Né le 1er novembre 1886 à Rochefort (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), mort le 7 septembre 1962 à Onzain (Loir-et-Cher) ; cheminot ; militant anarchiste et secrétaire adjoint de la Fédération CGT des cheminots.

Fils d’un compagnon « 2e maître vétéran », Henri Sirolle, ouvrier électricien aux ateliers des chemins de fer de l’État (Paris-Saint-Lazare), appartint au groupe anarchiste du XVe arr. de Paris et fut secrétaire des « cheminots anarchistes » avant 1914. Mobilisé en 1914 et affecté spécial à son emploi, il entra, en janvier 1915, en relation avec Pierre Monatte* pour le féliciter de s’être opposé à l’Union sacrée. Domicilié à Paris (XVIIe arr.), il était également en relations épistolaires avec Marcel Martinet.
En mai 1917, à l’issue du congrès du Comité d’entente des syndicats autonomes de la Seine, Sirolle entra à l’Union de la Seine comme représentant des cheminots du Réseau État. En février 1918, il fut l’un des animateurs de la réunion extraordinaire des comités syndicaux minoritaires de la Seine à Paris. Il y annonça la victoire des minoritaires chez les cheminots parisiens. En juin, il participa au congrès fédéral et y intervint.
Constamment critique de la direction de la confédération, Sirolle fut délégué au congrès fédéral de mai 1919 puis, délégué au congrès de la CGT à Lyon (15-21 septembre 1919), devint membre du Comité provisoire des syndicats minoritaires de la CGT dont Pierre Monatte était le secrétaire et qui donna naissance aux Comités syndicalistes révolutionnaires.
En 1919 il était membre du groupe "Rénovation sociale" de Clichy et fut, en mars, l’un des signataires, au nom des cheminots, de la protestation contre les perquisitions effectuées au siège du Libertaire à la suite de l’attentat commis par Cottin contre Clemenceau ; cette protestation parue à la une du n°6 (2 mars) était signée par de nombreux militants exerçant des responsabilités syndicales, dont Le Meillour, Schneider, J.S. Boudoux, Barday, Doudon, J. Massot.... (Le Libertaire, n°6, 2 mars 1919).
Membre de la commission exécutive du Comité de la IIIe Internationale fondé en mai 1919, il devint en 1920 secrétaire adjoint de la Fédération des cheminots. Cette même année, il fut marginalisé au Comité de la IIIe Internationale en raison du renforcement des éléments socialistes après le congrès de Strasbourg du Parti socialiste (février 1920). Révoqué fin mars 1920, il fut supplanté comme leader des cheminots par Gaston Monmousseau et Lucien Midol au cours de la grève de mai.
Arrêté le 4 mai 1920 dans le cadre de l’enquête sur le « complot », il fut emprisonné à la Santé. Remplacé par Paul Le Guen à la commission administrative de la CGT, il signa avec Henri Toti, Marcel Delagrange, Jacques Sigrand, etc., une lettre mettant en cause la direction de la CGT qui avait lancé le mot d’ordre de reprise du travail, consigne assimilée à une « trahison ». Libéré le 11 juin, Sirolle put assister au congrès du Réseau État et y présenta une motion au titre du secteur de Paris, motion approuvant l’ordre de grève qui fut repoussée par un peu plus de trois cents voix sur 33 830 suffrages. À l’époque du congrès d’Orléans (27 septembre-2 octobre 1920), Sirolle était partisan de la « nationalisation industrialisée ».
Membre du groupe anarchiste du XVe arr. de Paris, il avait assisté au Ier congrès de l’Union anarchiste (Paris, 14-15 novembre 1920) et collabora au Libertaire, avec lequel il fut parfois en désaccord. Dans le numéro daté du 14-21 janvier 1921, il écrivit : « Syndicaliste, oui. Mais vive l’anarchie quand même ! » Au congrès extraordinaire de l’Union des syndicats de la Seine (novembre 1920), il se prononça pour la non rééligibilité des responsables et fut élu à la commission exécutive sur la liste de la minorité. En novembre 1921, à l’issue du IIe congrès de la Seine, il y fut réélu.
En février 1921, il signa le « Pacte » secret des anarchistes au sein des CDS (voir Pierre Besnard). Cette année-là, il fit partie de la délégation française au Ier congrès de l’Internationale syndicale rouge avec M. Kneler, J. Tommasi, Gaudeaux, Godonnèche, etc. Avec Gaudeaux, il désavoua l’action de Kneler. Selon A. Rosmer, Sirolle préconisa de rester au sein de l’ISR et d’y constituer une opposition anarchiste. Il rapporta par la suite, dans la Revue anarchiste, s’être opposé aussi bien à N. Boukharine qu’à l’action de N. Makhno*.
Délégué au congrès CGTU de Saint-Étienne (juin-juillet 1922), il quitta rapidement cette organisation. Un temps membre de la CGT-SR, il s’opposa dès 1926 à Pierre Besnard puis quitta cette 3e CGT puisqu’en 1927, il fut délégué de la Fédération des cheminots au XIXe congrès de la CGT (Paris, juillet). Il le fut à nouveau au XXe et au XXIe congrès (Paris, septembre 1929 et septembre 1931).
En 1928, Sirolle était ajusteur aux ateliers de la Folie et délégué à la propagande du syndicat confédéré de Paris Rive-droite. Les 11-12 mai 1928, il intervint au congrès national des cheminots confédérés pour dénoncer « l’impossibilité de collaborer avec les syndicalistes unitaires ». En 1934, Sirolle se prononça pour la fusion organique au sein de la CGT.
Lorsqu’en 1929, le directeur du Réseau de l’État, Raoul Dautry, voulut rationaliser les ateliers de La Garenne avec le concours du cabinet Bedaux, il se heurta à la résistance farouche de la CGTU qui avait su former un front commun avec la CGT et la CFTC. Mais, au début de 1930, Dautry sut exploiter une proposition de Sirolle suggérant l’élection de délégués aux commissions techniques de rationalisation des ateliers. A la fois les minoritaires syndicalistes de la CGTU regroupés autour d’Antoine Rambaud et les confédérés acceptèrent la création de comités d’atelier qui associeraient le personnel aux tâches de contrôle et de mesure des effets de la rationalisation. Les communistes dénoncèrent la « collaboration » engagée dans les « comités Rambaud-Sirolle » ou « Rambaud-Dautry » comme une véritable trahison.
Séduit par les idées sociales de Dautry, Sirolle devînt vite l’un de ces interlocuteurs familiers dont le directeur de l’État aimait s’entourer pour prendre leur avis.
Quand Dautry devînt en 1939 ministre de l’Armement, il appela à son secrétariat administratif Hyacinthe Dubreuil, Raymond Froideval et Henri Sirolle, qu’il chargea d’organiser la lutte anticommuniste au sein des usines d’armement en vue d’y assurer le développement d’un « syndicalisme sain ». Peu après, lors du procès de Riom, Sirolle était prêt à venir témoigner en faveur de son ancien « patron » avec lequel il entretenait des rapports réguliers. En 1943, devenu contrôleur technique principal et directeur de l’apprentissage à la SNCF, Sirolle était aussi membre du Comité de direction et délégué pour la Région parisienne du Secours national, création de Vichy traversée par de multiples influences antinomiques.
Il fut le directeur de l’organisme vichyste "L’Entraide d’Hiver" et c’est lui qui aurait trouvé du travail pour Louis Lecoin* à sa sortie d’internement

