Né le 20 octobre 1918 à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines), mort le 26 octobre 1968 à Talange (Moselle) ; cheminot ; secrétaire des Jeunesses communistes en Haute-Saône ; chef de cabinet de Maurice Thorez ; membre du comité central, responsable de la commission des cadres, écarté de la direction du PCF en 1961 ; député de Haute-Saône (1946-1951).

Le père de Marcel Servin, mécanicien de précision au moment de sa naissance, tenait avec sa femme dans les années trente un café, boulevard Richelieu à Belfort, et vivait de ce petit commerce. Il était conseiller municipal socialiste SFIO de Belfort et lié « aux milieux de gauche, socialistes et radicaux » de cette ville. Influencé par les idées de son père, il évoluera en 1934. Il fit ses études à l’école primaire pendant six ans puis au lycée de Belfort pendant sept ans jusque juillet 1936. Il l’aurait quitté pour des raisons financières. Il déclarait comme niveau d’instruction : « CES-Bac ». Il connaissait un peu d’allemand et d’anglais.
Marcel Servin adhéra aux Jeunesses communistes en septembre 1934 après avoir lu régulièrement l’Humanité depuis février. Il militait sous le pseudonyme de Marcel Gernier et donnait comme adresse celle d’un autre militant : Romain, rue du 14 juillet à Belfort (sans doute André Romain). D’abord secrétaire de la cellule des JC de la ville, il en devint, au début de 1935, secrétaire régional (Belfort-Haute-Saône), assurant en même temps la trésorerie. Il fut délégué en 1936-1937 aux congrès de Marseille et de Paris de son organisation. Depuis 1935, il faisait également partie du bureau régional du Parti mais n’y adhéra que « dès que la nécessité s’en est fait sentir » en mai 1936 (autobiographie du 2 novembre 1937). Il écrivait régulièrement dans le journal régional du PC et assura plusieurs mois la rédaction et la distribution des journaux de caserne ainsi que la liaison, mais cela fut interrompu « parce que ce genre de travail a cessé étant donné les nouvelles conditions politiques ». Il fut élève de l’école centrale des Jeunesses en juillet 1936 d’où il sortit premier. Il ne put participer aux grèves de juin 1936 puisqu’il ne travaillait pas.
À sa sortie du lycée, Marcel Servin devint cheminot en février 1937. Il réforma la cellule des cheminots de la gare de Belfort qui comptait en novembre une dizaine de membres. Membre du syndicat de sa corporation, il fut proposé en décembre 1937 pour être membre du conseil syndical. Militant actif, il critiqua violemment les trotskystes qui ont « des postes de responsables dans certains syndicats ».
Marcel Servin effectua son service militaire à partir de 1938 comme deuxième classe dans l’artillerie, jusque 1941. Marcel Servin fut responsable du parti « pour le régiment et la division de 1938 à mai 1940 ». Il ne reprit contact qu’à la fin de 1942 avec son parti (selon le questionnaire biographique de 1949). Il avait épousé le 17 octobre 1942, à Nîmes (Gard), une ouvrière dactylo, née Lesure et ils eurent deux enfants qui avaient un et cinq ans vers 1950. Il fut chargé de mission par le PC clandestin : interrégional technique et Front national pour les départements de l’Est jusqu’en juillet 1943, interrégional du PC pour la Bretagne jusqu’en novembre 1943. Il vint alors à Paris comme adjoint à la direction nationale du Front national de cette date à la Libération avec Pierre Villon. Selon ce dernier, Marcel Servin assurait les connexions avec les régions et représentait le FN aux commissions qui préparaient l’après Libération (op. cit. p. 80). Pendant les journées de l’insurrection il se trouvait à l’Humanité. Après la Libération il resta en 1944-1945 à la direction du Front national.
En avril 1945, ce jeune homme – il n’avait que vingt-sept ans – énergique, bon organisateur et bon analyste, devint secrétaire de Maurice Thorez puis son chef de cabinet lorsque ce dernier fut ministre d’État (novembre 1945-janvier 1946), puis vice-président du Conseil. En janvier 1947, Jean Chaintron lui succéda à la direction du cabinet, pendant que Marcel Servin, élu député de Haute-Saône en novembre 1946 se faisait remarquer au Parlement par des discours combatifs sinon agressifs. Il fit en 1948-1949 des voyages, pour le Parti, en Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie.
Sa rapide ascension commença alors dans l’appareil. Membre du comité fédéral du PC de la Seine de 1954 à 1959 au moins, il fut secrétaire fédéral à l’éducation en 1964, puis 2e secrétaire fédéral en 1966. Élu membre suppléant du comité central au congrès de Strasbourg (XIe congrès, juin 1947), titularisé au congrès de Gennevilliers (XIIe congrès, avril 1950), il entra comme suppléant au bureau politique à Ivry (XIIIe congrès, juin 1954), fut titulaire en juillet 1956 et désigné comme secrétaire du comité central en juin 1959.
