Né le 10 octobre 1896 à Champlemy (Nièvre), mort le 9 août 1975 à Paris (XIVe arr.) ; instituteur, journaliste, écrivain, critique d’art.

« Né dans un milieu paysan des plus modestes, très vite j’avais été frappé et ulcéré par la condition des ouvriers agricoles, — on disait domestiques de ferme, valet de ferme, fille de ferme — qui, jusqu’à 1918, n’avait pas changé depuis le Moyen Îge », confiait Henri Hisquin. Sur son acte d’état civil son père est dit domestique. et sa mère lingère.
Excellent élève de l’école primaire, boursier d’État au collège à Corbigny, devenu instituteur, Hisquin débuta en publiant une nouvelle, Loin du Ciel, histoire d’une fille de ferme, précisément, dans Les Marges d’Eugène Montfort que lui avait fait connaître Maurice Leblond, gendre de Zola. Collaborateur régulier ou épisodique de divers journaux et revues, ses essais évocateurs sur Claude Tillier et sur Mon Oncle Benjamin furent remarqués par Romain Rolland qui imposa, en 1929, aux Éditions Rieder, son livre : La Concession perpétuelle numéro 314, dédié à son grand-père Henri Vernillat, décédé en 1924. Dans l’avertissement, en tête du livre, Henri Hisquin notait : « ... Ce n’est point ce que l’on a coutume d’appeler un roman... Il n’y a pas de récit, mais juxtaposition de récits, de scènes et de tableaux, fragments pittoresques de la vie du village à une époque significative, à cheval sur la période de guerre... » Dans cette œuvre, Henri Hisquin a voulu faire surgir tous les habitants d’un village dans leur disparité, car — comme il le faisait remarquer : « L’âme paysanne, malgré son apparente simplicité, est trop complexe pour qu’on puisse la mettre en relief en faisant se mouvoir deux ou trois personnages, même synthétiques », et cependant : « Si j’ai fait mouvoir mes personnages dans un cadre vrai, précise-t-il, je n’ai point fait œuvre régionaliste. Je ne me suis pas attaché aux détails (costume, condition du paysan inhérente à la région, façons spéciales de travailler, patois, etc.). Mes paysans sont les paysans de partout. » Son texte était marqué par un esprit social et un peu anticlérical : « Il est vrai que les curés ont bien emmené la petite Madeleine à Lourdes, histoire de lui rallonger sa jambe trop courte et qu’ils sont revenus bredouilles de miracles ; leur nez seuls s’étaient allongés de dépits. »
En 1932 parut La Hantise du sol, dont l’éditeur n’avait pas voulu retenir le titre initial : La Patouille. En 1936, Les Cahiers du Centre publièrent Plaisirs des Paysans, suite de récits hauts en couleur, écrits dans une langue directe, parfois triviale, qu’Henri Hisquin dédiait à Pierre Breughel Le Vieux, « le peintre génial des kermesses drôles, orgiaques et débraillées ». Hisquin a rappelé que, vers 1925, L’Humanité avait commencé de publier un de ses récits, Les Pègres, mais que la publication en fut arrêtée « parce que les lecteurs se plaignaient des scènes réalistes et des expressions crues ou scatologiques », et Marcel Cachin lui avait écrit, à ce propos, que « L’Humanité arrivant chaque matin dans des foyers ouvriers où il n’est pas question d’acheter un autre journal, elle est lue par tous, les parents et les enfants, les jeunes filles... ». « Et, en réalité, il avait raison... », concluait Hisquin, admettant ainsi que le non-conformisme et la verdeur de son écriture ne puissent convenir à tout le monde... Henri Hisquin demeura ensuite de longues années sans publier aucun livre, bien qu’il ait eu en réserve de nombreux manuscrits. « Ce sont mes amis qui, le cas échéant, traitent avec les éditeurs, révélait-il à la fin de sa vie. Personnellement, je n’ai aucun contact avec eux »... C’est ainsi que Les œuvres libres publièrent de lui d’importantes nouvelles que son ami Édouard Peisson avait signalées à Armand Lanoux. La dernière, Les Processionnaires, parut en 1960.
Soutien du Front populaire, admirateur de Léon Blum, il fut ami avec Amédée Dunois également originaire de la Nièvre. Domicilié dans la XIVe arr. de Paris, il appartenait à l’association l’Aiguillon qui réunissait artistes et écrivains originaires du Nivernais présents à Paris.
Henri Hisquin s’était marié le 16 mars 1922 à Paris XIIe arr. avec Lucie Renouard. Il était chevalier de la Légion d’honneur.

ŒUVRE : La Concession perpétuelle numéro 314, récits, Éd. Rieder, Paris, 1929. — La Hantise du sol, roman, La Nouvelle Revue Critique, Paris, 1932. — Plaisirs des Paysans, récits, Les Cahiers du Centre, Moulins, 1936. Nouvelles parues dans Les œuvres Libres, Éd. A. Fayard, Paris. Il a laissé des inédits.

SOURCES : Correspondance d’Henri Hisquin. — État civil. — Dossier communiqué par la mairie de Champleny en août 2010.

Jean Prugnot

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