QUESSOT Eugène, François

Par Claude Geslin

Né le 22 janvier 1882 à Brie-La-Rochefoucault (Charente), mort le 9 mars 1949 à Rennes (Ille-et-Vilaine) ; ajusteur aux chemins de fer de l’État puis à la SNCF ; secrétaire fédéral socialiste SFIO d’Ille-et-Vilaine (1920-1947) ; maire adjoint de Rennes (1945-1947) ; conseiller général ; membre du Comité départemental de Libération (CDL) ; conseiller de la République (1946-1948).

[Sénat]

Sixième enfant d’une famille de petits cultivateurs, Eugène Quessot fit à sa sortie de l’école primaire, l’apprentissage du métier de forgeron maréchal-ferrant chez l’un de ses frères installé à Saint-Brice près de Cognac. Après son service militaire dans l’artillerie à Oran, il pratiqua son métier de forgeron dans la région de Bordeaux.

Entré aux chemins de fer de l’État, il vint à Rennes en 1910 comme ajusteur aux ateliers des chemins de fer.Il se maria le 27 juin 1917 avec Clémentine Denays. En 1918, il contribua à la création de la première école d’apprentissage des chemins de fer. Élu secrétaire général du syndicat des cheminots de Rennes en 1920 après la grève de mai, Quessot le resta en 1921. Il mena alors une ardente campagne pour conserver à la CGT l’essentiel de l’organisation des cheminots. Membre de la commission exécutive de l’Union départementale CGT en 1922, il devint en 1923 secrétaire du secteur de propagande de Rennes des cheminots. Membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des chemins de fer, il fut délégué du personnel dans plusieurs commissions officielles auprès de l’administration. Début 1925, il fut élu membre du Conseil supérieur des chemins de fer où il représenta le Réseau État.

Mais Eugène Quessot fut surtout un militant socialiste. Élu secrétaire de la fédération socialiste d’Ille-et-Vilaine en janvier 1920, il devint délégué suppléant au Comité national du Parti socialiste SFIO en juin de la même année. Conseiller général, il signa le 14 novembre 1920 le manifeste du Comité de résistance socialiste. Membre de la commission exécutive de la Fédération socialiste en 1922, puis de la commission administrative les années suivantes, secrétaire fédéral adjoint en janvier 1923, il fut délégué au congrès national avec Aubry en 1924. Il devint secrétaire fédéral en janvier 1931 à un moment où l’organe de la Fédération, l’Aurore d’Ille-et-Vilaine, considéré comme essentiel à la vie du mouvement dans le département, connaissait de grosses difficultés financières entraînant momentanément une publication bi-mensuelle et non plus hebdomadaire. Sa première année de secrétariat fédéral fut entièrement consacrée au renouveau du journal, avec succès. Il resta secrétaire fédéral jusqu’en février 1947. Il entreprit dès 1931 une tournée de propagande dans le département avec le concours d’un permanent socialiste, P. Klotz* et se consacra désormais au développement du parti. Au début de 1935, il devint secrétaire du secteur de propagande des Fédérations de Vendée, Loire-Inférieure, Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Mayenne et Ille-et-Vilaine et, de plus en plus absorbé par ses nombreuses occupations, il aurait souhaité être remplacé au secrétariat fédéral : cependant, devant l’insistance de ses camarades, il accepta de rester.

En octobre 1939, il dut réorganiser la fédération démantelée par les mobilisations. Dès le 14 octobre 1944, il présentait le premier numéro de l’Aurore socialiste, nouvel organe de la fédération, l’Aurore d’Ille-et-Vilaine s’étant sabordée en juin 1940 ; il en resta le directeur-gérant jusqu’en 1947. En décembre 1945, il était devenu secrétaire de l’Union départementale des élus socialistes d’Ille-et-Vilaine que l’on venait de récréer. Et même après 1947 et jusqu’à sa mort, restant à la présidence de la Fédération, il continua à seconder par ses conseils, Alexis Le Strat qui lui avait succédé au secrétariat fédéral et à la direction du journal.

Eugène Quessot ne se manifesta pas seulement à l’intérieur de l’appareil du parti ; il fut aussi candidat à toutes les élections. En 1919, il fut élu au conseil général d’Ille-et-Vilaine dans le canton sud-est de Rennes, enlevant le siège à une personnalité éminente du département depuis de longues années, le sénateur Le Hérissé. Il demeura conseiller général du même canton jusqu’à sa mort en 1949. Membre de la commission départementale chargée d’administrer le département pendant les inter-sessions du conseil général en 1936, il prit une part active dans les débats concernant l’assistance, l’enseignement, les transports ferroviaires ou routiers, l’électrification, l’adduction d’eau, les œuvres scolaires ou post-scolaires. Seul élu socialiste au conseil général pendant trente ans, son assiduité et sa compétence lui gagnèrent l’estime et la considération de ses collègues.

