Né le 4 septembre 1902 à Paris (Ve) ; instituteur, puis employé de banque ; écrivain ; militant syndicaliste.

Descendant de familles de paysans et de bûcherons du pays d’Artense, non loin de Condat, aux confins du Puy-de-Dôme, de la Corrège et du Cantal, les parents de Léon Gerbe* avaient dû, pour vivre, quitter cette région montagneuse de maigres cultures, de forêts et de landes. Mais Léon Gerbe* y passa son enfance et son adolescence, auprès de son grand-père, charbonnier-bûcheron. Ayant bénéficié d’une bourse après l’école primaire, il étudia à Mauriac et, à dix-sept ans, fut reçu à l’École normale d’instituteurs de Rouen où il demeura trois ans. Après son service militaire effectué en Allemagne occupée, il fut nommé instituteur à Saint-Romain-de-Colbosc (Seine-Inférieure), mais il démissionna au bout de peu de temps de son poste, à la suite d’intrigues cléricales montées contre lui. Il fut alors successivement secrétaire des douanes en Rhénanie, agent d’assurances dans les Pyrénées, chômeur, avant de trouver, en mai 1925, un emploi dans le service de la correspondance des relations étrangères au Comptoir National d’Escompte de Paris. « Début incertain, dira-t-il, une grève venant d’éclater dès mon arrivée... Nouveau venu, je me sentais étranger à l’événement, mais les collègues m’étaient déjà sympathiques, aussi bien les anciens fraîchement revenus de la Grande Guerre avec leurs rubans défraîchis au revers des vestons usagers, que les jeunes désargentés, affamés, ayant comme moi bien du mal à s’offrir, pour cinq francs, le repas quotidien à prix fixe du « dîner de Paris ». Aussi, par solidarité, je suivis le mouvement. » Il participa au meeting de la Bourse du Travail et du débauchage des Agences dans le quartier Barbès. « Mon mérite, je l’avoue, était assez mince, ayant très peu à perdre dans l’aventure : exactement 20,50 F, mon salaire journalier de début... Cependant, ma participation au mouvement fut de courte durée, le comité de grève ayant invité les employés non titularisés à regagner sans délai les bureaux pour éviter un renvoi sans phrases. J’obéis et conservai ainsi mon emploi. Lorsqu’au bout d’un mois mes collègues rentrèrent à leur tour, l’oreille basse, car la grève s’était soldée par un échec total, je compris très vite que c’en était fini et pour longtemps des luttes syndicales... » Prenant goût à son travail de correspondancier, Léon Gerbe* s’inscrivit aux cours de Banque et à ceux de l’École de législation professionnelle de Paris. Reçu premier aux examens après deux ans de travail acharné, il devint « employé principal ». Au bout de dix ans, en 1937, il sera sous-chef de service.
Au cours des dix années qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale, Gerbe fit preuve d’une grande activité, à la fois comme écrivain et comme militant. Il avait commencé à écrire des articles et des contes pour les journaux, en particulier pour Le Peuple où Francis Million* l’avait accueilli. Il collabora à Monde et à Regards, à Nouvel Îge, puis figura dans les comités de rédaction des deux autres revues d’H. Poulaille, Prolétariat et À Contre Courant. Il participa au mouvement de la littérature prolétarienne, assista aux réunions de « La Grille », rue Montorgueil, avec H. Poulaille, T. Rémy, P. Loffler, A. Habaru, M. Bernard, etc. et adhéra au « groupe des Écrivains Prolétariens de langue française ». En 1932, parut son premier livre, Au Pays d’Artense, « contes, nouvelles et paysages », préparé par Henri Pourrat, puis, en 1933, Amblard et la solitude. Dans ce roman publié en feuilleton dans Le Peuple et qui sera édité trois ans plus tard par Les Cahiers du Centre, Gerbe a réalisé son « désir exigeant d’exprimer avec le plus de vérité et d’émotion possible, les luttes, les misères de l’homme social ». L’histoire, souvent poignante, du charbonnier Amblard, est celle des dernières années et de la mort du propre grand-père de Léon Gerbe*. En 1934, Le Peuple publia également en feuilleton Le Devantier noir, drame d’une fille-mère abandonnée, devenue meurtrière de son séducteur, roman édité l’année suivante par Les Feuillets Bleus, et dont Georges David disait : « Un roman auvergnat, rigoureux, âpre. Du réalisme au burin. L’intérêt, la force ne résident pas dans le sujet, mais dans la vie ardente qui l’anime. »
En 1935, Gerbe publia un important essai sur Cresson et la Peinture prolétarienne. Cependant, les diverses collaborations et les relations de Léon Gerbe* dans les milieux révolutionnaires et libertaires n’échappaient pas à la Direction du CNE. « Si, lors de la parution de mes premiers livres, dit-il, certains directeurs tinrent à me féliciter, il en alla autrement par la suite. Mes écrits devinrent l’objet d’un examen attentif au service du personnel, et je fus rapidement catalogué comme « dangereux révolutionnaire »... » — « La meilleure parade dans un tel cas, ajoute-t-il, est de se montrer employé exemplaire ; je n’ai jamais failli à cette règle d’or ; mieux, je m’efforçais de toujours parfaire mes connaissances professionnelles dans l’espoir, un peu chimérique, d’accéder un jour aux grades supérieures sans pour autant jamais rien sacrifier de mes convictions, de mon indépendance, de ma liberté d’expression... » Puis il poursuit : « ... Pour l’heure, environ les années trente, j’étais en plein combat et disais tout haut ce que mes camarades moins favorisés pensaient tout bas. Il me semblait que c’était pour moi un devoir. N’avais-je pas ma plume pour vivre en cas de coup dur à la banque ? » Militant CGT, Gerbe était aussi un militant antifasciste qui n’hésita pas à se battre sur les lieux mêmes du travail, au bureau où il réussit, après de violents incidents, à obtenir de la direction qu’elle interdise l’exposition de portraits de Mussolini par des collègues italiens, et le port d’insignes fascistes. Membre du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes, il représenta celui-ci au comité du Front Populaire du XXe arr. La victoire du Front populaire réveilla le mouvement syndical dans les banques où il était en sommeil depuis l’échec de la grève de 1925 : « Au siège de la rue Bergère, deux jeunes employés de la comptabilité étrangère, Camille Tieulon, qui devait mourir en déportation en décembre 1944, et Pierre Brenier, organisent avec Braoui la première sous-section syndicale CGT du CNE (...) Les employés de banque, jusque-là timorés, paralysés par la peur du lendemain, relèvent la tête, se syndiquent en masse. Leur foule emplit les salles de la Bourse du Travail... » En octobre 1936, à l’élection des délégués du personnel, les candidats de la CGT, dont Léon Gerbe* faisait partie, enlevèrent tous les sièges. Il en sera de même en 1937 et 1938. « Délégués, responsables et militants syndicalistes se réunissent le soir dans la petite salle enfumée d’un sympathique bistrot, « Au Duc de Trévise », proche de la banque. Je n’ai pas oublié, écrit Gerbe, la chaleur humaine, l’amitié de ces réunions, nos discussions passionnées pour la défense de nos droits, la mise au point des Cahiers de revendications, nos projets en vue d’un avenir toujours meilleur... ». En 1936, Gerbe rédigea Le « Manifeste de Mai 36 », avec Marc Bernard* et Magdeleine Paz* ; publia dans Le Peuple un nouveau roman, Hurlande-aux-Loups, épopée d’un hors-la-loi des années 1870 ; donna des conférences (en particulier aux « Amis du Populaire », en 1938, sur la littérature prolétarienne). « Période dure, période dangereuse, période exaltante, dit-il, où nous luttions pour un idéal de justice sociale, pour un monde plus fraternel et, sinon pour le bonheur que l’on n’atteint jamais, pleinement, du moins pour l’honneur de l’homme. Je ne regrette rien de mes efforts, de ma peine, de mon temps sacrifié, de 1930 à 1939, à cette bataille de chaque jour qui devait se terminer par le naufrage de nos illusions dans la « drôle de guerre »... » En 1943 paraissait son roman Grange des vents. Pendant l’occupation allemande, Léon Gerbe* prit une part active à la Résistance. Après la Libération, en 1949, le Théâtre d’essai « Alta » monta une pièce de lui en quatre actes, Gazon vert, gazon rouge, mais son travail professionnel au CNE où il exerçait alors les fonctions de chef de division, le contraignit à de nombreux voyages à travers l’Europe et l’éloigna pour un temps de ses activités de militant et d’écrivain. « Il a fallu attendre la retraite, écrit-il, pour reprendre la plume, et, à défaut des luttes syndicales, qui ne sont plus le fait des retraités, un combat davantage à ma mesure. La défense de la nature, la sauvegarde des sites, du patrimoine d’archéologie et d’art... » Ayant pris sa retraite en 1963, et fixé à Saint-Mars d’Outillé, dans la Sarthe, Léon Gerbe* apporta son concours aux œuvres sociales et culturelles de sa commune. Il fut président régional de l’« Association sarthoise pour la protection des sites et du Patrimoine d’Art et d’Archéologie du Mans ».
Léon Gerbe était marié, père d’un enfant.

