Né le 4 février 1882 à Toulon (Var), mort le 12 février 1955 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; cheminot puis employé ; militant syndicaliste révolutionnaire, puis communiste, puis socialiste-communiste ; secrétaire de l’Union départementale CGTU des Bouches-du-Rhône (1921-1923) ; membre du bureau national et secrétaire confédéral (1921-1922) ; conseiller municipal de Marseille de 1929 à 1935 ; résistant.

Henri Toti (parfois écrit Totti par erreur) était originaire d’une famille corse de la région de Corte. Son père, était ébéniste à Toulon. Cheminot à Marseille avant la Première Guerre mondiale, Henri Toti militait à la CGT depuis 1903, semble-t-il, parmi les syndicalistes révolutionnaires. Il aurait effectué des études au séminaire, notamment à Bastia, puis à Bourges ou à Chartres.
C’est dans la préparation de la grève de 1910 qu’Henri Toti, agissant parmi les travailleurs des chemins de fer comme propagandiste du « syndicat Guérard », se fit remarquer. Entre juillet et août, il multiplia les réunions, suscitant de nombreuses adhésions à Annemasse, Thonon, Évian (Haute-Savoie) et, le 26 juillet, fit voter le principe de la grève générale.
En pleine grève, pendant le mois d’octobre, il anima le mouvement dans la Loire. C’est ainsi qu’il présida le meeting qui, à Saint-Étienne, dégénéra sur la fin en de violentes échauffourées : les cheminots tentèrent de prendre la gare d’assaut et 2 000 manifestants élevèrent quelques embryons de barricades. Le 17 octobre, Henri Toti, en sa qualité de délégué du comité de grève, fut arrêté et traduit devant la cour d’assises de Montbrison.
En janvier 1911, révoqué de son emploi, il fut, au congrès régional PLM, l’un des principaux opposants à Marcel Bidegaray, à qui il imputa l’échec de la grève. Il l’accusa de réformisme et lui reprocha d’avoir ouvert le Comité national de grève à Léon Jouhaux* et au député socialiste Albert Thomas*. Il se fit même le propagandiste d’une éventuelle scission de l’Union PLM et commença en novembre 1911 une tournée de conférences dans l’Ain, le Jura, l’Isère et la Haute-Savoie. La même année, il participa à un meeting à Marseille en tant que délégué du syndicat national des cheminots. Dans le même temps il intervint, aux côtés d’Alexandre Cudet, Léon Jouhaux, Georges Yvetot et Sébastien Faure, dans la grève générale des terrassiers de Lyon qui, du 6 avril au 20 juillet 1911, concerna 975 grévistes.
En 1912-1913, Henri Toti apparut à Lyon comme le leader du mouvement antimilitariste, intervint dans plusieurs meetings en faveur d’Émile Rousset et contre la loi des trois ans. Le 8 septembre 1912, il en présida un, aux côtés de Benoit Broutchoux. Considéré comme anarchiste et animateur du Comité de la jeunesse syndicaliste intercorporative, il prit part le 17 novembre 1912, avec Georges Dumoulin, alors trésorier adjoint de la CGT, à un meeting contre la guerre. Le 1er juin 1913, il était, avec Alphonse Merrheim, parlant cette fois au nom d’un « Comité de défense sociale », l’un des principaux orateurs du grand meeting organisé par la CGT. Après la dispersion du rassemblement qui se tint dans un terrain vague du quartier de Grange-Rouge, 600 manifestants marchèrent vers le centre de la ville mais furent dispersés par la police.
Henri Toti joua surtout un rôle important lors des grèves de 1919-1920. Il était alors secrétaire général adjoint du syndicat des cheminots des Bouches-du-Rhône. En septembre 1919, il se prononça pour la grève révolutionnaire et l’adhésion à la IIIe Internationale, de même qu’il prit partie, au congrès de l’UD-CGT d’Aix, en décembre, pour la Russie révolutionnaire.
En février-mars 1920, il participa activement à la grève des cheminots du PLM, puis, après l’extension du conflit, au début du mois de mai, il fut arrêté après des bagarres qui se déroulèrent, le 3 mai, lors d’un meeting tenu au jeu de boules « Tour Eiffel », à Marseille. Henri Toti fut d’abord écroué à la prison Chave, puis le 8 mai, transféré à la Santé, à Paris, d’où il signa plus tard une lettre accusant la CGT d’avoir trahi la grève des cheminots. Lors de l’instruction du « complot », le juge Jousselin signalait qu’il avait adhéré à la section marseillaise du Parti communiste de Raymond Péricat. Placé dès le 5 mai au régime politique, il fut accusé de complot contre la sûreté de l’État. Mis en liberté provisoire le 2 juillet, Henri Toti bénéficia d’un non-lieu le 20 novembre 1920. Mais il avait été, entre-temps, révoqué de son emploi au PLM.
Son arrestation avait provoqué de nombreuses réactions à Marseille où les élus du conseil municipal et la moitié des conseillers généraux votèrent un blâme au gouvernement. Toti reprit son activité militante et, le 27 août, participa à un congrès des minoritaires de la CGT, à Marseille, regroupant vingt-sept syndicats. Avec François Mayoux et Roubaud, il se prononça pour l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge et contribua à rédiger une motion dans ce sens, au nom de la charte d’Amiens.
Délégué au congrès national d’Orléans, un mois plus tard, Henri Toti y défendit les thèses de la minorité avec Pierre Semard, François Mayoux, Louis-Oscar Frossard*, etc. « Nous aussi [minoritaires], nous revendiquons aussi énergiquement que vous, déclara-t-il, le droit à la vie ; nous aussi, nous affirmons nos revendications professionnelles, mais nous jetons dans le cœur des syndiqués un peu de cette foi qui fait des syndiqués autre chose que des syndiqués de râtelier. » Il intervint également à propos du spontanéisme dans les grèves.
