vassart en 1930 à Berlin
Cilly et Albert Vassart en 1930 à Berlin
Cilly et sa fille Essle en 1930 à Berlin
Cilly et sa fille Essle en 1930 à Berlin
Cilly en 1930 à Berlin
Cilly en 1930 à Berlin

SOURCES : RGASPI, 517 1 1395 et 495 270 4977. — Témoignages. — Correspondance entre Else et la famille Cattanéo. — La correspondance entre Cilly et Albert Vassart a été recueillie par Jean Maitron après le décès d’Albert Vassart ; Jean Maitron eut longtemps un projet de publication qui n’aboutit pas. — Notes de Bernard Bayerlein et Brigitte Studer sur les sources allemandes kominterniennes.

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