Né le 13 septembre 1875 à Bayonne (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), mort le 20 décembre 1944 à Bidache (Basses-Pyrénées) ; chauffeur puis mécanicien ; secrétaire général du Syndicat national des chemins de fer, puis de la Fédération nationale des travailleurs des Chemins de fer à partir de 1909.

Originaire du pays basque, Marcel Bidegaray fit son apprentissage, dès sa sortie de l’école primaire, chez un mécanicien-serrurier de Bayonne. Il s’engagea à dix-neuf ans dans la marine nationale ; après trois années et demie de navigation, il quitta la marine avec le grade de quartier-maître mécanicien. En 1898, il entra comme chauffeur à la Compagnie des chemins de fer du Midi ; celle-ci le révoqua « pour manque d’énergie dans l’exercice de ses fonctions » : il convient de noter qu’à ce moment l’intéressé avait déjà donné son adhésion au Syndicat national des chemins de fer et au socialisme... Néanmoins, dans le courant de l’année 1900, Marcel Bidegaray parvint à se faire réembaucher au réseau de l’Ouest où il fut admis comme ouvrier ajusteur au dépôt des Batignolles. Après un stage de chauffeur, il fut nommé en 1907 mécanicien de train.
Sa personnalité de militant commença à se dessiner en 1909 quand il devint, au mois de juin, succédant à Eugène Poitevin, secrétaire général du Syndicat national des chemins de fer. Il s’y efforça de tempérer l’ardeur des éléments révolutionnaires. Au moment de la grève des cheminots de 1910, il fut révoqué par sa compagnie et emprisonné durant six semaines. Il assista aux XIe et XIIe congrès de la CGT, Toulouse, octobre 1910, et Le Havre, septembre 1912.
Mobilisé à son poste de mécanicien, il n’en poursuivit pas moins son activité syndicale. Il contribua puissamment à la fusion des organisations ouvrières de cheminots dans la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer, fondée le 28 janvier 1917, à l’issue d’un congrès interfédéral tenu au siège même de la CGT. Bidegaray fut nommé secrétaire général de la nouvelle Fédération qui groupait 70 000 membres.
Le 23 novembre 1918, la paix revenue, Marcel Bidegaray, membre du comité confédéral de la CGT, fit partie de la délégation mixte (Cachin*, Longuet*, Mistral*, Renaudel*, Rouger*, Thomas*, Bidegaray, Jouhaux*, Merrheim*) qui demanda à Clemenceau la « participation de délégués de la classe ouvrière française à la conférence générale de la paix » et l’autorisation de réunir, pendant les pourparlers de paix, une « conférence internationale ouvrière et socialiste ». Il participa également avec Jeanne Bouvier, Dumoulin, Jouhaux et Lenoir aux travaux de la première Conférence internationale du travail qui s’ouvrit à Washington le 29 novembre 1919. Il adhéra au programme réformiste du bureau confédéral dont les deux objectifs majeurs étaient la conclusion de conventions collectives et la nationalisation industrialisée : Bidegaray fit campagne pour l’aboutissement de ces réformes dans sa propre corporation.
Dès les premiers mois de l’année 1919, qui marqua les débuts des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR), Bidegaray et la majorité réformiste du conseil de la Fédération des cheminots s’efforcèrent de canaliser la participation des cheminots à l’agitation naissante et refusèrent notamment de donner le mot d’ordre de grève pour le 1er mai. Lors de la première grève des chemins de fer de février 1920, le syndicat de Bidegaray accepta l’arbitrage du président du Conseil (lui même, malade, ne prit pas part au vote), Millerand ; la négociation eut pour résultat la promulgation, après mai 1920, du statut des cheminots en discussion depuis la fin des hostilités.
Au congrès national de la Fédération des cheminots, qui se tint à Aubervilliers du 22 au 25 avril 1920, Bidegaray, vivement critiqué par la fraction révolutionnaire montante représentée par Gaston Monmousseau et Lucien Midol, dut résilier ses fonctions. Après l’échec de la grève des cheminots de mai 1920, lancée par le nouveau conseil fédéral, Bidegaray fut réélu secrétaire général par les éléments modérés du conseil, non sans l’opposition très vive des syndicats parisiens.
Au congrès national de 1921, les « révolutionnaires », conduits par Gaston Monmousseau et Pierre Semard, ayant réclamé la révision des statuts de la Fédération afin d’obtenir la nomination du conseil fédéral par le congrès, Bidegaray quitta la salle du congrès avec les délégués réformistes : c’était l’éclatement de la Fédération, qui donna le signal de la scission au sein de la CGT. Bidegaray poursuivit alors son oeuvre au sein de la nouvelle Fédération confédérée.
Au moment de la grève de 1920, le militant avait été une nouvelle fois révoqué par son réseau. Réintégré, il prit sa retraite de mécanicien en 1928. Il mit son départ à profit pour organiser une souscription en faveur du fondateur du syndicat national, Eugène Guérard, qui vivait très modestement à Pau où il s’était retiré.
Membre du comité de l’exploitation des chemins de fer, il fut membre suppléant du Conseil national économique de 1925 à 1935.
Marcel Bidegaray, en retraite dans son pays natal, joua un rôle important dans la vie politique et surtout syndicaliste bayonnaise.
En 1932, il fut candidat aux élections législatives (1re circonscription de Bayonne) ; pendant la campagne électorale, il esquissa les grands thèmes du Parti socialiste SFIO : « établir la liberté et l’égalité économique, supprimer l’exploitation du travail par le capital, libérer l’État de l’emprise des grandes compagnies de finance et d’industrie, substituer la justice et la raison au privilège et au hasard » ; il obtint 2 121 voix soit 12 % des suffrages exprimés. Au 2e tour, « conformément à la discipline républicaine » il se désista pour le député sortant, maire de Bayonne, Joseph Garat.
Ami de Renaudel et de Marquet, il protesta, en novembre 1933, contre l’exclusion du Parti socialiste SFIO des orateurs de la « manifestation d’Angoulême » puis rejoignit les « Néos » entraînant avec lui une vingtaine de militants (dont Joseph Desarménien). Il participa le 3 décembre 1933 au congrès constitutif du nouveau parti et devint le secrétaire du groupe Jean-Jaurès de Bayonne. À deux reprises, il fut candidat malheureux aux élections municipales de Bayonne (mars 1934, mai 1935).
Membre de la commission exécutive de l’Union des syndicats confédérés de l’Adour où il représentait les cheminots, il en fut le délégué quasi permanent à la propagande et se voulut le mentor et le « père tranquille » du syndicalisme local. Pendant le Front populaire, il déploya une grande activité.
Après 1940, Marcel Bidegaray assura à la Bourse du Travail une permanence (« par souci d’efficacité » affirmait-il) et devint le trésorier du Comité ouvrier de secours immédiat (COSI).
Arrêté à la Libération, interné au camp de Gurs (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), il fut mis en résidence surveillée à Bidache (Basses-Pyrénées) où il mourut (exécuté ?) le 20 décembre 1944. D’après le témoignage de Roger Liaud à Maurice Sauvé, Marcel Bidegaray, interné depuis la Libération au camp de Gurs, se serait lié d’amitié avec un cafetier des environs du camp à telle enseigne qu’il servait les consommateurs qui se présentaient. Le 20 décembre 1944, en l’absence du cafetier, trois personnes vraisemblablement connues de Bidegaray se seraient présentées et l’auraient invité à se rendre quelque part ou à voir quelqu’un, mais où ? Confiant, Marcel Bidegaray les aurait suivis dans leur voiture et, au cours de la randonnée, ils l’auraient abattu.

