LAMBERT Jacqueline, Jeannine [épouse DHERVILLY, puis BUHL]

Par Jocelyne George

Née le 5 juin 1940 à Paris (XIIIe arr.) ; inspectrice principale des impôts ; syndicaliste CGT ; secrétaire de la fédération des finances CGT de 1967 à 1969 ; membre de la commission exécutive de la CGT de 1968 à 1982 ; membre du bureau confédéral de la CGT de 1969 à 1980 ; militante de la Ligue des droits de l’Homme depuis 2001.

Jean, le père de Jacqueline Lambert, était un grand blessé de la guerre 1914-1918. Il travaillait comme commis au bureau d’aide sociale de la ville de Paris. Il avait épousé en secondes noces Berthe Hervé, native d’Ivry-sur-Seine (Seine), qui tenait un petit commerce d’épicerie, mercerie, librairie. Il était athée et avait des opinions de droite, Berthe était de tradition catholique.

Tous deux firent en sorte que leur fille poursuive des études supérieures. En 1959, Jacqueline réussit le concours d’inspecteur élève de l’École nationale des impôts. Elle choisit cette administration car les conditions d’accès à l’encadrement dans la Banque de France maintenaient encore les femmes dans un statut inférieur. En même temps qu’elle suivait les cours de l’école, elle acheva à la faculté de droit de Paris une licence de droit public entreprise à l’Institut catholique. En 1959, elle avait adhéré à l’UNEF dont elle approuvait les actions contre la poursuite de la guerre d’Algérie et contre l’extrême droite.

En septembre 1961 elle fut affectée comme inspecteur des impôts à Pithiviers où elle découvrit la CGT, forte dans cette administration avec son Syndicat des agents des contributions indirectes (SNACI), auquel elle adhéra. Un an après, elle fut nommée à Paris et épousa, le 14 février 1962 à Ivry-sur-Seine (divorcée en 1975), Pierre Dhervilly, inspecteur des impôts comme elle. Ils eurent un fils, Luc, né en 1963.

En 1964, Jacqueline Dhervilly fut élue à la commission administrative de son syndicat. C’est sur la proposition de René Buhl, alors secrétaire général du SNACI, qu’elle devint en 1965 la première femme secrétaire nationale de ce syndicat. René Buhl qui allait par la suite devenir son compagnon (ils se marièrent le 5 juin 1976 à La Chapelle-sous-Uchon), fut promu, à l’issue de son mandat syndical, secrétaire général adjoint de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (CGT) et entra en 1967 au bureau confédéral de la CGT où il eut la charge du secteur social. Fils d’un ouvrier du Creusot militant de la SFIO, il était lui-même sans engagement politique.

En 1967, Jacqueline redevenue Lambert, fut la première femme secrétaire de la fédération des Finances CGT. La même année, elle fut élue à la commission exécutive confédérale de la CGT. En 1969, elle fut reçue au concours d’inspecteur principal et entra au bureau confédéral de la CGT. Deux militantes s’en retiraient cette année-là : Germaine Guillé élue en 1951 et Madeleine Colin élue en 1955. Jacqueline Lambert hérita du secteur social qui recouvrait tout ce qui concerne la sécurité sociale : la santé, la maternité, les retraites, la vieillesse, les accidents, etc. René Buhl assuma désormais l’éducation syndicale, la propagande et la direction du Peuple.

La rupture de l’union de la gauche en 1977 provoqua dans la CGT une crise qui s’exprima à travers les débats préparatoires au 40e congrès de la confédération qui eut lieu en décembre 1978. Deux lignes apparurent : l’une tendant à renforcer l’indépendance de la CGT à l’égard du Parti communiste et l’unité d’action avec la CFDT, l’autre qui réfutait ce besoin d’indépendance et qui, dans la perspective notamment de l’élection présidentielle de 1981, n’accordait pas la priorité à l’unité d’action avec la CFDT. René Buhl était l’un des principaux soutiens de la première défendue par Georges Séguy, laquelle sera battue après le 40e congrès par les tenants de la seconde soutenue par Henri Krasucki*. En janvier 1980, Jacqueline Lambert signa la pétition « Union dans les luttes » que René Buhl avait lancée le mois précédent avec un communiste critique Guy Bois et un socialiste, Stélio Farandjis, dans l’espoir de créer un mouvement de masse qui remédierait à la rupture de l’union. Ce même mois, le bureau confédéral se divisa à propos de la position à prendre sur l’entrée des Soviétiques en Afghanistan. Jacqueline Lambert et René Buhl furent parmi ceux qui souhaitaient la condamner mais la commission exécutive opta pour la neutralité. Lors du comité confédéral national de juin, Jacqueline Lambert et René Buhl furent interpellés à propos de la pétition « Union dans les luttes » qui aurait recueilli 140 000 signatures et dont l’extrême gauche s’était emparée. C’est alors que se développa la rébellion syndicale en Pologne. Les relations devinrent difficiles au sein de la CGT entre les partisans de l’une et l’autre ligne apparues à l’occasion du 40e congrès. Jacqueline Lambert et René Buhl décidèrent de quitter le bureau confédéral, la première déclarant vouloir reprendre son activité professionnelle, le second désirant se retirer la soixantaine arrivée.

Aux éloges exprimés par Georges Séguy au moment de son départ, Jacqueline Lambert répondit par un discours très sensible. Elle dit qu’une grande partie de la fierté qu’elle avait de son organisation syndicale résidait dans le féminisme de celle-ci. « Je tiens pour la CGT à ce terme : le mot féminisme est un mot conséquent quand il s’associe à toutes les vertus et à toutes les autres actions que mène la CGT. » Elle dit aussi « l’affection forte et raisonnée » qu’elle éprouvait pour la CGT et ajouta : « Depuis cette entrée dans la vie militante, et même si cela aujourd’hui peut, comme nous le disons, interroger certains d’entre nous, j’ai la CGT au cœur. »

Jacqueline Buhl fut réintégrée dans son administration où elle termina sa carrière en 2001 comme receveur des finances. En 1981 elle fut appelée auprès de Nicole Questiaux, ministre de la Solidarité, et chargée d’un rapport sur les conditions de travail et de santé des salariés. Depuis 1981, elle s’investit dans la militance pour la Ligue des droits de l’Homme dont elle fut déléguée pour la région Bourgogne. En 2001, candidate affiliée PS sur la liste d’union de la gauche, elle fut élue conseillère municipale du Creusot et réélue en 2007.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76134, notice LAMBERT Jacqueline, Jeannine [épouse DHERVILLY, puis BUHL] par Jocelyne George, version mise en ligne le 30 janvier 2010, dernière modification le 9 septembre 2011.

Par Jocelyne George

SOURCES : Renseignements fournis par l’intéressée. — Antoinette, magazine féminin de la CGT, décembre 1969. — Intervention au 40e congrès de la CGT. — Le Peuple, 1-15 juin 1980, 1-31 décembre 1980. — François-René Buhl, Ensemble, Toison d’Or-VO éditions, 2004. — État civil.

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