Né le 13 octobre 1911 à Manois (Haute-Marne), mort le 21 novembre 1994 à Paris (XIVe arr.) ; rédacteur à la Préfecture de la Seine ; secrétaire (1948-1951), puis président (1951-1967) de la Fédération générale des syndicats (chrétiens) de fonctionnaires, CFTC puis CFDT, membre du conseil confédéral et du bureau confédéral de la CFTC puis de la CFDT (1953-1970), vice-président de la CFTC puis de la CFDT (1957-1967) et responsable du secteur politique confédéral, président de la CFDT (1967-1970), président du groupe CFTC puis CFDT au Conseil économique et social (1959-1969) ; animateur d’Objectif socialiste (1972-1975), membre du comité directeur du PS (1975-1977), président du CLAP (1976-1982), cofondateur et administrateur de la « fonda » (1981-1994).

André Jeanson était le fils d’Eugène Jeanson, instituteur dans une petite école privée du village de Manois, dans l’arrondissement de Chaumont, et de Marie Guyot. Boursier, il fit ses études secondaires à l’école de l’Immaculée conception de Saint-Dizier jusqu’en 1929. À partir de 1930, il s’installa à Paris pour y poursuivre des études à la Faculté de Droit et à l’Institut catholique. Il décrocha une licence de Lettres ainsi qu’une licence de Droit en 1933. Parallèlement, il exerça des fonctions de surveillant au collège Saint-Jean de Passy jusqu’en 1935, avant d’effectuer son service militaire. S’il n’adhéra à aucun mouvement de jeunesse au cours de ces années, il n’en suivit pas moins l’activité de son frère, curé en Haute-Marne, l’un des fondateurs de la JOC locale, et accompagnait celui-ci lorsqu’il venait à Paris suivre les réunions nationales de l’ACJF et de la JOC. Il fut un lecteur régulier de L’Aube et de l’hebdomadaire Sept. À l’été 1936, il réussit le concours de rédacteur à la Préfecture de la Seine. Sur le conseil de son frère, il écrivit au syndicat chrétien de la Préfecture pour connaître son affectation. À l’automne, dès son entrée en fonction, il prit sa carte de la CFTC.
Cette adhésion « utilitaire », selon ses propres termes, ne l’empêcha pas de s’y montrer assez actif. Il monta au sein de son petit syndicat une section pour cadres administratifs, participa à des journées d’études de la Fédération générale des syndicats chrétiens de Fonctionnaires, prit pour la première fois la parole à un meeting contre les décrets-lois Reynaud en 1938.
Mobilisé à la déclaration de guerre, il fut fait prisonnier à Dunkerque en juin 1940, puis envoyé en Allemagne jusqu’à sa libération le 15 avril 1945. De retour à Paris, il reprit ses fonctions au mois de juin en tant que sous-chef de bureau. Si l’équipe de son syndicat avait pu redémarrer sans changement majeur, la configuration politique à l’Hôtel de Ville était bien différente. Pour contrebalancer la puissance de la CGT et du PCF, l’administration cherchait alors à s’appuyer sur la CFTC. Celle-ci obtint la création d’un poste de représentant syndical auprès du préfet, chargé de faire la liaison avec le personnel. Dès son retour, Jeanson occupa cette fonction de permanent rémunéré par l’administration, avec voiture et chauffeur. En juin 1946, il épousa à Paris l’une de ses collègues rédactrices (et camarade du syndicat chrétien de la Préfecture), Suzanne Billot, avec laquelle il eut six enfants entre 1947 et 1959. En 1948, il devint administrateur de la ville de Paris et de la Préfecture de la Seine.
