HAMEL Jean-Louis [HAMEL Jean, Louis, Étienne, dit]

Par Madeleine Singer

Né le 23 août 1916 à Saumur (Maine-et-Loire) ; docteur ès sciences ; membre du comité national du SGEN (1948-1968), militant du PSU.

Jean-Louis Hamel perdit sa mère peu après sa naissance ; il était l’unique enfant de Charles Hamel, magistrat, qui termina sa carrière comme conseiller à la chambre sociale de la Cour de cassation. Celui-ci était mutualiste, mais non-syndiqué car il pensait que le syndicalisme n’était pas compatible avec sa profession. Jean-Louis Hamel fit ses études secondaires à Cholet, puis au lycée Carnot à Paris. Il obtint en Sorbonne la licence ès sciences et en 1937 le diplôme d’études supérieures (biologie végétale). Il commença alors une thèse au Muséum où il fut nommé assistant le 1er février 1939.

Sursitaire lors de la déclaration de guerre, il organisa le service de culture qui entretenait le Jardin des Plantes et l’Arboretum de Chevreloup à Versailles ; le personnel de ce service (professeur, sous-directeur, plusieurs jardiniers-chefs) était en effet mobilisé depuis le début de la guerre. Il fut à son tour appelé sous les drapeaux le 15 septembre 1939 et affecté à l’école d’artillerie de Poitiers dont il sortit en janvier 1940. Fait prisonnier le 17 mai, il enseigna à l’université du stalag 1A la botanique, la zoologie et la géologie pour le SPCN ; les examens passés par ses camarades furent validés après-guerre par la Faculté des sciences de Paris.

Revenu de captivité en 1945, il se maria alorsavec Anne-Marie Jannin dont il eut six enfants. Nommé en septembre sous-directeur du Laboratoire de culture,il soutint en 1954 une thèse sur les saxifrages. Il devint en 1961 professeur de Biologie végétale appliquée au Muséum et n’y prit sa retraite qu’en 1985 car il avait été maintenu en fonction en raison de ses six enfants et de son ancienneté. De 1974 à 1981, il fut en même temps inspecteur général des Musées d’histoire naturelle de province, fonction qui était alors exercée par un professeur titulaire du Muséum. En outre, de 1966 à1986, il dirigea le jardin botanique alpin « La Jaÿsinia » à Samoëns ; cette direction était alors assurée sansrémunération par un professeur de botanique du Muséum désigné par l’Assemblée des professeurs, l’intéressé étant toutefois logé sur place et défrayé de ses déplacements.

Au printemps 1947, Jean-Louis Hamel avait décidé de se syndiquer car il était scandalisé par la façon dont le ministère traitait les personnels techniques du Muséum et plus particulièrement les jardiniers dont il avait à se soucier en sa qualité de sous-directeur. Par ailleurs, il était inquiet de voir compromise l’unité de la CGT où ces jardiniers étaient presque tous syndiqués ; la scission de cette confédération allait en effet intervenir quelques mois plus tard. Il adhéra donc au SGEN et prit aussitôt une part active à la vie de la section de l’Enseignement supérieur. Dès que le Comité technique de l’Enseignement supérieur fut créé en mars 1948, il assuma avec Henri Marrou* lareprésentation du Syndicat dans cet organisme, rendant régulièrement compte du travail accompli. À partir de 1953, ce comité entra en léthargie et disparut en 1959 avec le nouveau statut de la fonction publique. Jean-Louis Hamel regretta alors publiquement que ce Comité n’ait pas été rétabli.

Élu au comité national dès le congrès de mars 1948, il y figura constamment jusqu’en 1968. En même temps, à partir d’octobre 1948, il représenta l’Enseignement supérieur dans la commission syndicale qui, sous la présidence d’Henri Rouxeville*, étudiait les statuts et traitements des diverses catégories de l’Éducation nationale. Comme c’était l’époque où l’on préparait la nouvelle grille indiciaire de la fonction publique, Jean-Louis Hamel put réfuter certains arguments absurdes de l’administration à l’égard des personnels dont il était chargé : inutile de bien payer les jardiniers car « tous les Français naissent jardiniers », ou les taxidermistes qui « ne sont que des empailleurs » ou encore les bibliothécaires et les conservateurs du Musée puisque « une fois leurs collections rangées, ils n’ont plus rien à faire ». Jean-Louis Hamel travailla dans cette commission pendant plus de dix ans car lorsque celle-ci devint en 1958 la commission d’action revendicative, on retrouva encore son nom dans les comptes rendus qui jusqu’en 1960 donnèrent la liste des présents.

En outre, il était devenu en 1948, avec H. Marrou*, secrétaire-adjoint du SGEN-Supérieur car la secrétaire de la section Berthe Delaporte était partie en mission scientifique aux États-Unis. Pendant deux ans, il assuma la plus grande part des responsabilités, siégeant au bureau national et présentant le rapport moral du SGEN-Supérieur au congrès de 1960. Secrétaire-adjoint pendant de longues années, il participa de 1948 à 1962 aux diverses audiences que le SGEN eut avec la Direction de l’Enseignement supérieur ou avec les ministres successifs. Son rôle fut particulièrement important lorsqu’en 1953-1954, le Comité d’action universitaire (CAU) qui groupait les syndicats du second degré et du supérieur lança des grèves afin d’obtenir l’octroi, pour les membres de l’Éducation nationale, d’une indemnité complémentaire de traitement, équivalente aux avantages particuliers accordés à leurs homologues de la magistrature et des administrations centrales. Le SGEN-Sup., réuni pendant le congrès d’avril 1954 « adresse ses vives félicitations pour l’action remarquablement énergique et utile qu’Hamel a menée, notamment au sein du CAU et lui donne mandat pour continuer en ce sens ».