ŒUVRE : Contre les compagnies. Pour la nation, Paris, 1917, 32 p. — L’Exploitation d’aujourd’hui par les compagnies et l’exploitation de demain par la « Nationalisation » des Chemins de fer, brochure éditée par la CGT, 1919, 63 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13660, 13662, 13663, 13665, 13667 et 13669. — Arch. PPo. 308 et Ba/1686. — Comptes rendus des congrès de la Fédération des cheminots 1920, 1930, 1932, 1934. — Le Travail (Basses-Pyrénées). — La Dépêche du Midi. — Documentation personnelle de Paul Dejean. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, Paris, 1964. — Guy Chaumel, Histoire des cheminots et de leurs syndicats, Rivière, Paris, 1948, p. 108-109-118 à 146. — Maurice Labi, La Grande division des travailleurs, Éditions ouvrières, Paris, 1964, p. 100. — La Tribune des cheminots (confédérés), 15 novembre 1927, « Un geste qui est un devoir ». — Recherches d’état civil, Bayonne, 12 mai 1980. — Jean-Louis Robert, Les ouvriers, la Patrie et la Révolution. Paris 1914-1919, Annales littéraires de l’Université de Besançon, 1995. — Lettre de Maurice Sauvé à Jean Maitron (17 août 1983). — Georges Ribeill, Le Personnel des Compagnies des chemins de fer. Tome 2 : Les cheminots en guerre, 1914-1920, les métamorphoses d’une corporation, Paris, Développement et aménagement, 1988, 487 p.

Élie Fruit, Claude Pennetier, Jean-Luc Pinol

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