ARDOUIN Georges, Eugène dit Jules

Par Jean Maitron, complété par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

Né le 8 ou le 9 septembre 1879 à Paris (XIXe arr.), mort le 13 septembre 1917 et incinéré au Père-Lachaise ; fleuriste ; anarchiste et militant du Comité de défense sociale.

Georges Ardouin était le fils du communard Jules Auguste Ardouin. à Domicilié àla fin des années 1890 au 86, rue de Cléry, à Paris IIe arr., il prit part en 1899 à l’organisation d’une école libertaire.

Admirateur des théories pédagogiques de Paul Robin, Ardouin s’associa à Degalvès et Janvion pour constituer, en juin 1897, une Ligue d’enseignement libertaire dont il fut le trésorier et qui tenta sans succès d’ouvrir une École libertaire.

Après une campagne de souscription, la somme de 2 000 francs récoltée se révéla insuffisante pour la création de l’école, mais des « vacances libertaires » au bord de la mer furent organisées pour une vingtaine d’enfants (cf. Temps Nouveaux, 22 octobre 1898), puis à la rentrée « on organisa, faute de mieux des cours du soir ». Ardouin collaborait à la même époque au journal Le Cri de révolte (Paris, au moins 10 numéros du 20 août 1898 au 16 mars 1899).

En 1902, il appartint à une société qui se proposait la création et le développement d’un « Milieu libre » en France et qui fut à l’origine de la colonie libertaire de Vaux, près de Château-Thierry. Il fut également trésorier du comité de Défense sociale qui mena campagne contre les bataillons disciplinaires.

En 1906 il fut trésorier du bulletin L’AIA (3 numéros d’octobre à décembre 1906), organe de l’Association internationale antimilitariste.

Il fut ensuite trésorier du Comité de défense sociale (CDS) et de son organe, le Bulletin du Comité de défense sociale (7 numéros de décembre 1909 à novembre 1912). À l’époque de l’affaire Aernoult-Rousset (voir Émile Rousset), le CDS publia 5 000 affiches, 50 000 brochures et 250 000 images d’Épinal.

À l’aube du 11 juin 1909, son domicile fut perquisitionné dans le cadre de l’enquête sur la vague de sabotage contre les lignes télégraphiques et téléphoniques.

Pendant l’affaire Ferrer, il finança le tirage du journal L’Écho de Montjuich encarté dans Les Temps nouveaux, et il fut arrêté le 9 septembre 1909 lors d’une manifestation aux abords de l’ambassade d’Espagne.

Le 16 octobre 1909 il fut appelé à être juré aux assises de la Seine. Lorsque, avant l’audience, le président demanda si quelqu’un avait à faire valoir des motifs d’excuse, Ardouin déclara : « En 1893, appelé à faire partie du jury j’avais demandé à être excusé parce que la société ne faisant rien pour prévenir le crime, je ne lui reconnais pas le droit de juger. Depuis cette époque aucune transformation sociale de nature à changer la face des choses n’étant intervenue, la société reste toujours la grande responsable de la criminalité. Pensant cela il m’est impossible d’être juré ! » Au président lui disant qu’il devait obéir à la loi, il rétorqua : « Vos lois et votre justice, ont eu bien des variétés à mon égard. Par deux fois, en peu de temps, j’ai été perquisitionné comme anarchiste. La première fois pour complot, la seconde pour sabotage de lignes télégraphiques. Je suis appelé aujourd’hui pour la seconde fois, à être juré, malgré ma protestation. »

Ardouin avait également aidé à plusieurs reprises Jean Grave quand Les Temps Nouveaux avaient connu des difficultés, en lui versant une souscription mensuelle de 80 francs. Et il versa au moins une fois 500 francs en soutien.

Au printemps 1910, il fut membre, avec son père, du Comité révolutionnaire antiparlementaire (voir Grandjouan) et participa à sa campagne. En juin 1912, il fut membre du comité de L’Entr’aide, une caisse de solidarité avec les militants emprisonnés et leurs familles, impulsée par la FCA (voir Lacourte). En octobre 1912, il fit partie du conseil d’administration « élargi » du Libertaire (voir Charles Keller).

Réformé n° 2 en 1914, Ardouin fut maintenu comme tel par le conseil de réforme le 7 février 1915. Il était inscrit au Carnet B.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89733, notice ARDOUIN Georges, Eugène dit Jules par Jean Maitron, complété par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche, version mise en ligne le 14 octobre 2010, dernière modification le 23 mars 2015.

Par Jean Maitron, complété par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053, F7/13066. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste, op. cit.Contre-Courant, n° 105, janvier à mars 1961. — La Bataille, 14 septembre 1917. — Louis Louvet Dictionnaire biographique des pionniers…, op. cit. – René Bianco Un siècle de presse..., op. cit. ― Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1973 ― J. Thioulouze, « Jean Grave, journaliste et écrivain anarchiste », thèse de doctorat, université Paris-VII, 1994. — Renseignements communiqués par son arrière petite-fille.

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