Né le 24 mai 1896 à La Machine (Nièvre), mort le 31 mars 1990 à Paris (VIe arr.) ; successivement domestique de ferme, mineur, maître d’hôtel, bouquiniste, écrivain.

Issu d’une famille d’ouvriers mineurs de La Machine, Louis Lanoizelée passa une partie de son enfance chez ses grands-parents maternels. En 1905, il vint rejoindre ses parents qui, à cette époque, habitaient Paris dans le XIVe arr., et fréquenta l’École communale rue d’Alésia, puis rue Falguière. Après avoir obtenu son Certificat d’études primaires en 1908, il trouva un emploi de facteur bouliste aux PTT, rue de Grenelle ; mais, en 1910, revint avec ses parents à La Machine où il travailla d’abord comme domestique dans plusieurs fermes. Il fut apprenti charron pendant cinq mois avant d’être embauché, en 1912, à la Compagnie des Mines, la houillère de La Machine ayant été rachetée en 1864 par la firme Schneider du Creusot. Travaillant d’abord en surface, il descendit au fond en 1914 lorsque la guerre commença à provoquer une pénurie de main-d’oeuvre. Adhérent à la CGT, mais trop jeune encore pour militer, dit-il, il demeura à la mine jusqu’en août 1915 et, le 15 de ce mois, il fut mobilisé au 10e Régiment d’Infanterie à Auxonne (Côte-d’Or). En 1916, il rejoignit le 117e RI en Alsace et fut sur le front de Champagne et des Ardennes pendant les années 1917 et 1918. Démobilisé le 25 septembre 1919, il sortit de la guerre « avec une horreur farouche, confiera-t-il, d’avoir un fusil dans les mains, même pour aller à la chasse ». En 1920, il se retrouva manoeuvre à la mine, et se maria, le 17 septembre 1921, avec Pauline Leblanc. Il quitta de nouveau son pays natal, s’engagea comme domestique à Pont-de-l’Arche (Eure), et, l’année suivante, trouva un emploi de maître d’hôtel à Paris, 44 rue du Cherche-Midi, dans lequel il resta quatre ans. En 1928, il revint à La Machine, y exerça le métier de charretier pendant un an, puis repris un poste de maître d’hôtel à Paris, 44 rue de Varennes. En 1930, naquit sa fille Jeanne. Dès lors, Lanoizelée ne quitta plus Paris. Infatigable liseur, habitué des quais, il s’établit, en 1935, bouquiniste quai des Grands-Augustins et habita rue Gît-le-Coeur.
Louis Lanoizelée publia un premier article en 1931 (consacré à Pierre Loti) dans le Mercure de France. D’autres suivirent, à partir de 1936 — récits, contes, biographies — dans divers périodiques : Le Peuple, L’Émancipation Paysanne, Les Cahiers Bourbonnais, etc... Lanoizelée se lia avec Henri Pitaud, Henry Poulaille, René Bonnet, Ferdinand Teulé, Maurice Lime, Maurice Pernette, et d’autres écrivains comme Édouard Peisson, Daniel Halévy, Émile Guillaumin ou Marguerite Audoux à laquelle il rendit régulièrement visite jusqu’en 1937, année de sa mort. Il accumula des notes qui lui servirent, au cours des années suivantes, à rédiger de précieuses biographies publiées à compte d’auteur sur Émile Guillaumin, Charles-Louis Philippe, Lucien Jean, Gaston Couté, Marguerite Audoux. Parallèlement, avec patience, il rechercha les documents qui lui permirent d’écrire deux monographies d’un exceptionnel intérêt : la première, Les bouquinistes des quais de Paris, parue en 1956 (ouvrage qui fut couronné par l’Académie Française) retrace avec force détails l’histoire de cette corporation dont la Chambre syndicale avait été reconstituée, après bien des difficultés dues à l’occupation allemande, en 1943, sous la présidence d’honneur de Georges Duhamel, et dont Lanoizelée avait été élu secrétaire. La seconde, La Machine et sa Houillère, parue en 1964, et pour laquelle il obtint le Prix de L’Aiguillon (1966), était une étude fouillée, historique et ethnographique à la fois, de La Machine, de son industrie et de la vie ouvrière dans ce centre houiller du Nivernais.
En 1939, Lanoizelée quitta la rue Gît-le-Coeur pour aller habiter 7 rue Séguier. Mobilisé, le 29 février 1940, au 95e puis au 53e RI, il fut démobilisé le 15 août à Salviac, dans le Lot.
Jusqu’en1977, il exerça son métier, l’hiver comme l’été, au bord de la Seine, face au n° 27 du quai des Grands-Augustins.
Louis Lanoizelée fut un admirateur de la Révolution russe dans ses débuts, mais ; après quelques années, « voyant ce qui se passait dans cette République communiste, écrivait-il, en 1974, dans une lettre, j’ai changé d’avis... Question religion, il m’avait été dit : « Crois en Dieu, courbe la tête, cherche pas à comprendre ! « . Pour l’URSS ce fut la même chose : « Crois en Staline, courbe la tête, cherche pas trop à comprendre ! »... Ensuite, j’ai adhéré au Parti socialiste. Dans les Sections locales, il y avait des hommes et des femmes sincères et dévoués... Mais chez les hauts responsables, avec les luttes partisanes, cela se passait autrement... J’ai donc quitté le Parti socialiste et depuis, j’ai gardé mon libre arbitre. Je vote à gauche, c’est à dire pour le moindre mal, mais sans me faire trop d’illusions. Car le patron et l’ouvrier ne valent pas mieux l’un que l’autre, mais je choisis toujours celui pour qui le pain de chaque jour est un problème crucial... Avec l’âge, je suis revenu de bien des illusions politiques, cependant je ne décourage jamais les jeunes... L’enthousiasme est trop leur vie quotidienne... ».

ŒUVRE : Lucien Jean, essai. Préface d’Henri Poulaille (Plaisir du Bibliophile, Maurice Pernette, éditeur. Paris, 1952). Émile Guillaumin, essai. Avant-propos d’Édouard Peisson (d, 1952) — Quand j’étais soldat, récit. reproduction à quinze exemplaires du manuscrit (A. Sorcel, 1952) — Marguerite Audoux, essai. Préface de René Bonnet, M. Pernette, Paris, 1954. — Les Bouquinistes des quais de Paris, monographie. Préface de Daniel Halévy, Chez l’auteur, Paris, 1956. — Un bouquiniste des quais de Paris, André-Lucien Laquerrière, 1958. — Gaston Couté, essai. Avant-propos de Paul Barthet, 1960. — Charles-Louis Philippe, essai. Avant-propos de Ferdinand Teulé, M. Pernette, 1963. — La Machine et sa Houillère, monographie, Chez l’auteur, 1964. — Plan-guide de La Machine ; Explication des noms de rues, 1967. — Plaquettes ronéotypées : Voyage en Israël, Chez l’auteur, 1968. — Second voyage en Israël, 1970. — Feuillets épars — Contes et récits, 1972.

Journaux et revues : Le Mercure de France — L’Émancipation paysanne — les Cahiers Bourbonnais — Le Journal du Centre — Journal du Nivernais — Morvan — Les Cahiers du Peuple — Le Musée du Soir — Bulletin des bouquinistes de Paris — La Revue des Deux-mondes (Étude sur les bouquinistes).

SOURCES : Livres et correspondance de Louis Lanoizelée.— Etat civil.

Jean Prugnot

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