Marcel Servin avait succédé à Jean Chaumeil à la tête de la commission des cadres au dernier trimestre 1947. Cette importante fonction exercée pendant la guerre froide, dans la période de mise en place du Kominform et de la vague de procès staliniens, l’amena à prendre une part active à l’élimination de responsables français, en particulier d’André Marty et de Charles Tillon. C’est après une de ses visites, en 1951, en URSS, où Maurice Thorez était soigné, qu’il mit en place avec Léon Mauvais, responsable de la commission centrale de contrôle politique, une commission pour enquêter sur les agissements politiques de Marty et de Tillon. Le 26 mai 1952, il était présent à la réunion du secrétariat où, avec Auguste Lecœur et Jacques Duclos, Mauvais mit en cause Marty. Marcel Servin se rendit à Prague où Rudolph Slansky, secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, avait été arrêté en novembre 1951 (il devait être jugé en novembre 1952 et exécuté en décembre), consulta les archives Marty saisies au secrétariat de Slansky et rapporta des documents en France. À l’automne 1953, il participa avec Léon Feix et François Billoux à une commission d’enquête qui prépara la procédure d’élimination d’Auguste Lecœur, secrétaire à l’organisation. Celle-ci fut effective en mars 1954 et Servin lui succéda au secrétariat à l’organisation. À ce titre il présenta au congrès d’Ivry (juin 1954) un rapport d’organisation sans complaisance sur la situation du parti, évoquant aussi bien le tassement des effectifs que leur vieillissement. Ses fonctions à la commission des cadres et en particulier les enquêtes sur des épisodes difficiles de la Résistance communiste avaient irrité Jacques Duclos.
Rien n’indique que Marcel Servin ait été ébranlé par le XXe congrès du Parti communiste d’URSS et il resta quasi silencieux aux CC de mai et juin 1956, n’intervenant en juin que sur la question de la Jeunesse communiste. Sa participation (avec Étienne Fajon et Waldeck Rochet) à la délégation qui, fin juin, s’entretint pendant cinq heures avec Khrouchtchev, l’aurait profondément marqué.
Philippe Robrieux (qui eut l’occasion de bénéficier de son témoignage), datait de cet entretien sa volonté de faire prendre au Parti communiste français un tournant khrouchtchévien. Avec Laurent Casanova (autre fidèle thorézien inquiet devant la rigidité des analyses du parti), Marcel Servin manifesta, de 1958 à 1960, une volonté de changement dans le domaine économique et social (remise en cause de fait de la thèse thorézienne de la paupérisation absolue) comme dans celui de la politique extérieure (affirmation des contradictions entre le gaullisme et les États-Unis).
À l’automne 1960, les reculs de Khrouchtchev ne lui laissèrent plus l’espoir de placer sa tentative dans le cadre d’une évolution immédiate du mouvement communiste international. Aussi, violemment condamné lors de la session du comité central des 13-14-15 janvier 1961 accepta-t-il de voter la résolution finale et d’écrire quelques jours plus tard une autocritique plus complète que celle fournie par Laurent Casanova. Le congrès de Saint-Denis (XVIe, mai 1961) écarta du Comité central le « groupe » Laurent Casanova-Marcel Servin-Kriegel-Valrimont. Georges Marchais qui avait contribué à leur élimination, se vit confier le secrétariat à l’organisation. L’affaire Casanova-Servin témoigne de la volonté de Maurice Thorez de réaffirmer son autorité à la direction du parti malgré ses problèmes de santé.
Marcel Servin fut envoyé comme permanent en Moselle où il prit progressivement une place dirigeante. Délégué au XVIIe congrès en mai 1964, il entra au secrétariat fédéral en août et participa à nouveau au congrès du PCF en janvier 1967 (XVIIIe). Il mourut moins de deux ans plus tard. Waldeck Rochet envoya un télégramme à sa veuve Ginette Servin, née Lienard, avec laquelle il s’était remarié, le 14 juin 1958 à Saint-Denis où il résidait, après son divorce. Elle témoigna en toute occasion de la fidélité de son mari au PCF auquel elle était fort attachée. Waldeck Rochet se fit représenter par Georges Gosnat aux obsèques qui eurent lieu à Talange.
Le 22 juin 1997, Robert Hue, secrétaire général du PCF, prononça à Longlaville (Meurthe-et-Moselle) un discours condamnant les exclusions ou sanctions qui avaient touché Maurice Kriegel-Valrimont (présent à cette rencontre), Marcel Servin, Laurent Casanova et Charles Tillon.

SOURCES : RGASPI, Moscou, Arch. du Komintern, 495 270 255 ; Autobiographies des 5 juillet 1936 et 2 novembre 1937 ; questionnaire biographique de 1949. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comités fédéraux du PCF. — L’Humanité, 1961, passim. — L’Humanité-Dimanche, 27 octobre 1968. — Le Monde, 6-7 juin 1954, 29 octobre 1968, 3 juin 1970, 9 février 1977. — P. Villon, Résistant de la première heure, Paris, Éditions sociales, 1983. — C. Tillon, On chantait rouge, Paris, Laffont, 1977, p. 511. — Ph. Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, Paris, Fayard, t. II, p. 463-466 et t. IV, p. 500-503. — Stéphane Courtois, Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, 1995. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de René Lemarquis.

Claude Pennetier

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