Né le 16 juin 1922 à Paris (XIIe arr.), mort le 26 décembre 2013 à Saint-Mandé (hôpital Bégin) ; ouvrier typographe puis linotypiste ; syndicaliste CGT du Livre ; militant trotskiste puis communiste en région parisienne, à Marseille (Bouches-du-Rhône), puis à nouveau en région parisienne ; un des animateurs du groupe Le Communiste.

Jean-Jacques Aisenmann lors d’une journée Maitron
Jean-Jacques Aisenmann au Festival de Cannes
Jean-Jacques Aisenmann naquit de parents d’origine juive polonaise, arrivés de Tomaschow (Est de la Pologne) en 1919 avec une fille de cinq ans, Tetla (Thérèse). Ses parents habitaient Aubervilliers au moment de sa naissance, puis à partir de 1926 place des Vosges. Son père Isaac, 1889-1978, témoin de la Révolution de 1905 à Saint-Pétersbourg, bundiste, faisait des petits métiers notamment le charroyage, puis fut tisserand dans une usine allemande et emballeur dans une entreprise de fripiers, et sa mère Basha (1889-1944), était ménagère. Son père s’était éloigné de la religion. Il prénomma son fils Jean à cause de Jean Jaurès. Ce père était plutôt sympathisant du Parti communiste, comme ses frères. L’un d’eux, fit plus tard l’éducation communiste de Jean-Jacques.
La loi de 1927 permit à ses parents d’être naturalisés Français. Gros lecteur dès l’enfance, Jean-Jacques Aisenmann découvrit avec passion Michelet, à douze ans. Son père, qui parlait surtout yiddish, l’emmenait à la Comédie française pour qu’il « entende la belle langue » et lui soufflait les questions pièges à poser au rabbin. Ouvrier autodidacte, Jean-Jacques Aisenmann resta toute sa vie un grand lecteur, un spectateur assidu et informé du théâtre comme du cinéma d’auteur.
Jean-Jacques Aisenmann, bon élève, suivit l’école publique, obtint le CEP. Son père voulait qu’il devienne instituteur. Il suivit une année de cours à l’école Arago, place de la Nation et demanda à aller travailler. Il devait être apprenti électricien mais le hasard fit que son père le fit entrer dans une petite imprimerie. Il fit pendant deux ans la « ronde des boîtes » comme apprenti typographe. Les vieux typos lui firent lire Proudhon. Mais conscient du danger nazi, il souhaitait surtout, dit-il, l’affrontement avec Hitler.
Au début de la guerre, trop jeune pour être mobilisé, il travailla comme ouvrier dans le Marais, et réagit contre le journal d’extrême-droite antisémite Le Pilori en fabriquant et en collant des papillons : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droit. Qu’en pense Le Pilori  ? ». Il entra dans les camps de jeunesse et sympathisa avec le chef de centre, Mathias Corvin, de onze ans son aîné, qui était un militant trotskiste clandestin et qui restera sa vie durant un ami personnel et politique. En 1941, il devint un militant trotskiste organisé dans le sillage du POI, et participa à des réunions avec Marcel Hic. Son action consistait en particulier à encarter des tracts dans les livres chez Gibert. L’appartement familial fut perquisitionné début 1942, des livres furent saisis. Pendant l’hiver 1942-1943, il fut envoyé à Lyons-la-Forêt (Eure), sous le nom d’Allard, pour encadrer des unités de jeunes travailleurs, issus des bagnes d’enfants, toujours dans un milieu marqué par une forte présence trotskiste. Avec Mathias Corvin, il organisa une unité de fabrication de faux papiers. Ce dernier fut arrêté le 28 août 1942. Fin 1942, sa sécurité n’étant plus assurée, Aisenmann décida de passer en zone sud.