Eugène Quessot fut aussi élu conseiller municipal de Rennes en 1919 sur la liste du Bloc des gauches conduite par le maire, Janvier. En juillet 1924, il démissionna de sa charge de membre du conseil d’administration de l’Office public des habitations à bon marché de la ville de Rennes pour protester contre le fait que rien n’avait été réalisé depuis la création de cet organisme en 1919. Cependant, il reprit sa place quelque temps plus tard et resta de longues années membre du conseil d’administration de l’Office départemental des HBM et du comité de patronage de ces habitations.

Candidat sur la liste du Cartel des gauches en 1925, il fut réélu avec treize de ses amis socialistes et des radicaux. Quessot devint adjoint dans la première municipalité rennaise dirigée par un maire socialiste, Carle Bahon. En 1929, il se présentait de nouveau sur la liste des gauches comprenant quatorze candidats socialistes sur quarante-six. La liste, unie au 1er tour derrière le maire sortant, fut entièrement élue au second tour malgré le maintien de la liste communiste. Mais, l’Union, inaugurée avec la première municipalité Janvier en 1908, était brisée. Les socialistes SFIO étaient désormais isolés et les divergences apparurent lors de l’élection du maire. Candidat, Quessot n’obtint que 15 voix contre 21 à l’adjoint sortant, Lemaistre, qui fut élu maire, grâce à la coalition des autres groupes. En 1935, le Parti socialiste SFIO, qui avait présenté une liste commune et paritaire avec les radicaux-socialistes, fut battu et seul son chef de file Quessot fut élu.

En octobre 1932, il fut élu conseiller général du canton de Rennes-Sud-Est, mais se présenta sans succès aux élections sénatoriales.

Eugène Quessot fut aussi candidat à de nombreuses élections législatives : en 1914, en 1919, en 1924, en 1928, 1930 (partielles) et enfin en 1936 dans la 2e circonscription de Rennes. Candidat à la législative partielle des 12 et 19 octobre 1930 à Rennes, il obtint 2 842 voix au premier tour et se désista pour le candidat radical. En 1936, il arriva au 1er tour en tête des candidats de gauche avec 5 144 voix, mais au second tour fut battu par le républicain de gauche Joly, par 10 851 voix contre 7 730.

Révoqué par Vichy en 1940, Eugène Quessot organisa la Résistance avec Honoré Commeurec et François Tanguy-Prigent. À la Libération, il fut membre du Comité départemental de Libération, au titre du Parti socialiste SFIO. Élu secrétaire fédéral, il allait le rester jusqu’en février 1947. Membre de la direction de la Fédération des élus municipaux et cantonaux socialistes en 1945, il siégea à la commission de vérification des mandats du congrès national d’août 1945. Il participa à la conférence des secrétaires fédéraux des 27-28 octobre 1945.

Désormais retraité, il fut membre de la délégation spéciale dont il occupa la vice-présidence et y apporta toutes les ressources de ses qualités d’administrateur. Il fut élu le 13 mai 1945 conseiller municipal de Rennes sur la liste « antifasciste de la démocratie et de la Résistance » conduite par Yves Milon. Il devint premier adjoint au maire. Fin 1947, il devint maire intérimaire de Rennes (pendant un mois) après la démission de Milon. Le 19 octobre, il conduisit la liste socialiste et fut de nouveau élu conseiller municipal ; cependant, il fut battu pour le poste de maire, par Milon devenu membre du RPF qui obtint 22 voix. Quessot n’obtint que 15 voix (6 socialistes, 8 communistes et un radical).

Conseiller général de Rennes Sud-Est en 1945-1949, arrivé en tête au premier tour avec 7 325 suffrages sur 24 711 inscrits et 16 148 exprimés, il fut élu au deuxième tour avec 95 % des voix. Président de la commission départementale en 1945 et 1946, mais candidat sans succès et aux élections à la Constituante en octobre 1945, il fut élu au Conseil de la République en 1946. Cependant, il ne se représenta pas le 7 novembre 1948 et fut remplacé comme tête de liste du Parti socialiste par son successeur au secrétariat fédéral, Le Strat, qui ne fut pas élu.

Eugène Quessot fut membre du Conseil départemental de l’enseignement primaire, de l’Office départemental des pupilles de la Nation, du conseil d’administration de l’Office antituberculeux.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7840, notice QUESSOT Eugène, François par Claude Geslin, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 6 juin 2014.

Par Claude Geslin

[Sénat]

SOURCES : Arch. Nat. F/1a/3352 ; F/1cII/147, 268, 277, 291. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 3 Md 34 à 36 et 3 Md 38 à 42. — Arch. de l’OURS, dossiers Morbihan. — Archives Daniel Mayer, 3 MA 28. — L’Aurore d’Ille-et-Vilaine, 1929-1939. — Le Semeur d’Ille-et-Vilaine, 1919-1923. — La Voix socialiste, 1921. — L’Ouest journal, 1936. — Jacques Bonhomme, 1935-1936. — L’Aurore socialiste, 1945-1949 [Iconog. : 12 et 19 mars 1949]. — PS-SFIO, Rapports des congrès de la SFIO, 1931-1932, 1944-1967. — Conseil de la République, Notices et portraits, mai 1947. — DBMOF, tome 39, p. 288-289. — Notes de Gilles Morin.- Etat civil.

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