Né le 21 mai 1911 à Paris (VIIIe arr.), mort le 16 juin 2013 à Paris ; instituteur puis professeur puis journaliste et critique littéraire ; militant trotskyste puis intellectuel de gauche engagé pour l’indépendance de l’Algérie et la dénonciation du stalinisme ; historien du surréalisme ; auteur, éditeur, fondateur et directeur des Lettres nouvelles et de la Quinzaine littéraire.

Les parents de Maurice Nadeau, étaient employés de maison. Son père fut tué en 1916 à Verdun et il devint pupille de la Nation. Reçu au concours de l’École normale d’instituteurs de Châlons-sur-Marne où il passa trois ans de 1927 à 1930, il entra ensuite à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Il en sortit professeur de lettres mais choisit néanmoins, pour rester à Paris, d’être maître d’internat et répétiteur puis instituteur. Nommé professeur à Prades (Pyrénées-Orientales) en 1936, il préféra en effet se rapprocher de Paris et prendre un poste d’instituteur à Thiais (Seine).
Ayant refusé de suivre les cours obligatoires de préparation militaire destinés aux Écoles d’officiers de réserve, Maurice Nadeau fut déclaré “inapte” à devenir officier. Il adhéra en 1931 au Parti communiste puis à la CGTU (Fédération unitaire de l’Enseignement) et resta lié à la tendance École émancipée après la réunification. Membre en 1932 de l’opposition de gauche du PC, il fut exclu du parti par le rayon de Versailles (Seine-et-Oise). En 1933, il représentait les étudiants à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR).
Marié en 1934 à Paris (XVIe arr.) avec Marthe Forni, ils militèrent ensemble dans les organisations successives du mouvement trotskyste. Nadeau collabora à la Vérité et à la Lutte des classes où il tint la chronique littéraire sous le pseudonyme de Jean Maurnade. Parallèlement il rédigea et distribua pendant plusieurs années un journal d’usine. Maurice Nadeau servit d’intermédiaire à Léon Sedov dans ses rapports avec l’opposition trotskyste clandestine en URSS. Lorsque Trotsky demanda à la Ligue d’adhérer au Parti socialiste SFIO, Maurice Nadeau refusa de suivre cette consigne puis, finalement, s’y rallia et rejoignit la section du XIIIe arr. de Paris où il milita dans la tendance trotskyste (groupe bolchevik-léniniste). Après l’exclusion du GBL en octobre 1935, il soutint Pierre Naville et Jean Rous qui fondèrent en juin 1936 le Parti ouvrier internationaliste et devint membre de sa commission de contrôle. Il reprit dans la revue du parti Quatrième Internationale sa chronique littéraire sous le pseudonyme de Donat. Il participa au congrès national du POI qui se tint du 30 octobre au 1er novembre 1937.
Après la visite d’André Breton à Trotsky au Mexique, Maurice Nadeau participa en 1938, sur la base du manifeste “Pour un art révolutionnaire indépendant” signé de Diego Rivera et André Breton, à la création de la Fédération internationale de l’art révolutionnaire indépendant (FIARI) dont il fut secrétaire administratif. Il était responsable de son bulletin mensuel Clé dont le premier numéro parut en janvier 1939.
Mobilisé en septembre 1939 comme sous-lieutenant dans les services de santé, soupçonné de “défaitisme”, Maurice Nadeau fut muté et chargé de la gestion d’un train sanitaire. Fait prisonnier, il fut remis à la disposition des services de santé de Paris. Il reprit contact avec ses camarades du POI et participa à l’édition clandestine de la Vérité. Il fit partie d’un groupe de propagande auprès des soldats de la Wehrmacht. Mais trois de ses proches amis, dont David Rousset, furent arrêtés et déportés et il dut se réfugier dans la clandestinité, avec l’aide de la femme de David Rousset, période pendant laquelle il écrivit son Histoire du surréalisme.
