BERGÉ Marcel [BERGÉ Pierre, Marcel]

Par Pierre Vincent

Né le 5 août 1899 à Varilhes (Ariège), mort le 24 avril 1949 à Toulouse (Haute-Garonne) ; ouvrier électricien puis distributeur ; responsable de l’Union Midi de la Fédération CGTU des cheminots (1926-1934) ; membre du bureau de la Fédération CGT des cheminots (1935-1939) ; secrétaire du secteur CGT des cheminots de Toulouse (1945-1949) ; militant communiste.

Né dans un milieu modeste - son père était tâcheron dans une scierie (« négociant » selon l’acte de naissance) et sa mère ne travaillait pas -, Marcel Bergé passa son certificat d’études à douze ans et fut reçu premier de son canton. Il débuta dans la vie par des « petits » emplois. Il lui arriva d’être licencié pour activités syndicales. Un ami de la famille, ingénieur dans l’électricité, lui vanta les perspectives ouvertes par cette spécialité en plein développement. À l’aide de livres, il apprit les bases de cette discipline. Il travailla un temps avec son père, puis s’engagea dans la Marine, où il rejoignit l’armée de Syrie. La guerre terminée, il put résilier cet engagement et il revint dans sa famille à Varilhes (Ariège).

Le hasard voulut qu’un habitant du village fasse embaucher des jeunes à la Compagnie du Midi. Il fut employé en 1921, à vingt-deux ans, comme aide-électricien d’abord à Tarbes (Hautes-Pyrénées) puis à Toulouse ; c’était le grand moment de l’électrification sur le réseau. Il adhéra à la CGTU, choix logique puisqu’il avait rejoint le tout nouveau Parti communiste. Il fut secrétaire de la première cellule chez les cheminots de Toulouse (ils étaient cinq au début). Les responsabilités s’ensuivirent. En 1926, il devint secrétaire général adjoint du syndicat des cheminots du Midi puis fit partie, en 1927, de la commission exécutive de l’Union syndicale régionale CGTU de Toulouse ; en 1928, il fut secrétaire général de l’Union Midi comme permanent. Ainsi, en juin 1930, il participa activement à une grève du bâtiment qui dura quarante jours. Présent dans les piquets de grève, il fut arrêté en début juillet et condamné à deux mois de prison. À la suite, il fut révoqué de la Compagnie du Midi en novembre 1930 (il ne sera réintégré qu’en 1936).

Marcel Bergé se présenta aux élections à plusieurs reprises. Après diverses tentatives aux élections cantonales, puis en 1928 à l’élection législative à Toulouse, il fut candidat aux élections législatives à Pamiers (Ariège) en 1932, où il obtint 14,45 % des voix.

Fervent partisan de l’unité syndicale, dans une région où le rapport de force entre la CGT et la CGTU n’était guère à l’avantage de cette dernière, il n’eut de cesse de lutter contre le sectarisme et de faire grandir la nécessité de s’unir. Cette action porta ses fruits : ce fut le Midi qui réalisa, en premier, la réunification chez les cheminots le 21 octobre 1934. Avec Pierre Semard, dont il était proche, ils intervinrent l’un et l’autre sur les questions de l’engagement syndical et politique, au congrès confédéral d’unité de mars 1936 à Toulouse. Installé en région parisienne en 1935, Marcel Bergé travailla à Juvisy (Seine-et-Oise, Essonne). Il devint membre du bureau exécutif fédéral au titre du Sud-Ouest, avec Marc Dupuy.

Puis ce fut la guerre. Prisonnier à Vannes (Morbihan), il s’évada avant son départ vers l’Allemagne grâce à la complicité de cheminots ; il fut démobilisé en juin 1941. Il reprit ses activités professionnelles à Toulouse au sein du syndicat légal comme l’y incitait la Fédération. Son activité fut aussi clandestine : aide au sabotage avec son apport d’électricien, soutien à l’évasion des internés de Noé, Vernet ou Saint-Sulpice. Pourchassé par la police, il fut à nouveau révoqué. Il trouva à s’employer à l’entretien du petit train qui desservait les magasins généraux lorsqu’en mai 1943, victime d’un grave accident, il fut amputé d’un pied.

Sollicité pour entrer complètement dans l’illégalité et prendre la direction de la Fédération CGT clandestine avec Jules Crapier et Raymond Tournemaine, Marcel Bergé n’accepta pas, ayant un enfant en bas âge et un handicap physique. À la Libération, il fut mis à l’écart de toute responsabilité de niveau national comme à l’Union Sud-Ouest. À Toulouse, il retrouva très vite la responsabilité du secteur au début 1945. Au congrès fédéral d’août de la même année, il fut présent et devint membre du conseil national ; il le restera jusqu’à son brutal décès.

