Né le 12 février 1893 à Sainghin-en-Mélantois (Nord), mort le 15 septembre 1973 à Paris (Xe arr.) ; responsable de l’Union Nord puis de la Fédération CGTU des cheminots ; secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots à la Libération ; militant communiste.

Raymond Tournemaine était le fils d’un chaudronnier. Muni d’un certificat d’études primaires, il travailla comme monteur avant d’entrer au chemin de fer. Il intégra la Compagnie du Nord le 19 juin 1911 et fut affecté comme aide-ouvrier aux ateliers du Landy à la Plaine-Saint-Denis. Installé toute sa vie dans le XVIIIe arrondissement, c’est là qu’il se maria le 1er septembre 1919 avec Camille Denizeau ; le ménage n’eut pas d’enfant.
Appelé sous les drapeaux en octobre 1913, affecté dans un régiment d’infanterie, Tournemaine participa à la bataille de Maubeuge en août 1914 jusqu’à la reddition de la place. Fait prisonnier de guerre le 7 septembre, il fut rapatrié le 20 décembre 1918, puis réincorporé en février 1919. Le 10 mai suivant, il réintégra la Compagnie du Nord.
Élu le 8 juillet 1921 secrétaire adjoint du syndicat des cheminots de Paris-Nord (bureau Semard), il en devint secrétaire en novembre 1923. À l’issue du congrès de la Fédération unitaire de novembre 1921, il fut nommé membre de la commission exécutive fédérale puis devint gérant de la Tribune des cheminots à partir du VIe congrès fédéral d’août 1923, fonction qu’il occupa jusqu’aux années soixante.
Élu secrétaire de l’Union Nord en 1925, il devait bientôt en être le secrétaire général, jusqu’à la réunification syndicale en 1935. Un rapport de police le décrit en octobre 1926 comme un militant « très actif », « assez bien noté » par la Compagnie, mais considéré comme un « meneur ». En novembre 1935, il demeura secrétaire général de l’Union Nord réunifiée. Entré au secrétariat fédéral en 1932, élu trésorier général adjoint en mai 1934, il partagea le poste de trésorier avec Georges Quertelet dans la fédération réunifiée en décembre 1935.
Membre du 9e rayon de la Région parisienne du PC, il était également militant du Secours rouge, de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) et de la Fédération des locataires. En janvier 1936, au congrès de Villeurbanne du PCF, il fut élu membre suppléant du comité central et réélu à Arles en décembre 1937.
Avec les autres responsables communistes fédéraux, il ne désavoua pas la signature du Pacte germano-soviétique. Une résolution votée le 25 septembre 1939 par le bureau de la Fédération des cheminots (13 voix contre 3, dont la sienne) l’exclut de la fédération. Il avait conservé une partie des fonds fédéraux, aussi fut-il inculpé à la suite d’une plainte d’abus de confiance déposée par le secrétaire fédéral Jean Jarrigion. Il fut arrêté à son domicile le 16 octobre mais l’inculpation ne fut pas maintenue. Le 6 avril 1940, il fut condamné à trois ans de prison et 2 000 F d’amende pour propagande communiste. Incarcéré à la prison de Bourges puis transféré successivement dans les camps de Gaillon (Eure), de Rouillé (Vienne), puis enfin le 16 octobre 1942 à celui de Voves (Eure-et-Loir), il réussit à s’en évader avec 41 camarades dans la nuit du 3 au 4 mai 1944, prenant aussitôt la direction de la Fédération clandestine des cheminots. Responsable national des comités populaires des cheminots, avec comme adjoint Jules Crapier et Robert Hernio, chargés respectivement de la province et de la région parisienne, Tournemaine prépara la grève insurrectionnelle corporative du 10 août, prélude à la libération de la capitale.
Nommé secrétaire général avec Gérard Ouradou lors de la reconstitution de la fédération le 21 août 1944, puis seul secrétaire général à partir du congrès fédéral d’août 1945, il fut régulièrement reconduit à la tête de la fédération jusqu’au congrès de décembre 1953 où il laissa sa place à Robert Hernio, prenant alors la fonction de président. En 1961, cédant ce poste à Robert Hernio, il devint secrétaire général de la section fédérale des retraités et le resta jusqu’en 1963.
Nommé administrateur de la SNCF par décret du 22 novembre 1944, fait chevalier de la Légion d’honneur, il participa activement à la « bataille de la production », se déplaçant volontiers dans les divers établissements de la SNCF. Il joua un grand rôle dans la grève victorieuse des cheminots de juin 1947, aux prises avec le président du conseil Paul Ramadier. Par contre, parti en URSS le 10 novembre 1947, il fut absent lors des grandes grèves de la CGT de novembre-décembre qui devaient aboutir à des scissions en chaîne au sein de la fédération (FO, cadres autonomes, agents de conduite autonomes), animées dans les rangs cheminots par Jules Crapier, le secrétaire adjoint.
En octobre 1948, ayant appelé les cheminots à refuser l’acheminement de trains de charbon étranger depuis les ports et les frontières en solidarité avec le mouvement des mineurs, il fut suspendu de sa fonction d’administrateur de la SNCF par un décret du 29 octobre. Il subit la même sanction en ce qui concerne le conseil d’administration des Charbonnages de France où il représentait les usagers en vertu d’un décret du 30 octobre.
En novembre 1950, à la suite d’une campagne fédérale de propagande dénonçant les méfaits des économies de personnel qui compromettraient la sécurité des voyageurs, la direction de la SNCF décida de rompre les relations à tous les niveaux avec les responsables de la fédération, seul l’exercice statutaire des élus CGT du personnel étant préservé. Cette mesure affaiblissait la fédération, mettant à sa charge entière les traitements de ses permanents en vertu d’un protocole dont n’allaient plus jouir que les autres organisations représentatives.
Élu membre titulaire du comité central du PCF en 1945, il demeura membre de cette instance jusqu’en 1959. L’année suivante, il devint membre du bureau de l’Amicale des vétérans du PCF. En 1945, il avait été élu conseiller général du canton de Noisy-le-Sec (Seine), mais il ne se présenta pas aux élections suivantes.
D’une forte carrure physique, modeste et généreux, franc, très combatif, doté d’un certain charisme, apprécié par ses rivaux syndicaux, la bonhomie de celui qu’on appelait familièrement « Toto » servit ce fidèle militant communiste placé à la tête d’une fédération de première importance dans l’histoire des combats menés par la CGT.

SOURCES : RGASPI, 495 270 14. — Arch. Nat. F7/13670, 13671, 13672. — Arch. PPo. 308. — Arch. SNCF de Béziers. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Arch. Jean Maitron. — La Tribune des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Joseph Jacquet, Les Cheminots dans l’histoire sociale de la France, Éd. sociales, 1967. — Georges Ribeill, Le Personnel de la S.N.C.F. (1937-1981), CERTES, 1982. — Georges Ribeill, « Autour des grèves de 1947, les scissions de l’après-guerre au sein de la Fédération CGT (CAS, FO, FAC, FgMC) », Revue d’histoire des chemins de fer, n° 3, Mouvement social et syndicalisme cheminot, automne 1990, p. 95-113. — « Récit de André Argalon. La grève de 1953 », Les Cahiers de l’Institut, n° 1, supplément au Courrier du cheminot n° 610, p. 20. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Pierre Vincent.— État civil.

ICONOGRAPHIE : La Tribune des cheminots, 15 décembre 1951.

Georges Ribeill

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