Parallèlement, son rayon d’action syndical s’élargit rapidement. À la fin de l’année 1945, il fut nommé secrétaire général d’un éphémère cartel chrétien des services publics, mis en place à l’occasion des nationalisations. À ce titre, il commença à fréquenter les milieux confédéraux et fit même partie d’une délégation reçue par le général de Gaulle. Membre du conseil et du bureau de la Fédération générale des Fonctionnaires, il en fut élu président en 1951. La plupart des organisations de fonctionnaires se reconnaissaient dans la majorité confédérale, à l’exception majeure du SGEN. André Jeanson s’attacha à éviter que les conflits de tendance qui divisaient la centrale ne se répercutent au sein de sa fédération. Dès mai 1948, lors de son premier congrès confédéral, il intervint dans le sens de l’apaisement et fut désigné comme rapporteur d’une commission extraordinaire, dite des « 21 », qui élabora une charte des droits et devoirs de la minorité. Remarqué par Maurice Bouladoux, il fut appelé à travailler régulièrement avec celui-ci et quelques dirigeants confédéraux comme Roger Reynaud. Majoritaire par « affinité » avec cette équipe, mais sans avoir lui-même été marqué par l’appartenance à un mouvement de jeunesse donné (ni JOC, ni Jeunesses syndicalistes chrétiennes), il conservait une certaine liberté de manœuvre à l’égard des tendances et réseaux, et pouvait plus facilement œuvrer au rapprochement. Au lendemain de la grave crise interne de 1952 où les minoritaires démissionnèrent du bureau confédéral, il s’attacha « dans la coulisse », sous l’impulsion de Maurice Bouladoux, à créer les conditions d’une réconciliation. Sur le plan idéologique, l’aboutissement de ce travail fut l’adoption au congrès de mai 1953 d’un rapport intitulé La CFTC face aux responsabilités du syndicalisme moderne, élaboré par une équipe réunissant majoritaires et minoritaires, dans laquelle Jeanson joua un rôle-clé. Au compromis sur les idées s’ajouta le compromis sur les structures, qui fut l’occasion pour lui d’être désigné par sa fédération au conseil confédéral et d’être élu au bureau confédéral, nouvel organe exécutif de la confédération. Il devint même, dès ce moment, aux côtés de Théo Braun et de Roger Reynaud, membre de la petite équipe informelle réunie quotidiennement autour du nouveau président de la CFTC, Maurice Bouladoux, pour examiner les questions importantes. Au cœur du pouvoir confédéral, il suivit plus spécifiquement les problèmes politiques, surtout à partir de l’expérience Mendès France. Le déclenchement de la guerre d’Algérie et l’avènement du Front républicain achevèrent de le convaincre de la nécessité d’un prolongement politique de l’action syndicale. Parallèlement, ce contexte favorisa un ultime rapprochement avec les minoritaires, dont Jeanson, devenu vice-président de la CFTC, fut un acteur important, et qui aboutit à la fin de l’année 1957 à l’entrée de dirigeants de la minorité au bureau confédéral. Cet accord fut l’occasion d’une répartition plus formalisée des tâches et d’une réorganisation du secrétariat confédéral avec la création officielle de six « secteurs » spécialisés, dont un petit « secteur politique », confié à André Jeanson.
Dans la période de transition qui s’ouvrit alors, il s’employa à faciliter l’ascension du minoritaire Eugène Descamps, qui accéda au secrétariat général en 1961. Il l’appuya dans la préparation de la déconfessionnalisation, notamment en essayant de limiter les défections de sa propre fédération. Assez tôt « converti » (M. Branciard) à la perspective de l’indépendance de l’Algérie, il se trouva par ses fonctions au centre des tractations officieuses visant à peser en faveur des négociations. Il rencontra ainsi en mai 1961, aux côtés de Descamps et Braun, les dirigeants de l’UGTA et même Fehrat Abbas à Tunis. Il participa à une seconde démarche en ce sens le mois suivant à Genève. Cette action en faveur de la paix supposait des contacts réguliers et discrets avec les autres forces politiques et syndicales françaises, tâche délicate dont il s’acquitta avec diplomatie et opiniâtreté. Au-delà du règlement du conflit algérien, ces ponts jetés dans des directions très diverses avaient un second objectif : aider à la recomposition d’un champ politique dévasté par l’effondrement de la IVe République, en particulier du côté de la gauche non