En février 1921, il fut l’un des signataires du Pacte des « syndicalistes purs ». En mars, Henri Toti devint secrétaire de l’UD des Bouches-du-Rhône puis, après le congrès de Lille et la scission, il fut chargé, avec Paul Cadeau et Labrousse, d’organiser le congrès constitutif de le CGTU. Il y représenta la tendance anarchisante, favorable à l’autonomie syndicale. Le 16 mars 1922, en effet, dans un meeting de la CGTU, à Marseille, en présence de J. Racamond, il défendit le syndicalisme révolutionnaire tout en attaquant, à la fois, Léon Jouhaux* et Gaston Monmousseau. Le 25 juin suivant, il ouvrit le congrès de Saint-Étienne, mais après l’adoption de la motion Monmousseau, il déclara : « Je vous demande de vous servir constamment des idées et non pas des hommes. Vous avez un programme d’action opposé au nôtre ; ne commettez pas l’erreur d’exiger de nous que nous le défendions. » Les 16-19 juin, avec Pierre Besnard et Louis Lecoin, il avait participé à Berlin, au nom de la CGTU à la Conférence internationale syndicaliste révolutionnaire.
Henri Toti se retrouvait donc minoritaire. Sur le plan politique, il est difficile de préciser si Toti adhéra au PC dès 1921. Il en fut, en tout cas, exclu en janvier 1923 en tant que signataire de la déclaration du Comité de défense communiste qui rejetait les décisions du IVe congrès de l’Internationale communiste. Membre du Comité de défense sociale et du Parti communiste unitaire, il collabora au journal de Frossard, l’Égalité, dont il fut l’un des fondateurs, puis milita à l’Union socialiste unitaire.
Alors employé, Henri Toti continua à militer, mais refusa d’être candidat sur la liste Henri Torrès-Simon Sabiani aux élections législatives de 1924. En mai 1924, il participa à la campagne pour l’amnistie intégrale, avec Boisson, et, en compagnie d’autres anarchistes, à des réunions et conférences auxquelles participa Germaine Berton. Un peu plus tard, il fut présent, aux côtés des leaders du PC et de la CGTU des Bouches-du-Rhône, aux manifestations célébrant, le 25 janvier 1925, l’anniversaire de la mort de Lénine ; le 14 octobre 1926, il fut l’un des signataires au nom de l’Union socialiste-communiste d’un texte d’accord avec le PC prévoyant la création de comités d’unité prolétarienne dans les entreprises et dans les cantons.
En revanche, le 26 février 1927, Henri Toti porta la contradiction à Pierre Semard, lors d’un meeting consacré à la situation en Chine. Mais le 27 mars, il participa à un meeting antifasciste avec le PC contre Taittinger. À Marseille, les relations entre le PC et le Parti socialiste-communiste passaient par des phases alternées de collaboration et de conflit. En 1928, un accord se fit aux élections législatives, contre les socialistes, et Toti contribua à l’élection de Simon Sabiani dans la 3e circonscription.
Aux élections municipales de 1929, Henri Toti fut candidat, avec Sabiani, sur la liste Siméon Flaissières. Il était alors devenu inspecteur général des hospices. Il obtint 34 722 voix au premier tour et 52 728 au second, sur 134 870 inscrits. Devenu conseiller municipal, il déclara, lors d’une réunion, le 10 novembre 1929 : « Le marxisme, voilà notre doctrine », ajoutant que le programme du Parti socialiste-communiste, parti d’union ouvrière et de révolution, partait du socialisme pour aboutir au communisme, et condamnant à la fois la SFIO et le PC qui tuent le socialisme par leurs luttes et leurs subordinations ou capitulations respectives.
Après la mort de Flaissières, Henri Toti devint dans la municipalité Ribot-Sabiani, délégué aux Finances. Il hérita d’un lourd déficit, et eut à gérer le budget de la ville dans les années de crise les plus dures. La presse communiste l’attaqua violemment, notamment en septembre 1934, lors de sa présentation du budget, l’accusant d’avoir établi un bilan truqué et de faire subir aux travailleurs des augmentations d’impôts locaux. Rouge-Midi le qualifiait « de prestidigitateur, d’orateur intarissable, de syndicaliste anarcho-libertaire devenu gros légume et laquais (...) de très compétent et distingué ministre des Finances de Marseille portant désormais faux-col et manchettes ». Selon le témoignage de Frédéric Roux-Zola, Toti était en effet un orateur brillant et plein de talent.
Ayant soutenu Sabiani lors des élections cantonales de 1931 et législatives de 1932, Henri Toti ne le suivit pas, en 1935, aux élections municipales, et surtout, un peu plus tard, quand Sabiani adhéra au PPF. Il l’aida cependant à rédiger son livre Colère du peuple. Il se tint ensuite à l’écart de la vie politique et syndicale. Il était, à la veille de la guerre, ordonnateur des hospices de la ville de Marseille et administrateur des HBM.
Pendant la guerre, il participa à la Résistance dans le réseau Combat, dans la CGT clandestine, et en liaison avec le groupe Ferri-Pisani. Henri Toti prit part aux combats de la libération de Marseille. En 1950, il fréquentait encore le Cercle musical et artistique des cheminots de Marseille, de la rue Ferrari. En effet, Toti était également poète et a laissé plusieurs poèmes inédits. Il avait chanté notamment la Corse et on peut le considérer comme un écrivain régionaliste insulaire. Il est plus difficile d’affirmer s’il avait été tenté par l’autonomisme avant 1939. Toti était devenu Inspecteur général de l’Assistance publique en retraite lorsqu’il mourut. Il fut inhumé à Corte.

