Né le 5 juillet 1912 à Campeaux (Calvados), mort le 16 janvier 1969 à Caen (Calvados) ; instituteur, puis professeur de collège (Lettres) ; écrivain ; fondateur de la « société des Écrivains et Artistes du Peuple » et de la revue Faubourgs.

Fils unique issu d’une famille d’instituteurs et de cultivateurs du Bocage, Fernand Henry fut élevé par ses grands-parents paternels après la mort de son père, Jules Henry, tué à la guerre en 1917. Après des études primaires supérieures au collège de Vire, il passa le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Caen, et, à sa sortie, exerça dans le Calvados, à Dives-sur-Mer et Saint-Georges-en-Auge. Mobilisé en 1939, fait prisonnier et déporté en Allemagne en 1940, il s’évada en 1941 avec deux camarades, passa la ligne de démarcation à Tours. Arrêté dans cette ville, puis relâché, vivant clandestinement, il se réfugia à Toulouse où l’Inspection académique lui procura un poste. Après son mariage, en 1943, il regagna la Normandie avec sa femme, institutrice, et il exerça successivement à Manerbe, Mondrainville, Verson, Caumont-l’Éventé, puis au lycée de Caen, de 1954 à 1963, et enfin au CES, de 1963 à 1967, année où il prit sa retraite.
« Élevé dans un milieu catholique paysan et petit-fils et petit-neveu d’instituteurs plutôt anticléricaux (son grand-père avait rédigé un « catéchisme » à l’usage du libre-penseur), a écrit Mme Alice Henry, sa veuve, Fernand était le plus tolérant des hommes, libre-penseur, mais non point rationaliste, bien qu’il eût fréquenté le Cercle rationaliste de Caen. Il n’avait jamais adhéré à aucun parti politique, mais s’était trouvé en relations suivies avec des camarades anarchistes. Nous lisions Le Libertaire, L’Unique d’Émile Armand, Défense de l’Homme de Lecoin... Il était membre du SNI, sans avoir cependant milité, et sa sympathie allait à la tendance École Émancipée... »
Mais Fernand Henry milita sur un plan différent, celui de la culture et de la littérature d’expression populaire. En 1931, il fonda, avec quelques amis le groupe des « Artistes populaires » qui publiera, au cours des années suivantes, vingt-neuf numéros d’un périodique littéraire et artistique, La Tribune des Jeunes. En 1946-1947, poursuivant son action d’avant-guerre, mais voulant l’intensifier, il créa, avec ceux qui l’avaient aidé à fonder le groupe des « Artistes populaires », la « Société des écrivains et artistes du Peuple ». La SEAP organisa des expositions artistiques et littéraires (Lisieux, Caen), créa des jeux floraux (Charles Plisnier et Philéas Lebesgue firent partie des membres du jury), publia une enquête de Fernand Henry pour un périodique de culture et d’expression populaire réalisé coopérativement, prépara la constitution d’une coopérative d’édition. En septembre 1947, une réunion groupant des représentants de la SEAP, des Cahiers du Peuple, de Peuple et Poésie (Jean l’Anselme), des cercles nordiques « Élan », décida la création d’une fédération de ces mouvements. Fernand Henry assuma le poste de secrétaire d’un comité fédéral provisoire, et il fut stipulé que la revue Les Cahiers du Peuple serait considérée comme l’organe officiel de la SEAP, et ouvrait ses colonnes à une rubrique « Vie de la société », des représentants des groupes fédérés entrant au comité de rédaction des Cahiers du Peuple. Des équipes rédactionnelles furent constituées et il fut fait appel à des collaborations bénévoles pour recueillir, dans chaque région, des informations sur la vie artistique, littéraire et culturelle. Mais Les Cahiers du Peuple, qui venaient de publier leur troisième numéro, durent, par manque de moyens financiers, interrompre leur parution. Cependant, quelques mois plus tard, en janvier 1949, paraissait le numéro 1 de Faubourgs, « Cahiers périodiques de culture et d’expression populaire ». Fernand Henry en était le directeur et R. Pécheyrand l’administrateur. Les numéros suivants furent imprimés à Aurillac, mais ce premier numéro de six pages fut imprimé par Fernand Henry sur une petite presse à l’usage de ses écoliers. Fernand Henry y indiqua que Faubourgs, organe de la SEAP, devait servir aux abonnés d’une part sous la forme de Cahiers trimestriels, d’autre part sous la forme de Bulletins périodiques « plus éclectiques et faisant appel à la collaboration d’un plus grand nombre d’adhérents ». Cette tentative, malgré l’opiniâtreté de Fernand Henry et de la plupart de ses amis — en particulier Henri Frossard et Robert Proix —, et le tirage de la revue qui atteignit huit mille exemplaires, malgré l’intérêt des textes publiés, devait être de courte durée. Les Cahiers ne parurent que huit fois, et le périodique, devenu « publication mensuelle encyclopédique pour la culture individuelle et l’expression littéraire et artistique du peuple », n’alla pas au-delà du douzième numéro. En 1951, Fernand Henry donna sa démission de secrétaire de la SEAP et, dans le numéro 12 (juillet 1951) de Faubourgs, après une réponse à quelques détracteurs et une mise au point sur les difficultés accrues de l’édition et la défection de trop nombreux souscripteurs aux Cahiers, il indiqua qu’il assumerait seul, désormais, la rédaction et l’administration de la revue dont le secrétariat avait été transféré à Paris. En 1953, Faubourgs fusionna avec la revue Impressions-Nos amis Les Livres. Celle-ci résultait déjà d’une précédente fusion, en mai 1952, entre la petite revue Impressions, que Maurice Pernette faisait paraître depuis avril 1951, et Nos amis Les Livres de Pierre Clairac. La nouvelle revue reprit le titre d’Impressions, avec Pierre Clairac, comme directeur, mais n’eut que quatre numéros. Les derniers efforts de Fernand Henry pour maintenir la présence de Faubourgs, se concrétisèrent, pour finir, dans la page littéraire du Combat prolétarien de Sottevast (Manche), pendant sept numéros (le dernier parut en septembre 1955). Fernand Henry, malgré tout, n’avait pas renoncé à faire revivre les cahiers de Faubourgs, et il espérait pouvoir se consacrer à ce travail au moment de sa retraite, — mais la maladie et sa mort prématurée empêchèrent la réalisation de ses projets.
Fernand Henry était marié et père de deux enfants.

ŒUVRE : Soleils couchants, poèmes (Imprimerie T. Beaufils, Vire, 1933). — Cosmographies (Imprimerie H. Robin, Caen, 1934). — Le Passage des Oiseaux, poèmes, (Éd. de Faubourgs, 1950).

SOURCES : Collection de Faubourgs. — Présence des Lettres et des Arts (A. Pourtier, 58570 Arquian), mars 1973 et janvier 1975. — Correspondance de Mme Henry et d’Henri Frossard.

Jean Prugnot

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