Né en 1862 à Strasbourg (Haut-Rhin) ; journaliste à la Bataille, à la Marseillaise et à la Petite république ; militant socialiste blanquiste, puis indépendant et socialiste unifié.

En 1892, Edmond Degay résidait 40 quai de la Râpée (Paris, XIIe arr.). Militant du CRC, il représentait d’une certaine manière son organisation au sein de la rédaction de La Petite République où il aurait fait entrer Vaillant. En 1894, il était secrétaire adjoint du CRC. En 1896 il fut candidat CRC dans son quartier de Bercy où il obtint 279 voix sur 2 419 inscrits (11,53 % des voix). Il fut délégué au congrès de l’Internationale socialiste à Zurich (1893) et à Londres (1896) où un vif incident l’opposa à Charles Bonnier.
Il figura dans plusieurs congrès généraux avant l’unité. À la salle Japy, à Paris (1899), il portait un des trois mandats de la 1re circonscription de Saint-Quentin (Aisne) et celui du groupe socialiste de Mirandol-Bourgnounac (Tarn). À la salle Wagram (1900) il représenta le groupe « Les Indépendants » de Pila-Canale (Corse) avec Paul Dramas. Il était aussi le délégué de l’Avant-Garde de Saint-Quentin. Il combattait activement dans le département de l’Aisne où il fut un des artisans de l’essor du socialisme dans les premières années du siècle. Au congrès d’unité de la salle du Globe à Paris (1905), Degay figura dans la délégation du Nord.
Il milita ensuite dans la fédération du Pas-de-Calais et fut notamment le candidat socialiste à Calais (2e circonscription de l’arrondissement de Boulogne) aux élections législatives de 1906, 1909 et 1910. En 1906, il obtint un score encourageant : 5 383 voix au premier tour et 9 496 au second. Il avait devancé au 1er tour le républicain Boulanger (4 032 voix) et le socialiste dissident Delcluze, ancien maire (2 465 voix) mais le libéral Paul Dussausoy avec 9168 voix puis 10 881 le surclassait néanmoins au 2e tour. Dussausoy mourut en cours de mandat mais la partielle organisée les 25 avril et 9 mai 1909 tourna à l’avantage d’Alfred Delcluze, arrivé en tête du 1er tour avec 8 495 voix contre 6 590 à Degay, 6 390 à un modéré et 502 voix à deux autres candidats. Degay se désista pour Delcluze, comme Delcluze l’avait fait en sa faveur quatre ans auparavant et l’ancien syndicaliste et guesdiste dissident devint député. En 1910, le score de Degay fut plus décevant (usure de sa candidature ? conséquences des contestations internes ? de son éloignement de la région nécessité par ses obligations professionnelles ? de la difficulté d’apparaître en socialiste opposant alors qu’il était devenu un personnage quasi-officiel ?) avec 3 794 voix, contre 5 529 à Delcluze, 2 766 à un modéré, 2 315 à un libéral, 1 453 à un radical et 668 à un autre modéré. Bénéficiaire du désistement radical, Degay se maintint mais avec 4 818 voix fut encore surclassé par Delcluze réélu avec 8184 voix, 1 996 allant au modéré et 1 649 au libéral.
Sa candidature avait été longuement discutée le 14 avril 1909 au congrès de Saint-Étienne, lors de l’ultime journée des assises socialiste : la question occupe dix-neuf pages du compte rendu (de la p. 552 à la p. 571). Edmond Degay était en effet secrétaire général du ministère du Travail après avoir été chef adjoint du cabinet du ministre René Viviani*. Aux élections de 1914, le parti socialiste présenta aux législatives le maire de Calais Émile Salembier, rival local de Delcluze depuis des décennies, qui fut élu. Edmond Degay devint après la guerre sous-préfet de Molsheim (Bas-Rhin) de 1919 à 1925.

SOURCES : Comptes rendus des congrès socialistes. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistesI, p. 27, III, p. 172. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — Les souvenirs de Charles Bonnier. Un intellectuel socialiste européen à la Belle Époque, éd. par Gilles Candar, préface de Madeleine Rebérioux, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2001.

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Gilles Candar, Justinien Raymond

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