CHATAGNER Joseph [CHATAGNER Adrien, Joseph]

Par Jacques Girault, Gilles Morin, Charles Sowerwine

Né le 20 mars 1899 à Saint-Jacques-d’Atticieux (Ardèche), mort le 6 juin 1985 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; instituteur puis professeur ; secrétaire de la fédération socialiste SFIO de l’Ain (1939-1945), militant du PSA puis du PSU, secrétaire de la fédération du PSA (1958-1960) ; député (1945-1946), conseiller de la République (1946-1948).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

Sixième enfant d’un facteur rural de l’Ardèche, Joseph Chatagner fit ses études à l’école primaire d’Annonay (Ardèche), puis à l’École normale d’instituteurs de Privas (Ardèche) à partir de 1915. À sa sortie, en avril 1918, il effectua son service militaire (avril 1918-mars 1921) dans les chasseurs alpins et participa à l’occupation de la Rhénanie, puis de la Haute-Silésie (janvier 1920-mars 1921).

Joseph Chatagner enseigna en Ardèche à son retour à la vie active, à Vocance, puis aux cours complémentaires de Lamastre (1922) et de Vallon (1922-1923). Il préparait en parallèle le concours de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, à laquelle il fut admissible en 1923. Titulaire de la première partie du certificat d’aptitude au professorat des écoles primaires supérieures, il prépara la deuxième partie en 1925-1926 (histoire-géographie). Il obtint la licence d’enseignement (histoire, géographie, pédagogie) en 1929 à la faculté des Lettres de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Successivement instituteur délégué, professeur à l’EPS de Sidi-Bel-Abbes (Algérie, 1923-1925), puis de Moulins (Allier, 1925-1931), il fut nommé professeur à l’École normale d’instituteurs de Bourg-en-Bresse (Ain) où il enseigna de 1931 à décembre 1940. Il se fixa à Ceyzériat (Ain).

Professeur d’histoire et de géographie, Joseph Chatagner était aussi chargé de l’enseignement des lettres, d’où des difficultés pédagogiques notées dans ses rapports d’inspection qui pourtant, à partir des années 1930, notaient une amélioration, résultat d’un « gros travail pour surmonter son handicap de formation pour enseigner les lettres ». Le rapport du 1er mars 1934 ajoutait qu’il avait été « un des artisans de la grève » du 12 février 1934 dans son établissement.

Joseph Chatagner militait au sein de la fédération socialiste SFIO de l’Ain. Assistant le secrétaire fédéral Pery lors du congrès fédéral d’octobre 1934, il devint le nouveau secrétaire fédéral et le demeura jusqu’à la guerre. Il fut candidat sans succès aux élections législatives d’avril 1936 et obtint un congé sans traitement de neuf jours pour lui permettre de mener sa campagne électorale.

Mobilisé de septembre 1939 à juillet 1940 comme maréchal des logis au service d’inspection des forges à Lyon (Rhône), Chatagner fut déplacé d’office, à la suite de l’arrêté du 17 octobre 1940, pour enseigner à l’école primaire supérieure de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Son épouse conservant son poste d’institutrice à Bourg, il obtint sa mutation pour l’école primaire supérieure de Saint-Marcellin (Isère), où il resta de 1941 à 1944 avant d’être nommé professeur au collège moderne de Châtillon-sur-Chalaronne (Ain) à partir d’octobre 1944.

Pendant la guerre, dans la clandestinité, Joseph Chatagner organisa l’Armée secrète dans l’Ardèche et édita le journal clandestin La Haute-Ardèche. Il appartint aux FFI de l’Ardèche dans le secteur A de l’AS, sous le pseudonyme de Lerisson, selon Froment. À la Libération, il était sergent dans un maquis de l’Ardèche où il servait depuis plusieurs mois.

À partir de décembre 1944, Joseph Chatagner, nommé membre du Comité départemental de Libération dans l’Ain, au titre du Parti socialiste SFIO, y fut détaché « provisoirement ». Il redevint secrétaire fédéral de la SFIO en décembre 1944 et le demeura jusqu’à son élection aux élections législatives en octobre 1945. Il céda ce poste à André Bouvard lorsque, candidat, tête de liste socialiste SFIO avec Henri Pirat* et Gustave Dessertine*, il fut élu député aux élections d’octobre 1945, seul représentant socialiste de l’Ain à l’Assemblée Constituante. Réélu aux élections législatives suivantes, il fut élu à la plus forte moyenne aux deux scrutins (27 995 suffrages en octobre 1945, 24 307 en juin 1946 sur 147 956 exprimés). Très actif sur le terrain, il fit de nombreuses conférences, faisant montre de qualités de « sincérité et d’éloquence », selon le préfet. Il appartint aux commissions des affaires étrangères et du ravitaillement. Avec Paul Ramadier et Christian Pineau, il fit adopter une loi qui permettait aux collectivités publiques d’utiliser les locaux militaires maintenus vides par les états-majors. Aux élections législatives de novembre 1946, il recueillit 30 733 suffrages, manquant l’élection d’un peu plus de 500 suffrages.

Le 18 décembre 1946, Joseph Chatagner retrouva un mandat national comme conseiller de la République, présenté par la SFIO sur une liste de cinquante candidats nommés par la Chambre des députés. Il fut vice-président de la commission du ravitaillement et fut très présent dans des débats importants, notamment sur l’Algérie et la protection de la liberté du travail. Au renouvellement du 7 novembre 1948, il obtint 254 voix mais fut battu par un candidat radical-socialiste (ainsi que l’autre conseiller sortant, le communiste Gustave Mermet-Guyennet*).

Secrétaire de section SFIO de Ceyzériat en 1950-1958, Joseph Chatagner reprit un poste de professeur au collège moderne et technique Carriat à Bourg, où il resta jusqu’en septembre 1949. Il avait demandé à être renommé professeur à l’École normale d’instituteurs et obtint satisfaction. Il y enseigna les lettres d’octobre 1949 à septembre 1959. À partir de 1952, il avait été chargé de l’enseignement de la pédagogie dans les deux écoles normales de la ville.

Après son nouvel échec aux législatives de 1951, en dépit ou à cause d’un apparentement avec la droite et le MRP qui avait mécontenté le camp laïc, le préfet évoquait à son propos une « sensible baisse de prestige et de popularité ». Il ajoutait : « Celui-ci avait la réputation d’une forte personnalité : esprit subtil, orateur plein de mordant, d’ironie et de verve, mais aussi d’une franchise parfois brutale et s’attachant plus aux faits et même aux petits faits qu’aux grands courants d’idées. Il est demeuré bien souvent incompris de l’électeur moyen. Son physique ingrat, sa tenue peu soignée et un certain penchant pour l’intempérance lui enlèvent en outre une partie de son crédit. La campagne électorale a montré que ses défauts étaient demeurés tels mais que ses qualités avaient subi une éclipse et, en définitive, il est davantage apparu comme un polémiste que comme un orateur et un homme de parti. » (Rapport du 23 juin 1951). Il fut ensuite battu aux municipales de 1953 par la liste radicale sortante.

Durant la guerre d’Algérie, Joseph Chatagner se prononça contre la politique menée par le gouvernement à direction socialiste. Avec Giraudon, de Bourg, il critiqua fermement le soutien du secrétaire de la fédération SFIO, Coltice* à la politique algérienne du gouvernement Mollet, lors du congrès fédéral de mai 1957. Correspondant du Comité socialiste d’études et d’action pour la paix en Algérie, qui rassemblait les opposants à la politique de Guy Mollet* et Robert Lacoste* en 1957-1958, il participa à la création de la fédération PSA en 1959 et en fut responsable. Il adhéra ensuite au PSU, figurant dans les fichiers en 1960-1966, et appartint à la commission exécutive fédérale de ce parti durant ces années.

Retraité à partir de 1959, Joseph Chatagner continua d’habiter à Ceyzeriat.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19586, notice CHATAGNER Joseph [CHATAGNER Adrien, Joseph] par Jacques Girault, Gilles Morin, Charles Sowerwine, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 décembre 2008.

Par Jacques Girault, Gilles Morin, Charles Sowerwine

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]
[Sénat]

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3240 ; F/1cII/111/A, 114/C, 132/A, 142. F/1cIII/1339. — Arch. OURS, dossiers Ain. — Arch. André Seurat. — L’Éclaireur de l’Ain, 15 avril 1934, 21 juillet 1935, 24 juillet 1938, 2 avril 1939, 14 février 1948. — Le Populaire, 5 octobre 1934. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1958. — Fichiers des adhérents du PSU. — Le Courrier de l’Ain, 1946, passim. — Le Progrès de l’Ain, 11 mai 1960. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, t. 3. — Tableau des élections à la Chambre. — Profession de foi aux Conseil de la République, novembre 1948.

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