JEANJEAN Raoul, Alexandre

Par Paul Boulland, Claude Pennetier

Né le 14 septembre 1909 à Alignan-du-Vent (Hérault), mort le 11 décembre 1962 à Massy (Seine-et-Oise, Essonne) ; ouvrier agricole (viticulteur) ; militant communiste de l’Hérault puis de la Seine, secrétaire de Maurice Thorez* (1939, 1946-1948), responsable national aux cadres (province) dans la clandestinité, secrétaire de la section agraire (1949), puis de la commission centrale de contrôle politique (1949-1962) du PCF ; résistant, déporté.

La famille de Raoul Jeanjean, de longue tradition républicaine et laïque, s’établit en 1910 à Jonquières (Hérault) où son père exploitait une petite propriété viticole. Titulaire du certificat d’études primaires, Raoul Jeanjean poursuivit ses études au cours complémentaire de Gignac (Hérault) durant deux ans et demi. Après la mort de son père, en février 1924, sa mère dut élever seule ses cinq enfants. Aîné de la famille, Raoul Jeanjean quitta aussitôt l’école pour travailler comme ouvrier agricole. Sa mère fut contrainte de céder une partie des vignes familiales et exerça divers métiers (femme de ménage, journalière, cuisinière). Appelé pour le service militaire en 1928, Raoul Jeanjean fut réformé au bout de huit jours en tant que soutien de famille et grâce aux relations de son tuteur. Souffrant de surcroît d’une affection pulmonaire, il partit pour un an en sanatorium.

À Jonquières, Raoul Jeanjean connut Étienne Fajon*, originaire lui aussi de la commune où son père fut maire radical à partir de 1919. Impliqué dans la vie locale, notamment comme secrétaire d’une société sportive de football, Raoul Jeanjean fut élu conseiller municipal en 1935. Déjà sympathisant du Parti communiste français, il n’adhéra toutefois qu’en avril 1936, lorsqu’il put constituer, avec l’aide d’Alfred Biscarlet*, une cellule de huit militants dont il assura le secrétariat. Raoul Jeanjean devint aussitôt secrétaire adjoint de la section de Clermont (Hérault), chargé du canton de Gignac, où, à la faveur du Front populaire, il parvint à recueillir de nombreuses adhésions et à créer plusieurs cellules. En août 1936, il devint secrétaire de la section de Gignac. Après avoir suivi une école inter-régionale à Béziers, en août 1937, il devint membre du comité régional Aude-Hérault, à partir de l’automne et fut délégué au IXe congrès du PCF (Arles, 25-29 décembre 1937). À Jonquières, il fut également secrétaire du comité local d’aide à l’Espagne républicaine et du comité du Front populaire. Militant du syndicat des ouvriers agricoles dont il fut secrétaire adjoint et membre de la coopérative locale de distillation des marcs, il se considérait « très lié aux masses paysannes dans [son] village. » Il fut candidat du PCF au conseil d’arrondissement et, par deux fois, au conseil général dans le canton de Gignac en 1937 et 1938.

« Bien connu d’Étienne Fajon » selon la commission des cadres et classé parmi les militants « à suivre » (biographie classée AS) Raoul Jeanjean devint permanent et fut envoyé à l’école centrale de six mois d’octobre 1938 à mai 1939. Nommé au bureau régional Aude-Hérault, il fut rapidement affecté à Paris, au secrétariat de Maurice Thorez*, à partir de juin 1939. Après l’interdiction du Parti communiste, Raoul Jeanjean devint adjoint d’Arthur Dallidet*, chargé en particulier des planques des dirigeants. Le 12 juin 1940, il accompagna Benoît Frachon* et Arthur Dallidet*, partis de Paris avec Jeannette Têtard, Georgette Cadras* et Claudine Chomat* pour rejoindre la Haute-Vienne. Raoul Jeanjean travailla avec ce groupe qui s’efforçait de réorganiser le parti en zone sud. Lorsque Benoît Frachon chercha à renouer le contact avec l’Internationale communiste, Raoul Jeanjean, accompagna Marguerite Montré* envoyée, sans succès, auprès de l’ambassade soviétique à Vichy, se faisant passer pour son chauffeur.

