JOANNÈS Gisèle [née NUSSBAUM Golda-Raka]

Par Jocelyne George

Née le 28 juillet 1918 à Varsovie (Pologne), morte le 6 septembre 1992 à Paris ; couturière ; syndicaliste, communiste, résistante, secrétaire générale de la fédération CGT de l’habillement de 1952 à 1976, membre de la commission administrative confédérale de 1951 à 1969, membre de la commission exécutive confédérale de 1969 à 1972 ; membre du comité central du Parti communiste de 1956 à 1967 ; membre du conseil économique et social de 1960 à 1972, membre du comité du travail féminin de 1971 à 1977.

Gisèle Nussbaum et ses deux frères arrivèrent de Pologne avec leurs parents en 1921. Le père était casquettier, la mère corsetière. Ils s’installèrent dans le XXe arrondissement, rue Houdart. Deux autres enfants naquirent. La famille était juive non pratiquante, la mère était croyante. Gisèle Nussbaum fut athée comme son père. Elle obtint son certificat d’études et entra comme petite main dans un atelier de couture. Elle avait dix-sept ans lors de la victoire électorale du Front populaire. Elle adhéra à l’Union des jeunes filles de France et devint la responsable du foyer de son arrondissement. En novembre 1938, elle fut licenciée pour avoir fait grève.

Le 1er avril 1939, Gisèle Nussbaum épousa Victor Joannès, secrétaire national des Jeunesses communistes. En septembre celui-ci entra dans la clandestinité. En octobre, la police vint arrêter Gisèle chez ses parents, mais des voisins la prévinrent, elle rejoignit son mari dans la clandestinité. Jusqu’en 1944 elle mena la vie difficile et dangereuse des agents de liaison. De 1940 à 1941, sous le pseudonyme de Pierrette, elle dactylographia L’Avant-garde, journal des Jeunesses communistes clandestines. De 1941 à 1942, sous le nom de Rolande, elle assura la liaison avec les militants emprisonnés. De 1942 à 1944, elle fut agent de liaison en zone sud. En quatre ans et demi, elle changea vingt-trois fois de domicile entre Paris, Lyon et Toulouse. Elle fut obligée de se séparer de son petit garçon, né en novembre 1940. De sa jeunesse, elle conserva l’habitude du silence, elle ne parlait pas facilement de cette partie de sa vie. Elle en garda aussi une grande exigence envers elle-même et envers les autres.

Elle donna naissance à une fille en 1945 et à deux autres plus tard. En 1945, pour quelques mois en Algérie avec son mari, elle fut la rédactrice du journal Femmes d’Algérie. De retour en France, elle travailla à Femmes françaises, l’hebdomadaire de l’Union des femmes françaises. En 1947, elle fut élue à la commission exécutive de l’Union des syndicats de la région parisienne où elle représentait la Fédération de l’Habillement. La même année Victor Joannès fut élu au comité central du Parti communiste et en resta membre jusqu’à sa mort en 1972.

Gisèle Joannès fut membre de la commission féminine confédérale de la CGT créée en 1945. Elle y apporta l’expression de sa fédération à majorité féminine. En 1952, elle participa à la création de la Revue des travailleuses et en 1955 à celle d’Antoinette. Toujours soucieuse de l’émancipation féminine, elle veilla à la montée des cadres féminins. Dans une réunion de la commission après les grèves de 1953, elle nota que pour sa fédération « quinze dirigeantes [étaient] sorties de la lutte ». Elle exprima le souci de préparer l’avenir comme on pouvait l’avoir dans la Résistance. En 1965, Gisèle Joannès fut la cheville ouvrière du comité de préparation des Assises pour le Temps de vivre organisées par le secteur féminin de la CGT.

En 1948, elle fut élue au bureau de sa fédération et, en 1950, devint membre du secrétariat. En 1952, elle remplaça Daniel Anker au poste de secrétaire général de la fédération. Elle occupa cette fonction jusqu’en 1976. En 1948, elle fut élue suppléante à la commission administrative de la CGT et le resta jusqu’en 1969 puis, cette instance ayant pris le nom de commission exécutive, elle en demeura membre titulaire jusqu’en 1972. En 1968, elle négocia au nom de sa fédération l’application des accords de Grenelle. En 1969, on commença à parler de la fusion des trois Fédérations du Textile, de l’Habillement, des Cuirs et Peaux, projet qui n’aboutit qu’en 1985. Gisèle Joannès y était très favorable et y contribua de toute son influence.

En novembre 1950, elle avait participé au deuxième congrès mondial des Partisans de la paix. En 1955, elle fut élue au conseil national du Mouvement de la paix. En 1956 elle devint membre suppléant du comité central du Parti communiste et le resta jusqu’en 1961, date à laquelle elle devint membre titulaire et le demeura jusqu’en 1967.

À partir de 1960, elle représenta la CGT au Conseil économique et social dont elle resta membre jusqu’en 1972, elle rédigea des rapports sur la délinquance juvénile, l’étalement des vacances, les crèches et les femmes cadres. En 1969, son rapport sur les conditions de détermination du salaire minimum interprofessionnel garanti fut remarqué.

En 1971, elle représenta la CGT au Comité du travail féminin qui venait d’être créé par le gouvernement. Dans ce cadre, elle participa en 1977 aux commissions de la législation et de l’information et collabora au guide juridique établi par ce comité.

Gisèle Joannès avait cinquante-trois ans quand Victor Joannès mourut en 1972. Elle était épuisée et ressentait la nécessité d’un changement de génération. Elle choisit les militantes qui devaient lui succéder : Marie-Hélène Gaugne au Conseil économique et social en 1972, et Michèle Doussineau à la Fédération de l’Habillement en 1976. Elle les aida puis leur laissa toute la place. Elle continua à suivre la vie syndicale en restant à la commission exécutive de sa fédération où elle exerça une autorité discrète.

Elle laissa le souvenir contrasté d’un titi parisien et d’une militante hautement responsable.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76133, notice JOANNÈS Gisèle [née NUSSBAUM Golda-Raka] par Jocelyne George, version mise en ligne le 30 janvier 2010, dernière modification le 3 septembre 2011.

Par Jocelyne George

SOURCES : Arch. Institut CGT Histoire sociale, cartons main-d’œuvre féminine, notes de Slava Liszek. – Arch. dép. de Seine-Saint-Denis, Fédération de l’Habillement, 200 J 200, 201, 208, 209, Union des syndicats de la Région parisienne 49 J 17. – Antoinette, magazine féminin de la CGT, « Femmes syndicalistes, femmes résistantes », une enquête de Mary Cadras, novembre 1975, Dominique Lacan, « Syndicalistes, résistantes : des femmes contre le nazisme », avril 1983. – Cahiers de l’Institut CGT d’histoire sociale, septembre 1992 –Témoignages de la sœur de Gisèle Joannès, de Michèle Doussineau, de Marie-Hélène Gaugne.

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