En 1945, Maurice Nadeau fut membre du comité de direction de la Revue internationale dirigée par Pierre Naville et entra à Combat, dirigé par Albert Camus, comme rédacteur littéraire. Il défendit Georges Bataille, René Char, Henri Michaux, Henry Miller, Claude Simon et Louis-Ferdinand Céline. Il assura la direction littéraire de ce journal jusqu’en 1951. De 1952 à 1959, il sera critique littéraire de France-Observateur, puis de 1959 à 1964 de l’Express.
En 1946, il forma un comité de défense en faveur de l’écrivain Henry Miller poursuivi par les tribunaux français et prit la défense d’Antonin Artaud qui avait été interné (la famille lui intenta deux procès).
En 1949, Maurice Nadeau devint directeur de collection aux Éditions Corrêa. Il publia en 1953 Littérature présente et fonda la revue mensuelle les Lettres nouvelles. En 1956, il réunit à Zurich, sur l’initiative d’Ignazio Silone, les directeurs des principales revues européennes de l’Est et de l’Ouest.
Pris à partie par les Lettres françaises, il fit l’objet d’une “Lettre à Maurice Nadeau” de Pierre Daix (n° 84 de la Nouvelle critique, 1957). Pendant la guerre d’Algérie, il publia Lettre ouverte à André Malraux à propos des tortures et, en 1960, participa avec Maurice Blanchot et Dionys Mascolo, à la rédaction, l’impression et la collecte des signatures du “Manifeste des 121”. Perquisitionné, il fut l’objet de plusieurs inculpations, dont une pour “provocation de militaires à la désobéissance” et bénéficia finalement d’un non-lieu. En 1962, Maurice Nadeau fit partie de la Commission française pour la vérité sur les crimes de Staline. Membre de divers comités de défense en faveur des écrivains soviétiques, des militants d’Amérique latine, des écrivains tchèques, des objecteurs de conscience et déserteurs, des travailleurs immigrés, Nadeau constitua en outre un comité international pour l’attribution du prix Nobel de la paix à Andreï Sakharov.
Il publia en 1964 Le roman français depuis la guerre puis créa en 1966 la revue bi-mensuelle la Quinzaine littéraire. En 1969, Maurice Nadeau publia Gustave Flaubert, écrivain et démissionna du jury du prix Renaudot dont il faisait partie depuis 1945. Éditeur d’une collection “Les Lettres nouvelles” chez Julliard de 1953 à 1954 puis chez Denoël de 1965 à 1977, il publia des œuvres inconnues jusqu’alors en France : Ernst Bloch, Walter Benjamin, Ernst Fischer ou inédites comme Littérature et Révolution de Léon Trotsky.
En 1982, Maurice Nadeau reçut le prix Mac Orlan et en 1988 le grand prix national des Lettres. Il était commandeur des Arts et lettres. Il est le père de Gilles Nadeau, réalisateur à la télévision et de Claire Nadeau, comédienne.
En 2011, à l’occasion de son centenaire, la presse publia de nombreux articles élogieux sur son influence éditoriale et littéraire. Il fut, avant son décès l’un des adhérents de l’association "Les Amis de Robert Rius" qu’il avait bien connu et qu’il tenait en haute estime. À la veille de sa mort en juin 2013, il continuait à diriger la Quinzaine littéraire et se battait pour sa survie.

ŒUVRE : Histoire du surréalisme, t. 1 et 2, Le Seuil, 1945, 1948. — œuvres du marquis de Sade. — Anthologie, Éd. de la Jeune Parque, Paris, 1948. — Littérature présente, Éd. Corréa, 1952. — Michel Leiris et la quadrature du cercle, Éd. Julliard, 1963. — Le roman français depuis la guerre, Gallimard, 1963. — Gustave Flaubert, écrivain, grand prix de la critique littéraire, Denoël, 1969. — Grâces leur soient rendues. Mémoires littéraires, Paris, Albin Michel, 1990, 479 p. — Le Chemin de la vie, entretiens avec Laure Adler, Verdier, 2011.

SOURCES : Correspondance de Maurice Nadeau. — La Vérité, 22 septembre 1933. — Quatrième internationale, 1937-1938. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1974. — G. Rosenthal, Avocat de Trotsky, Paris, 1975. — Notes de J.-M. Brabant. — Note d’André Balent. — État civil.

Fimographie : Portrait sur le site de l’INA (http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/dossier/2164/maurice-nadeau.20090331.fr.html)

Jean Prugnot, revu par Claude Pennetier

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