Après le retour à Paris de Frachon et Dallidet, Raoul Jeanjean resta basé à Limoges (Haute-Vienne), comme responsable aux cadres pour la zone non-occupée. La police de l’Hérault ayant remarqué que la présence de tracts communistes coïncidait avec ses brefs séjours à Jonquières, son domicile fut perquisitionné et un mandat d’arrêt fut lancé contre lui par le juge d’instruction de Montpellier (Hérault). En mars 1941, il fut arrêté à Limoges où il séjournait dans un hôtel sous sa véritable identité. Lors de son transfert vers Montpellier, il parvint à s’échapper en gare de Toulouse (Haute-Garonne). Il fut condamné par contumace à cinq ans de travaux forcés. Dès son évasion, Raoul Jeanjean reprit contact avec l’organisation communiste, devenant responsable aux cadres pour l’ensemble de la province. Il fut à nouveau arrêté en mai 1942 à Paris. Selon ses autobiographies d’après-guerre, les brigades spéciales de Puteaux l’interpelèrent porte de Bagnolet, le 13 mai 1942, à l’issue d’un rendez-vous avec Jean Laffite*, pris en filature et arrêté le lendemain, tout comme André Leroy*. Le rapport des renseignements généraux de juillet 1942 date pour sa part l’arrestation du 18 mai 1942. Il indique qu’après « une longue enquête et des filatures délicates, il a été procédé à l’arrestation de trente mlitants qui avaient reconstitué clandestinement l’ex région Paris-Ouest : Jean Laffitte, Jules Leroy (sic), Raoul Jeanjean, ex maire communiste de la Jonquières (sic), objet d’un mandat d’arrêt du parquet de Limoges et qui avait réussi à s’évader de la gendarmerie où il était détenu, Jean-Pierre Lloubes… ».

Après huit jours d’interrogatoire musclé au commissariat de Puteaux, Raoul Jeanjean fut incarcéré au secret à la prison de la Santé durant près d’un an. Condamné à un an de prison par la cour spéciale, sa peine étant déjà purgée, il fut envoyé au camp des Tourelles. Lors d’un transfert vers Paris, il tenta de s’évader mais fut aussitôt repris et envoyé à Fresnes où il subit cinq mois de cachot. Il fut déporté vers l’Allemagne en octobre 1943, comme « nuit et brouillard » et arriva à Mauthausen le 17 octobre 1943. Responsable politique au camp annexe de Wiener Neudorf (Autriche), il fut libéré fin avril 1945 par l’avancée des troupes soviétiques.

De retour en France, Raoul Jeanjean réintégra l’appareil permanent du PCF et le secrétariat de Maurice Thorez, à partir d’octobre 1945. En février 1946, il fut mis à la disposition de la section agraire dont il assura le secrétariat de novembre 1946 à mars 1948. À cette date, il fut nommé secrétaire de la commission centrale de contrôle politique du PCF (CCCP). Raoul Jeanjean assura avec discrétion cette fonction clé du dispositif d’encadrement durant près de quinze ans, se chargeant du suivi de multiples « affaires », d’enquêtes sur les cadres ou sur la clandestinité, des demandes de réadhésion de militants exclus, etc. En tant que responsable aux cadres adjoint dans la clandestinité, il avait lui-même été entendu par la première commission d’enquête sur l’affaire Déziré*, menée par Charles Siquoir. Tombé gravement malade au cours de l’année 1962, Jeanjean fut remplacé par Jules Decaux*, nommé par le secrétariat du parti en juin 1962, qui prit effectivement ses fonctions en janvier 1963.

Le 10 mars 1947 à Paris (IXe arr.), Raoul Jeanjean épousa Nadège Sauvage, fille de Suzanne Girault* et de François Sauvage, employée, militante communiste. Ils avaient un enfant en 1949.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article87467, notice JEANJEAN Raoul, Alexandre par Paul Boulland, Claude Pennetier, version mise en ligne le 12 avril 2010, dernière modification le 23 août 2010.

Par Paul Boulland, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI 495/270/4212, autobiographies datées du 21 août 1937 et du 21 août 1938 (dossier classé « AS »). — Arch. PPo., activités communistes pendant l’Occupation, carton 6.— Arch. du comité national du PCF. — Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti : 1939-1940, Temps actuels, 1983. — Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 1940 : la négociation secrète, Éditions de l’Atelier, 2006. — Jacques-Augustin Bailly, La Libération confisquée : le Languedoc 1944-1945, Albin Michel, 1993. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément