HAMELIN Alfred, Louis

Né en septembre 1855 à Paris, mort le 9 novembre 1926 à Paris ; ouvrier typographe ; socialiste ; syndicaliste ; coopérateur de production et de consommation.

C’est à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), où ses parents l’avaient envoyé, que Alfred Hamelin alla à l’école et fit son apprentissage de typographe. Il revint à Paris après la guerre et la Commune ; il trouva facilement un emploi, de nombreux typographes ayant été condamnés après la Commune. Hamelin adhéra, en 1877, au syndicat typographique qui, en 1881, devint la Fédération du Livre. Aussitôt des divergences se firent jour entre la tendance modérée représentée par Keufer et la tendance révolutionnaire de l’ex-communard Jean Allemane. Hamelin suivit Allemane. En 1890, il fut élu à l’administration de son syndicat. Il présenta un rapport au congrès national corporatif de Paris qui se tint du 12 au 16 juillet 1893, congrès mixte (Syndicats et Bourses) qui adopta à la presque unanimité le principe de la grève générale. Hamelin fit partie du comité chargé de la populariser. il fut membre du comité central de la fédération du livre en 1896 et délégué au Congrès de Bruxelles de la IIè Internationale. Il assista comme délégué au IXe congrès national corporatif — 3e de la CGT — tenu à Toulouse (Haute-Garonne) en septembre 1897 et où il représentait divers syndicats. Il y déclara : « Je suis pour le boycottage et j’ajoute qu’il me semble que tous les moyens sont bons à employer pour réussir » (cf. c. rendu, p. 149). Il assista également au Xe congrès, Rennes, septembre 1898 ; au XIVe congrès, Bourges, septembre 1904 ; au XVe congrès, Amiens, octobre 1906 ; au XVIIIe congrès, Le Havre, septembre 1912. À ces trois derniers congrès, Alfred Hamelin représentait des syndicats de typographes de différentes villes. Au XVe congrès, il signa la motion Keufer de neutralisme syndical. Voir Keufer.

L’action syndicale d’Alfred Hamelin fut importante. En voici deux aspects à titre d’exemples.

En 1905, au congrès de la Fédération du Livre qui se tint à Lyon du 5 au 10 juin, c’est Hamelin qui fit le rapport sur la diminution de la durée de la journée de travail et il présenta la proposition suivante :

« Le congrès décide que, le 1er mai 1906, toutes les sections appartenant à la Fédération du Livre doivent réclamer aux patrons la diminution des heures de travail sans diminution de salaire (...)

« La journée de 10 heures sera remplacée par celle de 9 heures au maximum pour le travail à la main.

« Le prix de la journée en conscience sera le même qu’au moment de la présentation de cette revendication.

« Le prix du travail aux pièces sera augmenté d’un neuvième ».

Après discussion serrée — certains délégués soutenant le point de vue confédéré se prononçaient pour les 8 heures — le rapport fut finalement approuvé par 117 voix contre 9 et 40 abstentions. La Fédération présenta ses revendications à partir du 18 avril 1906 et, dans l’ensemble, ce fut une réussite.

Hamelin engagea une plus difficile bataille pour faire admettre par les adhérents de la Fédération les femmes compositrices, leur présence « constituant un danger permanent d’avilissement du prix de la main-d’œuvre » (art. 1er des statuts qui ne fut supprimé qu’en 1910), exception faite pour les professions similaires dans lesquelles la femme pouvait être admise au syndicat sur un pied d’égalité avec l’homme. Hamelin, qui était partisan de l’admission des femmes compositrices, lutta longtemps et ce ne fut qu’après la guerre que furent levés, peu à peu, les derniers interdits.