communiste. Pour Jeanson, il s’agissait, face au bloc PCF-CGT, de rechercher les voies d’un regroupement et d’un renouveau de la gauche démocratique, des chrétiens jusqu’aux socialistes, en s’appuyant sur les « forces vives » représentées par les syndicats ouvriers, paysans, étudiants et les clubs. Dans un premier temps, en 1958-1959, il esquissa, avec Théo Braun, toujours « à titre personnel », différentes formules (« Centre démocratie et travail », « Rassemblement des forces démocratiques ») visant, sur les ruines du MRP, à lancer une formation politique de type nouveau animée par des militants des « forces vives », souvent formés par les mouvements d’Action catholique. Rejetée par Reconstruction comme un simple « replâtrage du MRP », la tentative avorta rapidement. L’échec de ces interventions directement politiques et la consolidation des liens noués au cours de la période avec les dirigeants du CNJA conduisirent Jeanson à privilégier à l’automne 1962 la création d’une « sorte de club Jean-Moulin à caractère syndical », le « Groupe de recherches ouvrier-paysan » (GROP), dont il fut président, et dont les deux figures de proue furent Eugène Descamps et Michel Debatisse. Le GROP alimenta la réflexion politique par des travaux menés en collaboration étroite avec les experts de Jean-Moulin. En décembre 1963, en cosignant un Manifeste des clubs moderniste, Jeanson franchit un pas supplémentaire en associant le GROP à la candidature Defferre à l’élection présidentielle. La défiance du conseil confédéral, mais aussi ses propres réserves à l’égard du candidat, le contraignirent à la prudence, et sa participation à l’équipe de campagne resta modeste, jusqu’au renoncement final du maire de Marseille. Cet échec, imputable selon lui tant à la tradition « antipolitique » du syndicat qu’à l’archaïsme des partis parlementaires, ne lui fit pas perdre de vue son objectif à long terme. Il souhaitait pourtant abandonner ses responsabilités confédérales au congrès de 1967. Mais la démission imprévue de Georges Levard* le conduisit à lui succéder à cette date en tant que président confédéral, son adjoint Albert Détraz le remplaçant à la tête du secteur politique. Avant comme après 1967, il poursuivit sa politique de contacts tous azimuts, Descamps lui laissant « la bride sur le cou ». Le centre étant désormais hors-jeu, il privilégia les liens avec la nouvelle gauche (PSU, Rencontre socialiste de Grenoble en 1966) ainsi qu’avec la FGDS, avec pour ambition de faire de la CFDT l’opérateur de l’unification et de la rénovation du socialisme français. Il vit dans le mouvement de Mai 1968 une occasion exceptionnelle d’accélérer les choses, et, comme d’autres responsables cédétistes, fut très sensible à la force de renouveau portée par le mouvement ouvrier et étudiant. Présent à Billancourt à l’issue de Grenelle, aux côtés de Georges Séguy et Benoît Frachon, il y tint un discours très combatif. Il resta constamment en liaison avec les responsables politiques, cherchant notamment à décider Pierre Mendès France à se déclarer, et, face au danger de vide du pouvoir, décida avec Descamps, le 29 mai, de lancer un appel public à l’ancien président du Conseil.
Au lendemain des événements, la CFDT avait acquis un prestige nouveau, contrastant avec l’état de grande faiblesse du socialisme politique. Ce contexte incita plusieurs personnalités de la nouvelle gauche (André Salomon, Gilles Martinet…) à envisager la candidature de Jeanson à la présidence de la République après le « non » au référendum gaullien. Le bureau confédéral opposa son veto catégorique, au nom de l’indépendance syndicale. Jeanson continuait cependant à réfléchir aux formes que pourrait prendre une collaboration entre syndicats et partis. Sur le plan interne, le refus d’Eugène Descamps de cautionner la radicalisation de l’après-68 l’amena à prendre en charge le rapport d’orientation (Perspectives et stratégie) pour le congrès de 1970, rédigé en collaboration avec Marcel Gonin*. Point d’équilibre délicat au sein de la confédération, ce texte exprimait néanmoins un très net virage à gauche, la CFDT se reconnaissant désormais dans la lutte de classe et le socialisme autogestionnaire. L’ancien « majoritaire » de la CFTC, au moment même où il quittait ses responsabilités syndicales, associait ainsi son nom au « gauchissement » (Paul Vignaux) de la CFDT.
Sa retraite syndicale ne lui fit pas perdre de vue son objectif de rénovation de la gauche socialiste. Il continua à militer au sein du mouvement de la Gauche européenne, dont il fut vice-président à partir de 1970. Il fonda un petit Centre de recherches et d’initiatives socialistes (CRIS) en 1971, avec quelques camarades de la CFDT, adhéra la même année à Objectif 72 de Robert Buron, qu’il contribua en 1972 à transformer en Objectif socialiste, par fusion avec le CRIS. À la mort de Buron, en 1973, il fut le principal animateur du groupe. Il fit d’abord le choix du rapprochement avec le PSU et de petites formations se réclamant de l’autogestion, dans le cadre du Comité de liaison pour l’autogestion socialiste (CLAS). Mais l’échec d’un regroupement autogestionnaire autonome, la faiblesse du PSU et la dynamique de la campagne présidentielle de Mitterrand le conduisirent, parallèlement à la direction de la CFDT, à participer au renforcement du PS. André Jeanson fut ainsi l’une des chevilles ouvrières des Assises du socialisme qui se tirent en octobre 1974, au nom de la « troisième composante ». Il adhéra au PS et intégra son comité directeur jusqu’en 1977, brève expérience qu’il dit avoir « très mal vécue », sans pourtant remettre rétrospectivement en cause son choix de 1974.
Les deux dernières décennies de son activité furent surtout consacrées au mouvement associatif, et tout particulièrement à la question de l’immigration. Il fut de 1976 à 1982 président du CLAP, Comité de liaison pour l’alphabétisation et la promotion (des travailleurs étrangers), dont Robert Buron fut le premier président, et qu’il orienta vers la reconnaissance d’une société interculturelle. Il fut en 1981 co-fondateur de la « fonda », association pour la promotion de la vie associative comme facteur de développement de la démocratie. Il travailla à la reconnaissance du droit d’association des immigrés, puis au soutien de leur activité associative, selon lui moyen privilégié d’insertion dans la société française. Il continua à suivre de près la vie politique et celle de la CFDT (à la veille de sa mort, il était toujours administrateur de la Maison des travailleurs confédérés qui gère le patrimoine immobilier de la centrale), sans prendre publiquement position sur l’évolution de son ancienne organisation.
Fait chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1963, il avait été promu officier en 1982 et sa décoration lui avait été remise par François Mitterrand.

SOURCES : Arch. confédérales CFDT, dossier personnel ; fonds personnel (Voir l’inventaire en ligne) ; secrétariat confédéral (secteur politique) ; arch. sonores : interview par Pierre Autexier et Louisette Battais ; notice inventaire archives CFDT, par Louisette Battais ; hommages (Nicole Notat, 25 novembre 1994 ; Edmond Maire, 14 décembre 1994). — Arch. interfédérales CFDT, Fédération générale des Fonctionnaires. — Arch. du Centre d’histoire de l’Europe du XXe siècle (CHEVS), fonds André Jeanson. — Gérard Adam, La CFTC 1940-1958. Histoire politique et idéologique, Armand Colin, 1964. — Michel Branciard, Histoire de la CFDT. 70 ans d’action syndicale, La Découverte, 1990 ; Syndicats et partis. Autonomie ou dépendance. t. 2 : 1948-1981, Syros, 1982 ; Un Syndicat dans la guerre d’Algérie. La CFTC qui deviendra CFDT, Syros, 1984. — Pierre Cours-Salies, La CFDT. Un passé porteur d’avenir, La Brèche-PEC, 1988. —Frank Georgi, L’Invention de la CFDT 1957-1970, L’Atelier, CNRS, 1995 ; Eugène Descamps, chrétien et syndicaliste, L’Atelier, 1997. — Guy Groux, René Mouriaux, La CFDT, Économica, 1989. — Hervé Hamon, Patrick Rotman, La Deuxième gauche. Histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Ramsay, 1982. — Paul Vignaux, De la CFTC à la CFDT. Syndicalisme et socialisme : « Reconstruction » 1946-1972, Éd. Ouvrières/l’Atelier, 1980. — Gaëlle Haoudji, Un groupe d’études et d’action politique : Objectif 72, Objectif socialiste (1967-1974), mémoire de maîtrise d’histoire, Paris 1, 1997. — François Kraus, Les Assises du socialisme ou l’échec d’une tentative de rénovation d’un parti, Notes de la Fondation Jean Jaurès, 31, juin 2002. — La tribune fonda, n° spécial : « André Jeanson, l’homme juste », 108, décembre 1994. — Who’s who in France. – Nécrologie du Monde, 24 novembre 1994. - Entretien avec l’auteur, 13 novembre 1990. — Notice DBMOF, par Jean Maitron. — Notes Jeanne Siwek-Pouydesseau. — État civil.

Frank Georgi

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