ŒUVRE : Collaboration aux ouvrages et journaux cités. —Discours prononcé au congrès confédéral Saint-Étienne (juin 1922), éd. de la CGTU. —Bianca Maria, Marseille, Éditions des poètes latins ; Angelo, idem, 1935 ; Notre Corse, Hautes flambées, Une fable humanisée : La Cigale et la Fourmi, idem, 1937 ; Sous le dôme des Invalides, pièce en trois tableaux et en vers (inédit) ; La victoire sur la mort, 1947 (inédit) ; Grammaire corse (inédit) ; Le marxisme et les partis qui s’en réclament, 1955 (inédit).

SOURCES : Arch. Nat. F7/13015, 13586. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, V M2/276 et 282 ; M6/8322, 8430, 10801, 10806, 10814, XIV M 25/51. — Arch. Dép. Haute-Savoie, 11 M. — Arch. Dép. Loire, 92 M 164. — Arch. Com. Marseille. —Le Petit Provençal, 14 décembre 1919, 4 mai et 30 novembre 1920. —L’Unité ouvrière, 1er février 1928. —Marseille-Matin, 8 octobre 1931. —Rouge-Midi, 21 juillet et 29 septembre 1934. —Le Provençal, 12 février 1955. — Georges Ribeill, Les Cheminots en guerre, 1914-1920, CERTES, 1988. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, 2 tomes, Paris, Mouton, 1964. — Georges Lefranc, Le Mouvement syndical sous la Troisième République, Paris, Payot, 1967. — Danielle Moulinard, Le Parti communiste à Marseille. Naissance et débuts, 1919-1925, Mémoire de Maîtrise, Aix, 1972. — Jacques Bonnabel, Le Mouvement ouvrier à Marseille de 1914 à 1920. DES d’histoire du Droit, Aix, 1973. — Antoine Olivesi, « Pour le centenaire d’un militant ouvrier Corse oublié : Henri Toti (1882-1955) », in Hommage à Fernand Ettori, vol. 1, p. 261-290, Études corses, n° 18-19, Corte/Bastia, décembre 1982. — Rens. F. Chamand, F. Roux-Zola et J. Vaucoret.

Antoine Olivesi

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