Il travailla dans une fabrique de briquettes à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), puis gagna Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) où il retrouva le contact avec les trotskistes par Suzanne, la femme de Hic. Il se fit embaucher chez Hachette, puis comme typographe à l’imprimerie Montlouis, propriété de Pierre Laval. La déportation de Mathias Corvin le décida à passer la frontière espagnole le 18 juillet 1943. Les Espagnols l’arrêtèrent à Lérida où il resta en prison deux mois puis fut emprisonné à Barcelone. « Acheté » par la Croix rouge américaine, il quitta l’Espagne après quatre-vingt-sept jours de captivité, à bord d’un bateau pour Casablanca. « Évadé de France », il entra dans l’armée Giraud (école de radio d’Agadir, breveté électricien), puis dans l’armée anglaise, puis dans l’armée américaine, bataillon français Rhin et Danube, groupe d’aviation Ardennes. Il participa au débarquement du 15 août entre Marseille et Cassis, remonta jusqu’à Colmar. On l’envoya ensuite dans la Ruhr ; il demanda à participer à la libération du camp de Dachau où il espérait retrouver Mathias Corvin, mais sur place il apprit que celui-ci venait d’être libéré. Il fit la connaissance de Stanislas Tomkiewicz le futur pédopsychiatre qui fut un des ses amis proches.
Démobilisé en juillet 1945 en Allemagne, il reprit aussitôt le travail dans une imprimerie à Paris. De 1947 à 1952, il vendit des machines à coudre avec son beau-père, puis devint linotypiste en 1952.
Pendant son séjour aux armées, il avait eu la tentation de rejoindre le PC, mais le mot d’ordre « A chacun son boche » contribua à le faire changer d’avis. Marcel Beaufrère le fit adhérer au PCI. Il suivit des cours d’éducation politique avec Pierre Frank et Yvan Craipeau. En 1950, commandant de la brigade de travail « 14 juillet, » en Yougoslavie, il revint avec des doutes sur les analyses trotskistes. La rupture avec le stalinisme n’était-elle pas venue du Parti communiste yougoslave lui-même. Aussi fut-il tenté par la « politique entriste ». Il adhéra aux Combattants de la paix puis au PCF en 1953, et fréquenta une cellule du 4e arr., sans masquer ses origines trotskistes.
Avec son ami Corvin et Michèle Mestre, il participa, en octobre 1954 à la fondation du Communiste, petit groupe organisé autour d’un bulletin. Recruté, par hasard, à la PPI, imprimerie du CC, il fut suspendu du PCF par Henri Fiszbin, pendant un an, en 1959.
Sa situation familiale contribua à l’éloigner de Paris au profit du Rhône et des Bouches-du-Rhône.. Il s’était marié en 1947 avec une militante trotskiste puis communiste, née à Odessa, professeur de collège avec laquelle il eut une fille, Michelle, en 1951. Divorcé en 1961, remarié en 1963 avec Renée, institutrice en Provence, militante du groupe Le Communiste, ils eurent une fille, Claire, en 1964. Il travailla d’abord à Lyon, puis à Marseille.
Sur le plan politique, son ralliement d’ailleurs sincère au PCF, se solda par un échec en raison du cordon sanitaire qui entourait les militants du groupe Le Communiste. Il eut plus de succès au plan syndical où sa culture associée à une fibre ouvrière attira la sympathie. En 1972-1973, il fut animateur d’une école syndicale parisienne. Il occupa des fonctions de responsabilité, mais jamais celles de premier plan.
Revenu à Paris en 1966, il travailla à la SGP (Lettres françaises, l’Humanité), au Figaro puis à l’Aurore. Il fut un des trois responsables du journal fédéral L’imprimerie française et secrétaire du syndicat des Petites affiches.
Pré-retraité économique en 1979 à l’issue de l’affaire du Parisien libéré, il suivit avec Roger Coquelin le réalisation du livre Les ouvriers du livre et leur fédération. Un centenaire 1881-1981 et fit à cette occasion la connaissance de Madeleine Rebérioux qui l’adopta comme "typographe de référence", le faisant inviter dans les émissions de radio sur le syndicalisme du livre.
Jean-Jacques Aisenmann suivit avec passion, ténacité et continuité des cours d’histoire de l’Art, des séminaires d’histoire du Livre (Barbier) et le séminaire Territoires et militants communistes (Pennetier, Pudal). En 1988, il intégra l’équipe qui travaillait au Maitron, et joua pendant deux décennies un rôle actif dans la relecture des biographies.

SOURCES : Paul Chauvet, La Résistance chez les fils de Gutemberg, Paris, 1979, p. 152. — Témoignage de Jean-Jacques Aisenmann, 28 juin 1997. — Rencontres avec Jean-Jacques Aisenmann, août 2004 et à divers moment.

Jean-Guillaume Lanuque, Claude Pennetier

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