Hamelin fut aussi un militant socialiste très actif. Délégué du groupe de Plaisance (XIVe arr. de Paris) des socialistes indépendants (FSR) et de la Verrerie ouvrière d’Albi aux congrès des salles Japy (1899) et Wagram (1900), Hamelin, qui était aussi à Wagram délégué des Bouches-du-Rhône, siégea au congrès de Tours du PSF (1902) comme représentant du Gard et de Vaucluse. Il fut candidat du POSR aux élections municipales dans son quartier en 1893 ” (il obtint 12,60 % et 16,52 % des voix) et en 1896 (17,06 % des voix). Il en obtint 1 666 et 2 735 aux élections législatives de 1893 et de 1898 dans la 1re circonscription au XIVe arr. Son activité de coopérateur fut, semble-t-il, reprochée par son parti, le POSR, qui l’exclut avec Delurier en Mars 1897 et lui interdit de se prévaloir de son sigle lors des législatives de 1898 (il fut alors qualifié d’assommeur par les allemanistes). Il poursuivit son action militante comme socialiste indépendant avant de rejoindre la SFIO. En 1905, il entra dans la SFIO et se présenta aux élections législatives de 1910 dans la 1re circonscription du XIIIe arr. de Paris où il rassembla 1 865 suffrages sur 7 740 votants.

Alfred Hamelin joua enfin un rôle de premier plan dans le mouvement coopératif. En 1893, il adhéra à « L’Avenir de Plaisance », société coopérative qui avait été fondée en 1873. Délégué à un congrès international du Livre, Hamelin visita les coopératives belges. Une Bourse des coopératives avait été créée le 10 novembre 1895, pour remplacer les organismes d’achat en gros qui avaient fait faillite. En juillet 1900, cette Bourse tint son premier congrès national et international et elle prit le titre de Bourse des coopératives socialistes. Hamelin, qui représentait la coopérative « La Fraternelle » de Saint-Claude, présida la séance d’ouverture du congrès et salua les congressistes, assez peu nombreux d’ailleurs, parmi lesquels figuraient seulement six membres des coopératives belges, espagnoles et hollandaises. À cette époque, Hamelin était l’une des figures importantes du mouvement coopératif. En 1895 éclata la grève des verriers de Carmaux. Les administrateurs de « L’Avenir de Plaisance » eurent l’idée de fonder une coopérative de verriers. Hamelin fit partie du comité d’action institué pour utiliser les souscriptions. Aux côtés de Jean Jaurès, son rôle fut prédominant dans la création, en 1896, de la « Verrerie ouvrière » dont il resta membre du conseil d’administration jusqu’à sa mort.

Dans les premiers temps de la Bourse, Hamelin fonda, avec ses collègues de « L’Avenir de Plaisance », le Palais du Travail, la boulangerie-biscuiterie socialiste de la rue Barrault dont il fut l’administrateur délégué de 1900 à 1902, plusieurs autres coopératives de production et même une coopérative de travail. Au congrès de l’Union coopérative, tenu quelques jours après celui de la Bourse, il tenta d’obtenir un vote favorable à la proposition visant à employer les fonds de réserve des coopératives pour le financement des caisses de crédit et de chômage, en vue d’aider les grévistes. Cette proposition, ainsi qu’une autre de Gide, soutenue par Jean Jaurès et les socialistes, soulevèrent un grand tumulte dans le congrès dont le président de séance, le professeur mutualiste Mabilleau, directeur du Musée social et membre du comité central de l’Alliance internationale, dut interrompre les débats et les remettre au lendemain.

Longtemps ouvrier dans différentes maisons d’imprimerie parisiennes, notamment au Petit Parisien et au Rappel de 1879 à 1894, Alfred Hamelin, vers la cinquantaine, entra dans la commandite ouvrière de l’Imprimerie municipale à l’Hôtel de Ville, type de coopérative de travail assez répandue dans l’imprimerie. Il y demeura de longues années jusqu’à sa mise à la retraite. Il mourut peu après.

Hamelin collabora à des revues socialistes et à divers journaux coopératifs. De 1905 à 1910, il fit partie du groupe de syndicalistes associés à Albert Thomas pour la publication de la Petite Revue syndicaliste et coopérative et il lui fournit quelques articles. Marié, il était père de 3 enfants et résidait rue Pernety (Paris, XIVe arr.).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87266, notice HAMELIN Alfred, Louis, version mise en ligne le 4 avril 2010, dernière modification le 8 octobre 2018.

SOURCES : Comptes rendus des congrès socialistes. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 138, 142, 150, 170, 172. — J. Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit., t. II. — Le Peuple, 12 novembre 1926. — Maurice Lauzel, La Coopération socialiste, Paris, 1900. — P. Chauvet, Les Ouvriers du Livre et du Journal, Paris, 1971, pp. 42, 293 et suivantes. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979.

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