ŒUVRE : Collaboration au Libertaire en 1919.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 053, F7/13 055, F7/13 574, F7/13618, 13675 et 13677. — P. Monatte, Trois scissions syndicales, op. cit. — Annie Kriegel, Aux origines..., op. cit. — Syndicalisme révolutionnaire et communisme. Archives Pierre Monatte, F. Maspero, 1968. — Cahiers de l’Institut M. Thorez, n° 1, 1966 (témoignage de Lucien Midol). — G. Ribeill, Les Cheminots en guerre (1914-1920), Certes-ENPC, 1988. — Le Libertaire, 14-21 janvier, 13 juin 1921, Le Libertaire, n° 6, 2 mars 1919. — La Bataille, 24 août 1920. — L’Humanité, 23 mars 1930. — R. Baudouï, Un grand commis de l’État, Raoul Dautry (1880-1951), Th. IEP de Paris, 1991. — Le Crom, Jean-Pierre, Au secours, Maréchal ! L’instrumentalisation de l’humanitaire, Paris, PUF, 2013, p. 196, 199, 245, 293. — Ghlis, Fouzi, « Des enfants juifs dans les maisons de l’Entr’aide d’Hiver du Maréchal (1941–1944) », in:Hazan, Katy [u.a.] (Hg.), L’œuvre de secours aux enfants et les populations juives au XXe siècle. Prévenir et guérir dans un siècle de violence, Paris, Armand
Colin, 2014, p. 235.

Jean Maitron, Georges Ribeill

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