Toutefois son activité syndicale dut alors se faire plus discrète car en 1954, il devint chargé de mission au cabinet d’Henri Longchambon, secrétaire d’État à la Recherche scientifique et technique, poste créé par Mendès France ; cette charge constituait un temps partiel qu’il pouvait assumer en restant sous-directeur au Muséum. Lorsque Mendès France fut renversé par le Parlement en février 1955, Jean-Louis Hamel demeura chargé de mission auprès de H. Longchambon, devenu Président du Conseil supérieur de la recherche, organisme nouvellement créé. Sous de Gaulle, vers 1959-1960, ce Conseil disparut et fut remplacé par la Délégation générale à la Recherche scientifique et technique (DGRST). Jean-Louis Hamel resta jusqu’au 31 décembre 1964 chargé de mission, mais cette fois auprès du délégué général de la DGRST Cela lui valut de représenter cet organisme au Comité scientifique de l’INSERM

Pendant ces dix années, il poursuivit sa collaboration au bulletin syndical, montrant par exemple la nécessité du syndicat dans l’Enseignement supérieur ou étudiant le IVe plan à l’élaboration duquel il participa au sein de la DGRST Toujours disponible, il fit partie le 31 mars 1957 des quelques professeurs qui, avec des membres du bureau de l’UNEF, participèrent à des travaux sur l’allocation d’études réclamée par les étudiants. On le retrouva également parmi les universitaires qui préparèrent la séance solennelle du 13 mars 1958 en Sorbonne, au cours de laquelle tous les syndicats dénoncèrent la situation faite à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. En 1959 le bureau du SGEN-Sup. « rendit publiquement hommage à l’action persévérante menée depuis des années par le camarade Hamel pour la solution des problèmes statutaires tant des chefs de travaux que des assistants ». C’est Jean-Louis Hamel qui fit le rapport d’activité de la section du Supérieur pour le congrès de 1960, à la place de B. Delaporte qui, au cours des deux années écoulées, avait été chargée d’une mission scientifique au Canada.

Au congrès de 1964, la commission administrative de l’Enseignement supérieur put s’adjoindre Jean-Louis Hamel en qualité de conseiller technique car ses fonctions à la DGRST prenaient fin. Il fut nommé en 1966 par le Premier ministre membre de la commission « Biologie et physiologie végétales » du comité national du CNRS, laquelle a un contrôle scientifique sur les activités des chercheurs du CNRS et de l’Enseignement supérieur. Il fut ensuite élu en 1971 membre de cette commission, ce qui lui permit d’être élu membre du Directoire du CNRS de 1971 à 1975.

Par ailleurs, assesseur du directeur du Muséum, il fut chargé du personnel de 1966 à 1970 et représenta cet établissement à la commission paritaire du personnel technique de l’Enseignement supérieur. Cette fonction d’assesseur le conduisit dès lors à un certain effacement syndical, d’autant plus qu’après Mai 1968, ses amis du Syndicat lui reprochaient son « gauchisme », vu qu’il avait alors adhéré au PSU, sous l’influence d’Édouard Depreux qui avait été maire de Sceaux où il habitait. Il facilita toutefois l’entrée au SGEN en 1968 d’une partie du personnel technique du Muséum car il accompagna leur délégué, sur sa demande, au siège de la CFDT.

Il quitta d’ailleurs le PSU quelques années plus tard car, sans consulter personne, le secrétaire de la section de Sceaux décida de fusionner ladite section avec celle de Chatenay-Malabry. Mais il demeura adhérent au SGEN jusqu’à sa retraite « vu l’intérêt d’un syndicat général où l’instituteur, le professeur de lycée, le membre de l’Enseignement supérieur, les techniciens de tous les niveaux, peuvent exprimer en toute liberté leur opinion sur toutes les questions concernant l’Éducation nationale ». « J’y ai reçu, dit-il, une formation civique véritable, ainsi qu’une liberté fraternelle de jugement qui m’ont beaucoup aidé dans mes tâches « patronales » et tout simplement dans ma vie citoyenne ». Il était officier des Palmes académiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur, chevalier des Arts et Lettres car il avait été président de 1968 à 1970 de l’Association générale des Conservateurs de Collections publiques de France.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76416, notice HAMEL Jean-Louis [HAMEL Jean, Louis, Étienne, dit] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 22 février 2010, dernière modification le 19 août 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : École et Éducation (1948-1955). — Syndicalisme universitaire (1955-1968). — Lettres de J.-L. Hamel à M. Singer, 3 juin 1996, 13 juin 1996, 18 juillet 1996, 5 septembre 1996 (archives privées).

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