Orateur de grand talent, il laissait une impression durable. Militant avec André Séguy à Toulouse, leurs enfants respectifs étaient très proches. Ce fut lui qui aida à l’embauche de Georges Séguy au service électrique. Il fut en quelque sorte celui qui lui expliqua le métier et qui le forma comme militant.

Son intervention au congrès fédéral de 1947, à quelques mois de la scission, est restée dans les annales. Intervenant comme secrétaire du secteur de Toulouse et « ... en plus, comme délégué direct d’un syndicat dont la direction n’est pas de ma tendance... », il retraça le congrès d’unité du Midi de 1934 pour faire un éloge appuyé de l’unité. Le congrès debout lui fit une ovation et, comme l’indique aussi le compte rendu de ses travaux, il y eut, sous les applaudissements, des « Bergé au bureau fédéral ». En juin 1948, il fut troisième (et élu) sur la liste CGT à l’élection du conseil d’administration de la Caisse de prévoyance (liste menée par deux secrétaires fédéraux, Jules Crapier et Marcel Jeannot).

Il décéda brusquement le 24 avril 1949 à Toulouse. L’émotion fut grande, une collecte parmi les cheminots permit d’ériger une stèle au cimetière de Varilhes. Marié en octobre 1930 à Toulouse avec Catherine Hiriart, il était père de deux fils, René et Louis.

Pour le centenaire de sa naissance, l’Institut d’histoire sociale de la Fédération CGT des cheminots organisa un colloque en son honneur à Varilhes le 22 juin 1999. Le même jour, la municipalité donna son nom à une place de la commune.

Ce que Georges Séguy dit de Marcel Bergé (extrait de Lutter, conversations avec Philippe Dominique, Éditions Stock, 2e trimestre 1975, p. 76) :

« - À dix-neuf ans, vingt ans ne vous sentiez-vous pas un peu perdu au milieu de tant de responsabilités ?
D’autant plus que je vivais seul avec ma mère.

Mes sœurs étaient à Paris, mon père aussi, permanent syndical. Je n’avais plus la possibilité, comme je l’avais toujours fait, de lui confier mes préoccupatons. J’étais livré à moi-même.

J’ai eu la chance de rencontrer alors un homme de trente ans mon aîné, Marcel Bergé, camarade de mon père, au syndicat des cheminots de Toulouse. Il travaillait dans le même service que moi. C’est lui qui s’était occupé de mon admission à la SNCF.

Proche de Pierre Semard, Marcel Bergé avait exercé d’importantes responsabilités à la Fédération des cheminots avant la guerre. En 1939 il n’avait pas accepté d’entrer dans l’illégalité en même temps que ses camarades de la Fédération. Il avait trois enfants en bas âge : il était infirme, amputé d’un pied, autant de problèmes pour lui. Son hésitation dans ces circonstances a compromis sa promotion syndicale. Mais je lui avais conservé ma confiance.

Et mes premières années d’activité syndicale, de mon entrée au chemin de fer au début 1946 et jusqu’à ce que je sois appelé à la Fédération des cheminots en 1949, année de sa mort, je les ai passées auprès de lui.

Nous partions souvent ensemble tenir des réunions syndicales aux alentours de Toulouse et même parfois des réunions électorales pour soutenir les candidats du Parti communiste. Marcel Bergé était un homme bon, doublé d’un orateur de talent ; il a exercé sur moi, pendant cette période de ma vie, une influence très réelle. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article784, notice BERGÉ Marcel [BERGÉ Pierre, Marcel] par Pierre Vincent, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 28 mai 2009.

Par Pierre Vincent

SOURCES : Arch. Nat., F 7/12986, 13113, 13032, 13672 et 13679. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Registres et documents du secteur et du syndicat CGT des cheminots de Toulouse. — La Voix des Travailleurs, 1927-1935. — La Voix du Midi, 1937. — La Tribune des cheminots. — Dominique Porté, Marcel Thourel, une vie militante, un itinéraire politique, thèse de 3e cycle, Toulouse-Le-Mirail, 1979, 766 p. — Marcel Thourel, Itinéraire d’un cadre communiste 1935-1950, du stalinisme au trotskysme, préface de Rolande Trempé, introduction et notes de Dominique Porté, Privat, 1980. — DBMOF, tome 18, p. 409 (notice de Marcel Bergé, rédigée par Jean Maitron et Claude Pennetier). — Comptes rendus de congrès. — Les Cahiers de l’Institut (Hommage à Marcel Bergé), n° 5, 3e trimestre 1999. — Éléments recueillis au colloque organisé pour le 100e anniversaire de sa naissance à Varilhes en 1999. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Pierre Lapeyre. — État civil.

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