ŒUVRE : Au Pays d’Artense, contes, nouvelles, paysages. Préface d’Henri Pourrat (Éd. de l’Auvergne littéraire, Clermont-Ferrand, 1932). — Le Devantier noir roman (Les Feuillets Bleus, Bruxelles, 1935). — Cresson et la littérature prolétarienne, essai. Avant-propos d’H. Poulaille (Presses de Roger Lescaret, imprimeur, Paris, 1935). — Amblard et la solitude, roman (Éd. des Cahiers du Centre, Paris, 1936). — Une aile dans la glu, récit (Le Peuple, 1937). — Les Demoiselles Nonottes, roman (Le Peuple, 1939). — Grange des Vents, roman (Éd. Balzac, Paris, 1943). — Hurlande le Rebelle, roman (Éd. Colbert, Paris, 1946). Paru sous le titre Hurlande-aux-Loups dans Les Feuillets Bleus (1936). — Gazon vert, gazon rouge, pièce en 4 actes (créée au Théâtre d’essai « Alta », Compagnie Jean-Louis Rouxel, Paris, octobre 1949). — Nénuphare, pièce en 3 actes (sélection du concours de la pièce inédite, Radio-Luxembourg. Le Maire libre, Le Mans, novembre 1966). — Petite musique des jours, poèmes (Les Paragraphes littéraires, Paris, 1967). — Pique-Menue, récit (L’Auvergne littéraire, 1969). — Saint-Mars en Pays d’Outillé (Association sarthoise pour la protection des sites..., Le Mans, 1971). — L’Hommedaire, souvenirs (d°, 1972). — Inédit : L’Homme d’Air, histoire d’un village. Journaux et Revues : Monde, Nouvel Îge, Bulletin des Écrivains prolétariens. — Prolétariat. — Regards. — À Contre Courant. — Le Peuple. — Le Populaire. — Le Soir. — Mai 36. — L’Avenir du Plateau Central. — Syndicats. — Maintenant.

SOURCES : Correspondance et notes de Léon Gerbe.

Jean Prugnot

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